Très Saint Père, nous sommes tellement content de pouvoir être avec vous ! Quels sont vos premiers sentiments en arrivant ici ?
Je suis heureux de vous rencontrer ici, à Cologne, sur les rives du Rhin ! Vous êtes venus des différentes parties de l’Allemagne, de l’Europe, du monde, vous faisant pèlerins à la suite des Mages. En suivant leurs traces, vous voulez découvrir Jésus. Vous avez accepté de vous mettre en route, pour venir, vous aussi, contempler personnellement, et en même temps de manière communautaire, le visage de Dieu qui se révèle dans l’enfant de la crèche. Comme vous, je me suis mis, moi aussi, en route, pour venir, avec vous, m’agenouiller devant la blanche hostie consacrée, dans laquelle les yeux de la foi reconnaissent la présence réelle du Sauveur du monde.2
Si je vous comprends bien, pour vous l’expérience de la crèche ressemble à l’expérience de la messe ?
Sur l’autel est présent Celui que les Mages virent couché sur la paille : le Christ, le Pain vivant descendu du ciel pour donner la vie au monde, l’Agneau véritable qui donne sa vie pour le salut de l’humanité. Éclairés par cette Parole, c’est toujours à Bethléem - la « Maison du pain » - que nous pourrons faire la rencontre bouleversante avec la grandeur inconcevable d’un Dieu qui s’est abaissé jusqu’à se donner à voir dans une mangeoire, jusqu’à se donner en nourriture sur l’autel.2
Par rapport à ce que vous venez de dire, quel premier message voudriez-vous nous transmettre ?
Chers jeunes, le bonheur que vous cherchez, le bonheur auquel vous avez le droit de goûter a un nom, un visage : celui de Jésus de Nazareth, caché dans l’Eucharistie. Lui seul donne la plénitude de vie à l’humanité ! Avec Marie, donnez votre « oui » à ce Dieu qui se propose de se donner à vous. Je vous redis aujourd’hui ce que j’ai dit au début de mon pontificat : « Celui qui laisse entrer le Christ dans sa vie ne perd rien, rien, absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Ce n’est qu’avec cette amitié que s’ouvrent en grand les portes de la vie. Ce n’est qu’avec cette amitié qu’on déverrouille réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Ce n’est qu’avec cette amitié que nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère » (Homélie pour la Messe inaugurale du pontificat, 24 avril 2005). Soyez-en vraiment convaincus : le Christ n’enlève rien de ce qu’il y a de beau et de grand en vous, mais il mène tout à sa perfection, pour la gloire de Dieu, pour le bonheur des hommes, pour le salut du monde. 2
Très Saint Père, qu’attendez-vous de cette JMJ ?
La rencontre de nombreux jeunes avec le Successeur de Pierre est un signe de la vitalité de l’Église. Je suis heureux d’être au milieu des jeunes, de soutenir leur foi et d’animer leur espérance. En même temps, je suis certain de recevoir quelque chose des jeunes, surtout de leur enthousiasme, de leur sensibilité et de leur disponibilité à faire face aux défis de l’avenir.1
Vous désirer donc poursuivre la démarche de votre prédécesseur ?
En arrivant aujourd’hui à Cologne pour participer avec vous à la vingtième Journée mondiale de la Jeunesse, s’impose à moi avec émotion et reconnaissance le souvenir du Serviteur de Dieu tant aimé de nous tous Jean-Paul II, qui eut l’idée lumineuse d’appeler les jeunes du monde entier à se rassembler pour célébrer ensemble le Christ, unique Rédempteur du genre humain. Grâce à ce dialogue profond qui s’est développé pendant plus de vingt ans entre le Pape et les jeunes, beaucoup d’entre eux ont pu approfondir leur foi, tisser des liens de communion, se passionner pour la Bonne Nouvelle du salut en Jésus Christ et la proclamer dans de nombreuses parties de la terre. Ce grand Pape a su comprendre les défis auxquels les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés et, affirmant sa confiance en eux, il n’a pas hésité à les inciter à être de courageux annonciateurs de l’Évangile et d’intrépides bâtisseurs de la civilisation de la vérité, de l’amour et de la paix. Il me revient aujourd’hui de recueillir cet extraordinaire héritage spirituel que le Pape Jean-Paul II nous a laissé. Il vous a aimés, vous l’avez compris, et vous le lui avez rendu avec tout l’enthousiasme de votre âge. Maintenant, tous ensemble, nous avons le devoir de mettre en pratique ses enseignements. 2
Quel regard posez-vous sur nous, les jeunes qui sommes venus à Cologne ?
