Nasr Eddin 5

Un soir que Nasr Eddin revenait de son travail dans les champs avec des vêtements sales et crottés, il entendit chanter et rire et il comprit qu’il y avait une fête dans les environs. Or, chez nous, quand il y a une fête, tout le monde peut y participer.

 

 Nasr Eddin poussa donc la porte de la maison et sourit de bonheur, une bonne odeur de couscous se dégageait de la cuisine. Mais il ne put aller plus loin: il était tellement mal habillé qu’on le chassa sans ménagement.

 

En colère, il courut jusqu’à sa maison, mit son plus beau manteau et revint à la fête. Cette fois, on l’accueillit, on l’installa confortablement et on posa devant lui à manger et à boire. Nasr Eddin prit alors du couscous, de la sauce et du vin, et commença à les verser sur son manteau. Et il disait :

– Mange, mon manteau! Bois, mon manteau !

– L’homme assis à son côté lui dit :

– Que fais-tu, malheureux ? Es-tu devenu fou ?

– Non, l’ami, lui répondit Nasr Eddin. En vérité, moi je ne suis pas invité ; c’est mon manteau qui est invité.

 

 

Source : Livre « Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja », paru aux éditions Phébus en 2002, par Jes-Louis Maunoury.