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"Ils furent aumôniers des criminels nazis"

lundi 3 novembre 2008

De 1947 à 1987, douze aumôniers français ont accompagné les criminels nazis. Un livre vient de paraître, "Les 7 de Spandau", dans lequel ces aumôniers ont accepté de parler. A découvrir aux Oh Editions

De 1947 à 1987, douze aumôniers français ont accompagné les criminels nazis, dont Rudolf Hess, secrétaire d’Hitler, et Albert Speer, ministre de l’Armement, à la prison de Spandau à Berlin, sur le chemin de leur repentance et de leur condamnation.

Un livre vient de paraître, dans lequel ces aumôniers ont accepté de parler. Les pasteurs de Spandau sont français, trois sont encore en vie. Ces grands témoins de l’Histoire ont accepté, pour la première fois, de raconter leur expérience. Un témoignage passionnant, une véritable incursion dans les méandres de la nature humaine.

A Spandau, le règlement est drastique. Les seuls qui sont autorisés à échanger avec les détenus, une fois par semaine, sont les pasteurs nommés aumôniers de la prison. Pendant quarante ans, douze hommes de foi se succèdent auprès d’eux, leur parlent et écoutent leurs obsessions. Des questions inévitables se posent devant ces criminels parmi les pires de l’Histoire : prennent-ils conscience, au fil des années, des horreurs du régime nazi ? Que ressentent-ils face à leur châtiment ? S’y trouve alors le point de vue de l’homme de foi. Comment peut-on aborder quelqu’un qui a participé à de telles atrocités ? Partagés entre le sentiment que les condamnés devaient payer pour les atrocités nazies et l’indignation face à la vie carcérale humiliante qu’on leur faisait subir, ces pasteurs ont apporté un soutien aux prisonniers.

Une journaliste a retrouvé les pasteurs survivants et recueilli leur témoignage. Bien que très âgés, ils se sont souvenus du mépris et de l’indifférence des uns, des obsessions et du déni des autres, mais aussi des liens d’amitiés qu’ils ont parfois tissés au fil des ans. Laure Joanin-Llobet révèle des documents inédits et lève le voile sur un pan méconnu de l’histoire. Son ouvrage est aussi une étonnante, voire dérangeante exploration des paradoxes de la nature humaine.

Le livre : "Les 7 de Spandau" (Laure Joanin-Llobet)

Nous sommes en 1947, le procès de Nuremberg vient de se terminer et 7 dignitaires du régime nazi sont condamnés puis transférés à la prison de Spandau à Berlin. Cette prison sera détruite en 1987 après la mort du dernier prisonnier, Rudolf HESS, resté seul après la libération des autres prisonniers en général pour raison de santé. Il aura passé 46 ans en prison… si on compte son emprisonnement en Grande Bretagne dès 1941 avant le procès de Nuremberg.

Pendant ces 40 ans, les seuls rapports humains qu’ont pu avoir les prisonniers sont ceux qu’ils ont avec l’aumônier, avec les 12 pasteurs aumôniers militaires français qui se sont succédé à Berlin. Le premier d’entre eux fut Georges CASALIS, pasteur, théologien, et venant de la résistance… puis ce furent (de manière non exhaustive) Albert NICOLAS, Bernard KOPP, André HAPPEL, Bertrand de LUZE, Jean-Jacques HEITZ, Charles GABEL et Michel ROEHRIG.

L’auteur, après 6 années de recherche et d’enquête, a retrouvé ceux de ces pasteurs encore en vie, et a pu interroger les veuves de ceux qui sont morts. Elle nous livre donc, dans un style vivant et alerte, l’histoire officielle de cette prison, de ces 7 criminels nazis, et en parallèle les témoignages de ces pasteurs de nos Eglises de France qui ont été leurs aumôniers au fil des temps, dans des circonstances extraordinairement difficiles puisque cette prison de Spandau cristallisait les relations conflictuelles des 4 puissances occupantes de Berlin (USA, Grande Bretagne, France et URSS) pendant toute la période de la guerre froide. Elle a aussi interrogé des hommes politiques français « aux affaires » pendant cette période ainsi que d’autres témoins intéressants.

Passionnant par cette axe qui privilégie la rencontre entre ces hommes de foi, et ces prisonniers particuliers, passionnant par ce qui se passe dans la puissance de l’annonce de l’Evangile, passionnant par ce souci humain de ces pasteurs que la Fédération Protestante de France, par le biais de l’Aumônerie aux Armées, envoyait ainsi aux avant-postes, passionnant et bien documenté en ce qui concerne les difficultés matérielles, morales, éthiques que rencontraient ces pasteurs, ce livre est incontournable pour qui s’intéresse aux marges de l’Eglise, au travail qu’il fallait inventer jour après jour, aux biais pour contourner ou adoucir un règlement qui prétendait enlever toute humanité à ces 7 hommes condamnés à Nuremberg, passionnant enfin pour tous ceux qu’intéresse ce qui se passait à Berlin, depuis avant la construction du mur jusqu’en 1987.

Le livre se termine par quelques pages d’interview d’Yves GOUNELLE, qui était dans les moments difficiles de la fin de cette période (de 1981 à 1987), le Directeur de l’Aumônerie Protestante aux Armées et qui tente de replacer ces actions dans la mission de nos Eglises auprès des êtres qui souffrent, quelle que soit par ailleurs leur culpabilité ou leur passé, et quelles que soient les difficultés que la « grande » politique prétend accumuler sur la route de ceux qui viennent prêcher pardon, réconciliation, amour du prochain.

Livre paru aux éditions Oh Editions

Sources : Infocatho et Yves Gounelle pour www.protestants.org

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