Vous êtes les représentants de ces foules innombrables de nos frères et sœurs en humanité qui attendent, sans le savoir, que l’étoile se lève dans leur ciel pour être guidés vers le Christ, Lumière des Nations, et trouver en lui la réponse satisfaisante à la soif de leur cœur. 2
Les jeunes sont venus à Cologne un peu comme les Mages sont allés à Bethléem. Comment reliez-vous ces deux évènements ?
Nous aussi, nous sommes venus à Cologne parce que nous avons entendu résonner dans notre cœur, bien que sous une autre forme, la même question qui avait poussé les hommes de l’Orient à se mettre en chemin. Il est vrai que nous, aujourd’hui, nous ne cherchons plus un roi ; mais nous sommes préoccupés par l’état du monde et nous demandons : Où puis-je trouver les critères pour ma vie, les critères pour collaborer de manière responsable à l’édification du présent et de l’avenir de notre monde ? À qui puis-je faire confiance - à qui me confier ? Où est Celui qui peut m’offrir la réponse satisfaisante aux attentes de mon cœur ? Poser de telles questions signifie avant tout reconnaître que le chemin ne peut pas s’achever avant d’avoir rencontré Celui qui a le pouvoir d’instaurer son Royaume universel de justice et de paix, auquel les hommes aspirent, mais qu’ils ne savent pas construire tout seuls. Poser de telles questions signifie aussi chercher Quelqu’un qui ne se trompe pas et qui ne peut pas tromper, et qui est donc en mesure d’offrir une certitude assez forte pour permettre de vivre pour elle et, si nécessaire aussi, de mourir. 2
Est-il possible de comprendre la démarche des Rois Mages ?
Même si les autres personnes, celles qui étaient restées chez elles, les considéraient peut-être comme des utopistes et des rêveurs - ils étaient au contraire des personnes qui avaient les pieds sur terre et qui savaient que, pour changer le monde, il faut disposer du pouvoir. C’est pourquoi ils ne pouvaient chercher l’enfant de la promesse ailleurs que dans le palais du Roi. 4
C’est la raison pour laquelle ils se sont rendus au Palais du Roi Hérode. Mais ce n’est pas là qu’ils ont trouvé celui qu’ils cherchaient. Quelle a été leur réaction ?
Maintenant, ils se prosternent devant un enfant de pauvres gens… Le nouveau Roi, devant lequel ils s’étaient prosternés, était très différent de ce qu’ils attendaient. Ainsi, ils devaient apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons. 4
Les Mages ont donc été surpris ?
Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l’homme, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient : le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. Le mode d’agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi. Dans ce monde, Dieu n’entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n’a pas de régiments à opposer à d’autres régiments. Dieu n’a pas envoyé à Jésus, au Jardin des Oliviers, douze légions d’anges pour l’aider (cf. Mt 26, 53). Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, Il oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui, sur la Croix - et ensuite continuellement au cours de l’histoire - succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s’oppose ensuite à l’injustice et instaure le Règne de Dieu. Dieu est différent - c’est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Dieu. 4
Qu’est-ce qu’ils doivent changer ?
Maintenant, ils apprennent que leur vie doit se conformer à cette façon divine d’exercer le pouvoir, à cette façon d’être de Dieu lui-même. Ils doivent devenir des hommes de la vérité, du droit, de la bonté du pardon, de la miséricorde. Ils ne poseront plus la question : à quoi cela me sert-il ? Ils devront au contraire poser la question : avec quoi est-ce que je sers la présence de Dieu dans le monde ? Ils doivent apprendre à se perdre eux-mêmes, et ainsi à se trouver eux-mêmes. Quittant Jérusalem, ils doivent demeurer sur les traces du vrai Roi, à la suite de Jésus. 4
Comme eux, d’autres chrétiens ont appris à changer leur manière de voir les choses, pour suivre le Christ. Par ces témoins, qu’on appelle « les saints », Dieu veut nous dire quelque chose ?
