Conseil de lecture : ce texte est inspiré du cheminement spirituel des moines Chartreux (pour en savoir plus http://www.chartreux.org)
Isaac le Syrien (VIIe siècle)
Isaac le Syrien, né dans le Qatar actuel, mourut dans le monastère de Rabban Shabour (Nord Kurdistan), après avoir été quelque temps évêque de Ninive. Il était ermite au désert de Syrie et se rendit à Constantinople où il joua un rôle important auprès de l’empereur. La crise arienne avait laissé la ville déserte de monastères. Saint Isaac en rétablit de nombreux et grande fut son influence en ce domaine. Il était honoré comme un père des moines. Sa vie ascétique était exemplaire. Ses œuvres spirituelles, très vite répandues, exercèrent, et exercent encore en Orient, une influence tout à fait considérable. Il est un maître spirituel à redécouvrir en notre temps, car il « ne cesse de parler de l’amour de Dieu pour les hommes, un amour qui ne connaît pas de limites ».
La Miséricorde de Dieu
Si Dieu châtie quelqu’un, il le fait encore par amour ou en vue de son salut, plutôt qu’en guise de sanction. Dieu respecte la volonté libre de l’homme et ne désire pas la contrecarrer.
Isaac écrit : « Dieu châtie avec amour, non pour se venger -loin de là !- mais pour essayer de parfaire son image. Et il n’entretient pas de colère, à moins que la correction ne soit plus possible, car il ne cherche pas à se venger. Telle est l’intention de l’amour. Le châtiment par amour vise la correction, mais non la sanction… Celui qui considère Dieu comme quelqu’un qui se venge, en pensant qu’il témoigne ainsi de sa justice, au fond, l’accuse de manquer de bonté. Qu’à Dieu ne plaise que la vengeance puisse jamais être reconnue dans cette fontaine d’amour et dans cet océan débordant de bonté ». De cette façon, l’image du Dieu-Juge est entièrement éclipsée chez Isaac par celle du Dieu-Amour et du Dieu-Miséricorde.
Dieu ne souhaite juger personne. Au contraire, il souhaite être leur Père : « Depuis la venue du Christ et après lui, les révélations ont fait connaître son rang de Père, comment -il est vraiment Père, n’ayant aucun désir d’être pour nous ni seigneur ni juge ». Aux yeux d’Isaac, la miséricorde est incompatible avec la justice.
Il écrit : « La miséricorde est opposée à la justice. La justice consiste dans l’égalité entre les deux plateaux d’une balance qui se tiennent en équilibre, car elle donne à chacun ce qu’il mérite… Alors que la miséricorde est regret et une pitié provoqués par la bonté. Elle fait pencher dans la direction de tous, elle ne sanctionne pas celui qui le mériterait et elle accorde une portion double à celui qui aurait droit à une récompense. C’est pourquoi, s’il est évident que la miséricorde fait partie de la rectitude, la justice fait partie de la malice. Tout comme l’herbe et le feu ne peuvent coexister au même endroit, la justice et la miséricorde ne peuvent pas cohabiter dans une même âme.
Il est donc tout à fait impossible de parler de la justice de Dieu, mais il convient d parler d’une miséricorde qui va au-delà de toute justice : « Comme un grain de sable ne fait pas le poids devant une grande quantité d’or, ainsi l’usage que Dieu fait de sa justice ne fait pas le poids devant sa miséricorde. Les péchés de la chair sont comme une poignée de sable jetée dans la grande mer en comparaison de l’Esprit de Dieu, et comme une source qui coule impétueusement ne peut être gênée par une poignée de poussière, ainsi la miséricorde du Créateur n’est pas arrêtée par les vices de ses créatures ».
Après avoir rejeté avec autant de force l’idée d’une sanction, Isaac montre que la conception vétéro-testamentaire d’un Dieu qui châtie les pécheurs, ne correspond pas à la révélation que nous avons reçue dans le Nouveau Testament par l’intermédiaire du Christ. Le Christ lui-même a confirmé cette « injustice » de Dieu dans ses paraboles, spécialement celle des ouvriers de la dernière heure, du fils prodigue, et encore davantage par son incarnation à cause des pécheurs : « Où est alors la justice de Dieu, puisque le Christ est mort pour nous lorsque nous étions pécheurs ? »…
Si Dieu est amour du fait de sa nature, celui qui a acquis un amour parfait et une miséricorde envers la création entière devient semblable à Dieu grâce à un « cœur miséricordieux ».
Dans l’homme, le « cœur miséricordieux », est ainsi l’image et la ressemblance de la miséricorde de Dieu qui embrasse la totalité de la création, les hommes, les animaux, les serpents et les démons. Chez Dieu, il n’y a de haine pour personne, mais seulement un amour qui embrasse tout, qui ne distingue pas entre le juste et un pécheur, entre un ami de la vérité et un ennemi, entre un ange et un démon. Chaque être crée est précieux aux yeux de Dieu. Celui-ci prend soin de chaque créature, et chacun trouve en lui un Père plein d’amour. Si nous nous détournons de Dieu, lui ne se détourne pas de nous : « Si nous ne croyons pas, il demeure cependant fidèle, car il ne peut pas se renier lui-même ».
Quoi qu’il puisse arriver aux hommes ou à la création entière, et quel que soit leur éloignement par rapport à lui, Dieu demeure fidèle à son amour qu’il ne peut et ne veut pas renier.
Texte choisi par Pascal Murri, gracieusement mis à disposition par la Communauté Saint Bruno (Centre laïc de la vie cartusienne)
Source : www.selignac.org
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