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« Parler d’invisible, c’est reconnaître le fait que l’homme est « un peu plus » que tout ce qui est mesurable, comptable ou encore observable »  écrit le frère Benoît Standaert.
Ce « un peu plus » est  étonnement perceptible chez les tout-petits. En effet, spontanément, entre 3 et 7 ans, les enfants posent des questions qui désarçonnent bien des adultes par leur profondeur. Pour la catéchiste Sofia Cavaletti, qui a développé une méthode d’éveil spirituel inspirée par les principes éducatifs de Maria Montessori, «  l’expérience religieuse répond chez l’enfant à une « faim » profonde ». Introduire l’enfant à l’indicible ou l’éveiller à l’invisible est donc non seulement légitime, mais vital. Oui mais comment  « dire » à un enfant  l’amour de Dieu, lui qu’on ne voit pas et qui ne parle pas ?

 

 

Les choses simples nous parlent de Dieu

Les enfants ont besoin de réponses  simples et courtes. A partir de 4 ans, on sait que  l’enfant commence à manipuler des concepts, mais son «raisonnement » s’appuie essentiellement sur son ressenti. À tel point que selon la psychanalyste Nicole Fabre, « l’enfant se construit une image de Dieu en fonction de son expérience de vie, de la façon dont il est traité, dont on lui parle ». C’est donc au cœur de l’expérience intime de se découvrir vivant, aimant, souffrant que se vit cette quête spirituelle. Charge à l’adulte de faire  évoluer l’enfant dans un monde où Dieu peut trouver sa place. Mais justement, parler de Dieu ou de l’invisible aux petits enfants intimide de nombreux parents. Selon Sofia Cavaletti * le désir de transmettre de l’adulte est trop souvent parasité par la conviction que l’enfant n’est pas capable de recevoir des choses si grandes.« Or, écrit Sofia Cavaletti, je suis persuadée que la réalité est tout autre : c’est nous, au contraire, qui sommes incapables de les transmettre avec la simplicité nécessaire
L’attitude première  de l’adulte est donc d’accueillir cet  étonnement de l’enfant devant les choses simples de la  vie, et décrypter avec lui  dans son quotidien  la trace discrète de la présence de Dieu. Pour accompagner les parents, Marie-Agnès Gaudrat,  l’auteur de  « Pour parler de Dieu, je te dirais… » s’ est inspirée des premiers croyants qui traduisaient l’incroyable de leur foi dans les psaumes par des images simples et fortes de leur vie.

 

 

Des images pour parler de Dieu

Les images fortement symboliques qui font référence à l’expérience intime de l’enfant, donnent à l’adulte les clés pour faire sentir au tout-petit qu’il y a quelque chose qu’il ne voit pas avec ses yeux, mais auquel il peut croire. La démarche va toujours du  plus extérieur au plus intérieur, et jamais l’inverse. Ainsi l’enfant entre  peu à peu dans l’au-delà du visible. Voici quelques exemples concrets  d’images suggérées par  Marie-Agnès Gaudrat :

  • Pour parler de la présence de ce Dieu invisible : une image pleine de tendresse qui évoque  la caresse invisible du vent sur le visage, la pluie d’été  qui rafraîchit ou encore  la solidité du rocher sur lequel on peut s’appuyer…
  • Pour expliquer à un enfant  le pardon : l’image  d’un pont sur lequel  deux petits enfants vont  à la rencontre l’un de l’autre. Un pont qui passe par-dessus le fossé creusé par la dispute.
  • Pour parler de grandir, de  la vie et de la mort : l’image d’un  arbre aux différentes saisons, l’évolution physique d’un humain ou d’un animal. L’enfant  comprendre ainsi le cycle de la vie : tout ce qui est vivant meure un jour…
  • Pour décrire ce qu’est un homme : un enfant ramasse  un caillou dans un désert. Un caillou ça ne voit pas, ne pense pas, ne rêve pas…. Cela permet à l’enfant de goûter le bonheur d’être vivant, d’aimer et de partager! Transmettre la foi, n’est-ce pas d’abord transmettre le bonheur de vivre ?

 

 

Oser témoigner de son expérience d’adulte

Evoquer  l’invisible ne peut donc se faire que dans le cadre d’un échange en profondeur entre le parent et l’enfant.    Beaucoup d’images toutes faites sur Dieu, peuvent donner lieu à  des interprétations erronées  de la part de l’enfant. Il est donc important que le parent ou l’adulte référent,  donne sa « vision »  de l’invisible, sans pour autant affirmer des certitudes car Dieu, personne ne l’a jamais vu ! Aussi est-il nécessaire de toujours  dire « c’est comme » et qu’il s’agit de « notre »sentiment. Par exemple : « Certains pensent que Dieu c’est comme un  super magicien, mais pour moi Dieu n’est pas un magicien.  Moi, quand je te serre sur mon cœur,  quand  je regarde la mer dont je ne sais pas où elle se termine, cela me parle de Dieu. »

Pour éveiller son intériorité: « Quand  tu vois que je suis assise tranquille, avec mes mains bien calmes,  et que je suis tout au fond de moi, c’est ma manière à moi de penser à Dieu, que je ne vois pas mais que j’aime et dont je pense qu’il m’aime. » Ainsi l’enfant peut percevoir la réalité de la contemplation en nous. Contemplation qui ne prouve pas l’existence de l’invisible mais qui révèle l’existence de l’invisible en nous et peut lui donner envie de le rejoindre.

 

 

Raconter la bible

Même si les récits bibliques sont encore pour le tout-petit de « belles histoires », il peut y trouver matière  à connaître  davantage ce Dieu invisible .Les récits fonctionnent sur le registre du figuratif, à travers des images visuelles, tactiles, olfactives. Au fil des mots, celui qui raconte la bible donne à « voir » à l’enfant. Ainsi  il « rencontre » des hommes qui étaient sûrs que Dieu existait, sans l’avoir vu, Elie et Moïse nous partagent ce qu’ils ont perçu ou compris de l’invisible grâce aux métaphores  de  la brise ou du buisson ardent. L’enfant comprend ainsi que sur la longue route de la foi où l’on apprend à reconnaître Dieu, on le découvre plus proche qu’on ne l’imaginait.

 

Exprimer une sensation, une émotion, une pensée, c’est déjà  manifester l’invisible. Or c’est bien là que se situe l’essentiel de la vie spirituelle : la joie profonde de se savoir aimé, d’être invité à entrer en relation avec Dieu, à aimer. N’est-ce pas spontanément ce à quoi aspirent les petits-enfants ?

 

Evelyne Montigny

 

Source : Croire.com

 

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