Par ces figures, il a voulu nous montrer comment il faut faire pour être chrétien ; comment il faut faire pour mener sa vie de manière juste - pour vivre selon le mode de Dieu. Les bienheureux et les saints ont été des personnes qui n’ont pas cherché obstinément leur propre bonheur, mais qui ont simplement voulu se donner, parce qu’ils ont été touchés par la lumière du Christ. Ils nous montrent ainsi la route pour devenir heureux, ils nous montrent comment on réussit à être des personnes vraiment humaines. 4
Vous dites que ce sont eux qui ont été les véritables réformateurs de l’histoire. Pouvez-vous nous en indiquez quelques uns, afin que nous puissions chercher à mieux les connaître ?
Il suffit de penser à des figures comme saint Benoît, saint François d’Assise, sainte Thérèse d’Avila, saint Ignace de Loyola, saint Charles Borromée, aux fondateurs des Ordres religieux du dix-neuvième siècle, qui ont animé et orienté le mouvement social, ou aux saints de notre temps - Maximilien Kolbe, Édith Stein, Mère Teresa, Padre Pio. 4
Je sens que vous brûlez de nous dire encore quelque chose sur ce sujet !
Les saints, avons-nous dit, sont les vrais réformateurs. Je voudrais maintenant l’exprimer de manière plus radicale encore : c’est seulement des saints, c’est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde… Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais seulement le fait de se tourner vers le Dieu vivant, qui est notre créateur, le garant de notre liberté, le garant de ce qui est véritablement bon et vrai. La révolution véritable consiste uniquement dans le fait de se tourner vers Dieu, qui est la mesure de ce qui est juste et qui est, en même temps, l’amour éternel. Qu’est-ce qui pourrait bien nous sauver sinon l’amour ? 4
Très Saint Père, j’aurais une autre question à vous poser : à la Cathédrale de Cologne, nous sommes allés auprès des restes du corps des Rois Mages. Comment sont-ils arrivés là ?
Parties de Milan en 1164, les reliques des Mages, escortées par l’Archevêque de Cologne, Reinald von Dassel, franchirent les Alpes pour arriver à Cologne, où elles furent accueillies avec de grandes manifestations de liesse. Se déplaçant à travers l’Europe, les reliques des Mages ont laissé des traces évidentes, qui subsistent encore aujourd’hui dans les noms de lieu et dans la dévotion populaire. Pour les Rois Mages, les habitants de Cologne ont fait fabriquer le reliquaire le plus précieux de tout le monde chrétien et, comme cela ne suffisait pas, ils ont élevé au-dessus de lui un reliquaire encore plus grand, cette superbe cathédrale gothique qui, après les blessures de la guerre, s’offre à nouveau aux yeux des visiteurs avec toute la splendeur de sa beauté. 3
Pourquoi, dans l’Église, conserve-t-on ainsi les « reliques » de certains croyants ?
Les reliques nous conduisent à Dieu lui-même : en effet, c’est Lui qui, par la force de sa grâce, donne à des êtres fragiles le courage d’être ses témoins devant le monde. En nous invitant à vénérer les restes mortels des martyrs et des saints, l’Église n’oublie pas qu’il s’agit certes de pauvres ossements humains, mais d’ossements qui appartenaient à des personnes visitées par la puissance transcendante de Dieu. Les reliques des saints sont des traces de la présence invisible mais réelle qui illumine les ténèbres du monde, manifestant que le règne de Dieu est au-dedans de nous. Elles crient avec nous et pour nous : « Maranatha » - « Viens Seigneur Jésus ! ».2
A part les Mages, d’autre personnages importants sont passés par la ville de Cologne ?
