« Cesse tes jérémiades », autrement dit : tes plaintes incessantes, tes lamentations, tes pleurnicheries. Cette expression fait allusion à Jérémie, prophète de l’Ancien Testament - partie de la Bible commune aux Juifs et aux Chrétiens. Pour situer Jérémie, celui-ci exerça sa mission de prophète durant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de Jérusalem, soit entre 627 et 587 avant Jésus-Christ. Il vécut l’arrivée des Babyloniens, la destruction de la ville Jérusalem et l’incendie du Temple par Nabuchodonosor, lequel fit déporter une partie de la population juive en Babylonie. En fait, il vit l’anéantissement de tout ce qui symbolisait la religion et l’espérance du peuple d’Israël.
Dans son livre, Jérémie dénonçe l’idolâtrie et la corruption qui régnaient. Il va de soi que ses propos dérangèrent. Il fut donc arrêté et maltraité (Jr 26). C’est la période où il écrivit ses plaintes et sa lassitude, tout en réaffirmant, cependant, sa fidélité à Dieu. On a, du reste, attribué à tort au prophète Jérémie le Livre des Lamentations - que l’on trouve également dans l’Ancien Testament -, un ensemble de 5 poèmes sur la ruine de Jérusalem.
« Les derniers seront les premiers » ou « Les premiers seront les derniers » : ce sont deux formules réconfortantes que l’on utilise, soit de façon humoristique, dans les situations où un renversement des avantages est inévitable, soit face à une injustice sociale difficilement tolérable.
Elles sont tirées du Nouveau Testament. Jésus les emploie à différentes occasions pour indiquer qu’au Royaume des Cieux, l’échelle des valeurs et des hiérarchies est renversée par rapport à celle de notre monde. Il souligne aussi la nécessité, pour les puissants, d’une attitude humble, empreinte de considération pour ceux qui leur sont soumis.
Dans le contexte de l’Evangile de Matthieu, dont la parabole des « Ouvriers de la onzième heure » reprend cette expression (Mt 20,16), l’auteur fait sans doute allusion à la nouvelle situation de l’Eglise de Matthieu. En effet, l’évangélisation des apôtres concernait d’abord les Juifs, les premiers appelés. Or, ce sont des païens, des non-juifs, appelés plus tard (les derniers), qui formèrent les premiers la communauté de l’Eglise de Matthieu.
On retrouve cette même formule aussi bien dans l’Evangile de Marc que chez Luc (Mc 10,31 ; Lc13,30). Dans ce contexte différent, les auteurs soulignent que, contrairement au mouvement des Esséniens qui promettait le Salut aux leurs et condamnait tous les autres hommes à la perdition, Jésus promet la vie éternelle à tous et met en garde que ce ne sont pas forcément les premiers appelés (les Juifs) qui seront les premiers au Royaume de Dieu. Du reste, Luc précise qu’« il en viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, pour prendre place au festin dans le Royaume de Dieu » (Lc 13,29), faisant ainsi allusion aux païens qui seront admis au Royaume.
« Etre aux anges », est synonyme d’« être ravi », emporté. Cette expression semble faire allusion au Nouveau Testament, plus précisément au passage de la première épître de Paul aux Thessaloniciens : « Nous, les vivants, qui seront restés (jusqu’à la venue du Seigneur), nous serons ravis (c.-à-d. emportés) sur les nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (1Th 4,17) Les Pères de l’Eglise, ces théologiens du Ier au IVe s. ap. J.-C., expliquaient que les « nuées » étaient, dans le texte de Paul, une façon de désigner les anges. Les vivants seront donc emportés vers les anges pour rencontrer le Seigneur, avec toute la notion de béatitude que cela sous-entend. Dans son sens d’« être très heureux », la formule évoque le bonheur, couramment identifié au paradis promis aux hommes justes, après leur mort. Dans ce sens, « être aux anges », c.-à-d. parmi les anges, revient à dire : « être au septième ciel ».
Christian Rossier, aumônier des HES.
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