Elle est profondément marquée par la présence de nombreux saints qui, par le témoignage de leur vie et par les traces qu’ils ont laissées dans l’histoire du peuple allemand, ont contribué à la croissance de l’Europe sur des racines chrétiennes. Je pense de manière particulière aux martyrs des premiers siècles, hommes et femmes, telles la jeune sainte Ursule et ses compagnes qui, selon la tradition, furent martyrisées sous Dioclétien. Et comment ne pas évoquer saint Boniface, l’Apôtre de l’Allemagne, qui fut élu Évêque de Cologne en 745, avec l’approbation du Pape Zacharie ? À cette ville est lié aussi le nom de saint Albert le Grand, dont le corps repose tout près d’ici, dans la crypte de l’église Saint-André. À Cologne, Albert le Grand eut comme disciple saint Thomas d’Aquin, qui, ensuite, y fut aussi professeur. Sans oublier le bienheureux Adolphe Kolping, mort à Cologne en 1865, qui de cordonnier devint prêtre et fonda de nombreuses œuvres sociales, surtout dans le domaine de la formation professionnelle. Dans une période plus proche de nous, notre pensée va à Édith Stein, éminente philosophe juive du vingtième siècle, qui entra au Carmel de Cologne sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix et qui mourut dans le camp de concentration d’Auschwitz. Le Pape Jean-Paul II l’a canonisée et déclarée co-patronne de l’Europe avec sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne.3
Il n’y a pas très longtemps que Edith Stein a été déclarée « sainte ». Maintenant que nous sommes sur ses terres, là où elle a vécu, quel message peut-elle nous donner ?
Certains d’entre vous se reconnaîtront peut-être dans le témoignage qu’Édith Stein donnait de son adolescence, elle qui vécut ensuite au Carmel de Cologne : « J’avais consciemment et délibérément perdu l’habitude de prier ». Durant ces journées, vous pourrez refaire l’expérience bouleversante de la prière comme dialogue avec Dieu, dont nous nous savons aimés et que nous voulons aimer en retour. À vous tous, je voudrais dire avec insistance : ouvrez tout grand votre cœur à Dieu, laissez-vous surprendre par le Christ ! Accordez-lui « le droit de vous parler » durant ces journées ! Ouvrez les portes de votre liberté à son amour miséricordieux ! Exposez vos joies et vos peines au Christ, le laissant illuminer de sa lumière votre intelligence et toucher de sa grâce votre cœur ! En ces jours bénis de partage et de joie, faites l’expérience libératrice de l’Église comme lieu de la miséricorde et de la tendresse de Dieu envers les hommes ! C’est en elle et par elle que vous rejoindrez le Christ, qui vous attend.2
Très Saint-Père, peut-on se tromper sur Dieu ?
Ceux qui parlent de Dieu sont nombreux ; au nom de Dieu on prêche aussi la haine et on exerce la violence. Il est donc important de découvrir le vrai visage de Dieu. 4
Et comment découvrir le vrai visage de Dieu ?
Les Mages d’Orient l’ont trouvé quand ils se sont prosternés devant l’enfant de Bethléem. « Celui qui m’a vu a vu le Père », disait Jésus à Philippe (Jn 14, 9). En Jésus-Christ, qui, pour nous, a permis que son cœur soit transpercé, en Lui, est manifesté le vrai visage de Dieu. Nous le suivrons avec la grande foule de ceux qui nous ont précédés. Alors, nous cheminerons sur le juste chemin. 4
Que veut dire « le suivre avec la grande foule de ceux qui nous ont précédés » ?
Cela veut dire que nous ne nous construisons pas un Dieu privé, un Jésus privé, mais que nous croyons en Jésus et que nous nous prosternons devant Lui, devant ce Jésus qui nous est révélé par les Saintes Écritures et qui, dans la grande foule des fidèles appelée Église, se révèle vivant, toujours avec nous, en même temps toujours devant nous. 4
Vous nous dites qu’il est donc important de chercher Dieu dans son Église. Vous qui avez la mission de garder l’Église dans l’unité, comment la voyez-vous ?
On peut beaucoup critiquer l’Église. Nous le savons, et le Seigneur lui-même nous l’a dit : elle est un filet avec de bons et de mauvais poissons, un champ avec le bon grain et l’ivraie. Le Pape Jean-Paul II qui, dans les nombreux saints qu’il a proclamés, nous a montré le vrai visage de l’Église, a aussi demandé pardon pour ce que, dans le cours de l’histoire, en raison de l’action et de la parole d’hommes d’Église, s’est produit de mal. De cette manière, il nous a aussi fait voir notre vraie image et il nous a exhortés à entrer avec tous nos défauts et toutes nos faiblesses dans le cortège des saints, qui a commencé avec les Mages d’Orient. En définitive, que l’ivraie existe dans l’Église est consolant. Ainsi, avec tous nos défauts, nous pouvons néanmoins espérer nous trouver encore à la suite de Jésus, qui a précisément appelé les pécheurs. L’Église est comme une famille humaine, mais elle est aussi, en même temps, la grande famille de Dieu, par laquelle Il forme un espace de communion et d’unité dans tous les continents, dans toutes les cultures et dans toutes les nations. Nous sommes donc heureux d’appartenir à cette grande famille ; nous sommes heureux d’avoir des frères et des amis dans le monde entier. Nous faisons précisément l’expérience, ici, à Cologne, du fait qu’il est beau d’appartenir à une famille vaste comme le monde, qui comprend le ciel et la terre, le passé, le présent et l’avenir, et toutes les parties de la terre. Dans ce grand rassemblement de pèlerins, nous marchons avec le Christ, nous marchons avec l’étoile qui éclaire l’histoire. 4
Lors de la messe, sur le Marienfeld, nous avons pu expérimenter ce qu’était l’Église, et comment elle était réunie grâce à l’Eucharistie. Très Saint Père, pouvez-vous nous parler de la messe ? Pouvez-vous nous aider à percer ce mystère ?
Dans la Célébration eucharistique, nous nous trouvons en cette « heure » de Jésus dont parle l’Évangile de Jean. Grâce à l’Eucharistie son « heure » devient notre heure, sa présence au milieu de nous. Avec ses disciples, Il a célébré la cène pascale d’Israël, le mémorial de l’action libératrice de Dieu qui avait conduit Israël de l’esclavage à la liberté. Jésus suit les rites d’Israël. Il récite sur le pain la prière de louange et de bénédiction. Mais ensuite, se produit quelque chose de nouveau. Il ne remercie pas Dieu seulement pour ses grandes œuvres du passé ; il le remercie pour sa propre exaltation, qui se réalisera par la Croix et la Résurrection, et il s’adresse aussi aux disciples avec des mots qui contiennent la totalité de la Loi et des Prophètes : « Ceci est mon Corps donné pour vous en sacrifice. Ce calice est la Nouvelle Alliance en mon Sang” ». Il distribue alors le pain et le calice, et en même temps il leur confie la mission de redire et de refaire toujours de nouveau en sa mémoire ce qu’il est en train de dire et de faire en ce moment. Qu’est ce qui est en train de se passer ? Comment Jésus peut-il donner son Corps et son Sang ? Faisant du pain son Corps et du vin son Sang, il anticipe sa mort, il l’accepte au plus profond de lui-même et il la transforme en un acte d’amour. Ce qui de l’extérieur est une violence brutale, devient de l’intérieur l’acte d’un amour qui se donne totalement. 5
Vous dites que la messe est un processus de transformation qui est seul en mesure de renouveler le monde, parce que la violence se transforme en amour. C’est fort !
Pour reprendre une image qui nous est familière, il s’agit d’une fission nucléaire portée au plus intime de l’être - la victoire de l’amour sur la haine, la victoire de l’amour sur la mort. Seule l’explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. Tous les autres changements demeurent superficiels et ne sauvent pas. 5
Expliquez-nous cette « fission nucléaire » de l’Eucharistie.
Cette première transformation fondamentale de la violence en amour, de la mort en vie, entraîne à sa suite les autres transformations. Le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang. Cependant, la transformation ne doit pas s’en arrêter là, c’est plutôt à ce point qu’elle doit commencer pleinement. Le Corps et le Sang du Christ nous sont donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à notre tour. Nous-mêmes, nous devons devenir Corps du Christ, consanguins avec Lui. Tous mangent l’unique pain, mais cela signifie qu’entre nous nous devenions une seule chose. L’adoration, avons-nous dit, devient ainsi union. Dieu n’est plus seulement en face de nous, comme le Totalement autre. Il est au-dedans de nous, et nous sommes en Lui. Sa dynamique nous pénètre et, à partir de nous, elle veut se propager aux autres et s’étendre au monde entier, pour que son amour devienne réellement la mesure dominante du monde. 5
Si on vous suit, on pourrait donc dire que l’Eucharistie est « la centrale atomique de l’amour » !
L’heure de Jésus est l’heure où l’amour est vainqueur. En d’autres termes : c’est Dieu qui a vaincu, parce qu’il est l’Amour. L’heure de Jésus veut devenir notre heure et elle le deviendra, si nous-mêmes, par la célébration de l’Eucharistie, nous nous laissons entraîner dans ce processus de transformations que le Seigneur a en vue. L’Eucharistie doit devenir le centre de notre vie. 5
Et donc aussi le dimanche, qui est le jour où on célèbre l’Eucharistie ?
Il est beau qu’aujourd’hui, dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un jour libre ou, qu’avec le samedi, il constitue même ce qu’on appelle le « week-end » libre. Ce temps libre, toutefois, demeure vide si Dieu n’y est pas présent. Chers amis ! Quelquefois, dans un premier temps, il peut s’avérer plutôt mal commode de devoir prévoir aussi la Messe dans le programme du dimanche. Mais si vous en prenez l’engagement, vous constaterez aussi que c’est précisément ce qui donne le juste centre au temps libre. Ne vous laissez pas dissuader de participer à l’Eucharistie dominicale et aidez aussi les autres à la découvrir. Parce que la joie dont nous avons besoin se dégage d’elle, nous devons assurément apprendre à en comprendre toujours plus la profondeur, nous devons apprendre à l’aimer. Engageons-nous en ce sens - cela en vaut la peine ! Découvrons la profonde richesse de la liturgie de l’Église et sa vraie grandeur : nous ne faisons pas la fête pour nous, mais c’est au contraire le Dieu vivant lui-même qui prépare une fête pour nous. 5
Vous dites qu’il faut aider aussi les autres à découvrir l’Eucharistie. Pourquoi ?
Qui a découvert le Christ se doit de conduire les autres vers Lui. On ne peut garder pour soi une grande joie. Il faut la transmettre. 5
Ce n’est pas toujours facile. Comment faire dans le monde d’aujourd’hui ?
Dans de vastes parties du monde, il existe aujourd’hui un étrange oubli de Dieu. Il semble que rien ne change même s’il n’est pas là. Mais, en même temps, il existe aussi un sentiment de frustration, d’insatisfaction de tout et de tous. On ne peut alors que s’exclamer : Il n’est pas possible que ce soit cela la vie ! Non vraiment. Et alors conjointement à l’oubli de Dieu, il existe comme un « boom » du religieux. Je ne veux pas discréditer tout ce qu’il y a dans cette tendance. Il peut y avoir aussi la joie sincère de la découverte. Mais dans ce contexte, la religion devient presque un produit de consommation. On choisit ce qui plaît, et certains savent aussi en tirer un profit. Mais la religion recherchée comme une sorte de « bricolage », en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes. Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile qui nous indique la route : Jésus Christ ! Nous aussi, nous cherchons à le connaître toujours mieux pour pouvoir conduire les autres vers lui de manière convaincante. 5
Pouvez-vous nous indiquer quelques moyens concrets pour mieux connaître le Christ ?
Le Pape Jean-Paul II nous a donné une œuvre merveilleuse, dans laquelle la foi des siècles est expliquée de façon synthétique : le Catéchisme de l’Église catholique. Moi-même, récemment, j’ai pu présenter l’Abrégé de ce Catéchisme, qui a été élaboré à la demande du Pape défunt. Ce sont deux livres fondamentaux que je voudrais vous recommander à tous. 5
Le Catéchisme de l’Église catholique essaie d’expliquer comment la Parole de Dieu nous rejoint aujourd’hui.
C’est pourquoi il est si important d’aimer la Sainte Écriture et, par conséquent, de connaître la foi de l’Église qui nous ouvre le sens de l’Écriture. C’est l’Esprit Saint qui guide l’Église dans sa foi en croissance, et c’est Lui qui l’a faite et qui la fait pénétrer toujours plus dans les profondeurs de la vérité (cf. Jn 16, 13). 5
Y a-t-il d’autres éléments importants pour avancer sûrement sur le chemin du Christ ?
En aimant l’Eucharistie, vous redécouvrirez aussi le sacrement de la Réconciliation, dans lequel la bonté miséricordieuse de Dieu permet toujours un nouveau commencement à notre vie. 5
Avez-vous encore quelques conseils à nous donner ?
Formez des communautés fondées sur la foi ! Au cours des dernières décennies sont nés des mouvements et des communautés dans lesquelles la force de l’Évangile se fait sentir avec vigueur. Cherchez la communion dans la foi en étant ensemble des compagnons de route qui continuent à suivre le chemin du grand pèlerinage que les Mages d’Orient nous ont indiqué les premiers ! La spontanéité des nouvelles communautés est importante, mais il est aussi important de conserver la communion avec le Pape et avec les Évêques. Ce sont eux qui garantissent qu’on ne recherche pas des sentiers privés, mais au contraire qu’on vit dans la grande famille de Dieu que le Seigneur a fondée avec les douze Apôtres. 5
Finalement, l’Eucharistie devrait avoir des effets sur nous ?
Cela doit se manifester dans la vie. Cela doit se voir dans la capacité à pardonner. Cela doit se manifester dans la sensibilité aux besoins de l’autre. Cela doit se manifester dans la disponibilité à partager. Cela doit se manifester dans l’engagement envers le prochain, celui qui est proche comme celui qui est extérieurement loin, mais qui nous regarde toujours de près. Il existe aujourd’hui des formes de bénévolat, des modèles de service mutuel, dont notre société a précisément un besoin urgent. Nous ne devons pas, par exemple, abandonner les personnes âgées à leur solitude, nous ne devons pas passer à côté de ceux qui souffrent. Si nous pensons et si nous vivons dans la communion avec le Christ, alors nos yeux s’ouvriront. Alors nous ne nous contenterons plus de vivoter, préoccupés seulement de nous-mêmes, mais nous verrons où et comment nous sommes nécessaires. En vivant et en agissant ainsi, nous nous apercevrons bien vite qu’il est beaucoup plus beau d’être utiles et d’être à la disposition des autres que de se préoccuper seulement des facilités qui nous sont offertes. Je sais que vous, en tant que jeunes, vous aspirez aux grandes choses, que vous voulez vous engager pour un monde meilleur. Montrez-le aux hommes, montrez-le au monde, qui attend justement ce témoignage des disciples de Jésus Christ et qui, surtout par votre amour, pourra découvrir l’étoile que, comme croyants, nous suivons. Allons de l’avant avec le Christ et vivons notre vie en vrais adorateurs de Dieu ! 5
A la fin de la messe, sur le Marienfeld, vous aviez une annonce à faire, ce qui montre que vous voulez poursuivre ces rencontres de jeunes. Permettez que je vous cite :
« En ce moment où la présence vivante du Christ ressuscité au milieu de nous nourrit notre foi et notre espérance, je suis heureux d’annoncer que la prochaine Rencontre mondiale de la jeunesse aura lieu à Sydney, en Australie, en 2008. Confions à la garde maternelle et prévenante de la très sainte Vierge Marie le chemin futur des jeunes du monde entier. » 6
Très Saint Père, merci infiniment d’avoir passé ce moment avec nous et répondu à toutes nos questions. Après cette magnifique rencontre à Cologne, quel message voulez-vous laisser aux jeunes du monde entier ?
« En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui » (Mt 2, 11). Chers amis, il ne s’agit pas d’une histoire lointaine, survenue il y a très longtemps. Il s’agit d’une présence. Ici, dans la sainte hostie, Il est devant nous et au milieu de nous. Comme en ce temps-là, il se voile mystérieusement dans un silence sacré et, comme en ce temps-là, se dévoile précisément le vrai visage de Dieu. Il s’est fait pour nous le grain de blé tombé en terre, qui meurt et qui porte du fruit jusqu’à la fin du monde (cf. Jn 12, 24). Il est présent comme en ce temps-là à Bethléem. Il nous invite au pèlerinage intérieur qui s’appelle adoration. Mettons-nous maintenant en route pour ce pèlerinage de l’esprit et demandons-lui de nous guider. Amen ! 4
Christophe Godel
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Références des citations :
1. Cérémonie de bienvenue, Aéroport de Cologne, jeudi 18 août 2005
2. Célébration d’accueil, Poller Wiesen, jeudi 18 août 2005
3. Visite à la Cathédrale de Cologne, jeudi 18 août 2005
4. Veillée avec les jeunes, Marienfeld, samedi 20 août 2005
5. Célébration eucharistique, Marienfeld, dimanche 21 août 2005
6. Angelus, Marienfeld, dimanche 21 août 2005
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