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JMJ de Madrid versus celle de Cologne - une histoire de couacs

vendredi 7 octobre 2011

La Jeunesse catholique allemande critique vertement les organisateurs des dernières JMJ à Madrid. Leur dénonciation fait sourire ceux qui ont vécu la catastrophique organisation des JMJ à Cologne en 2005 avec Benoît XVI : milliers de jeunes sans repas ni boissons, transports en train chaotiques, messe du pape sur un terrain difficile d’accès. L’improvisation latine se révèle finalement plus efficace pour accueillir un million de jeunes dans une grande ville.

L’organisation des JMJ dans les grandes métropoles est un défi pour toutes les villes et un casse-tête résolu de façon très inégale selon les capitales. Malgré quelques couacs, Paris en 1997, Rome en 2000 et Toronto en 2002 ont été des succès. Les JMJ à Cologne ont par contre été très dures à vivre pour les jeunes, à l’occasion de la venue du pape Benoît XVI, en été 2005. Les participants à ces rassemblements sourient aujourd’hui de lire la colère de la Jeunesse catholique d’Allemagne contre les défaillances de l’organisation des JMJ la semaine dernière à Madrid.

L’expérience madrilène

L’Espagne a dû procéder avec ses forces et ses faiblesses. La crainte première venait du ciel ; avec des chaleurs élevées (plus de 40 degrés Celsius), peu de zones ombrageuses et des difficultés d’approvisionnement en eau. Lorsque le samedi en fin de matinée, nous observions, en salle de presse, les images des premiers arrivants à Cuatro Vientos, aérodrome militaire goudronné et aride, nous ne pouvions que nous inquiéter des risques d’insolation.

Durant l’après-midi, lors de mes deux déplacements sur le terrain, à la recherche des Suisses, j’ai à chaque fois croisé un groupe de volontaires transportant une personne évanouie sur un brancard ou, dans le deuxième cas, une chaise roulante. Mais en même temps, il se trouvait quelqu’un pour me proposer de l’eau, et pas qu’une gorgée, une bouteille ou des emballages d’au moins 20 bouteilles (à amener à un groupe de jeunes dont je serais éventuellement responsable). Il fallait aussi éviter les lances à incendie pour ne pas terminer détrempé et risquer un refroidissement dans la tente de la presse sur-climatisée. Il ne manquait rien et l’eau s’obtenait facilement. Par contre, l’animateur en charge d’occuper les longues attentes surchauffait les foules, dans une ambiance bien latine. Des groupes dansaient, s’excitaient et risquaient probablement plus par leur conduite joyeuse que par manque d’approvisionnement.

Le ciel s’est cependant montré généreux à l’instant critique. D’abord la couverture nuageuse puis l’orage ont apporté une fraîcheur délicate et de l’eau en abondance ! Le danger est venu de l’effondrement des tentes-chapelles provoqué par les bourrasques de vent, blessant, semble-t-il sans gravité, plusieurs personnes dont une jeune lausannoise. Si le ciel s’est aussi montré clément, les organisateurs auraient dû s’assurer une sécurité optimum des installations. C’est le seul reproche sérieux à leur adresser ; ils auraient dû anticiper les orages, aussi imprévisibles fussent-ils.
Pour le reste, le mieux s’envisage toujours, mais ce qui fut, le fut très bien. Pas de problème avec les installations sanitaires qui ont absorbé les queues assez rapidement, en quelques dizaines de minutes, et c’est peu lorsqu’il s’agit d’un million de personnes. J’ai compté cinq zones de toilettes comprenant environ 300 cabines filles et 300 cabines garçons. Ce dispositif, sans être confortable, a été efficace.

Quant aux repas, il était possible de se nourrir dans l’un ou l’autre des 1’600 établissements de la capitale proposant l’assiette du pèlerin. D’évidence, si tout le monde veut manger fast-food, des queues énormes se créent. Nous l’avons expérimenté chez Telepizza et observé devant un McDonald’s. Personne n’était toutefois obligé de demeurer patiemment - jusqu’à deux voire trois heures ! - dans l’attente d’un hamburger. A quelques rues du Macdo, un groupe de Suisses a mangé une excellente cuisine espagnole, sans attente, avec entrée, plat de résistance et dessert, et tout ceci avec un seul coupon repas. Madrid, en utilisant ses forces, dans le cas présent son abondance de restaurants, a résolu avec finesse le problème alimentaire.
Les transports n’ont pas été plus complexes à résoudre. Il est vrai que 500’000 personnes ne quittent pas la place Cibeles, lieu de leur rassemblement, sans provoquer des engorgements. Le métro était surchargé et les trottoirs encombrés, tous les bouchons ont toutefois été progressivement défaits et aucun lieu n’a subi de paralysie complète.

La multiplication des pains

La jeunesse allemande se plaint aujourd’hui que leurs jeunes aient souffert de la soif à Madrid. Cela me rappelle l’épisode de la catéchèse matinale, durant la JMJ de Cologne, donnée par Mgr Kurt Koch à quelques centaines de jeunes rassemblées dans une église de la banlieue de Düsseldorf, 40 km au nord de Cologne. Vers la fin de la célébration, une organisatrice affolée vient apporter un mot en chaire à Mgr Koch pour lui signaler qu’il n’y a pas eu de repas livrés pour les jeunes à la sortie de l’église ! L’ancien évêque de Bâle ne perd par le nord ; il improvise, inspiré par la multiplication des pains de Jésus, et demande aux familles allemandes présentes d’accueillir chacune quelques jeunes à leur table. Une heure plus tard, tous les jeunes étaient rassasiés.

Cette défaillance de la société chargée de restaurer les jeunes pendant les JMJ, numéro un mondial de la restauration collective, s’est répété des centaines de fois pendant une semaine. Pourquoi un tel problème ? Les jeunes libres de se déplacer où bon leur semblait avec leur forfait de train se retrouvaient dans des lieux où la société de restauration n’avaient pas prévu grand-chose. Les organisateurs madrilènes ont su en tirer la leçon et ils ont prévu des tickets-repas utilisables pour les jeunes leur donnant accès à des milliers de restaurants.

Le casse-tête des transports collectifs

Il est très difficile de prévoir les déplacements de centaines de milliers de jeunes en camping dans une métropole. C’était particulièrement critique à Cologne, agglomération de taille moyenne. Les organisateurs ont ainsi décentralisé l’accueil des jeunes dans les villes environnantes, notamment près de Düsseldorf et près de Bonn pour les Suisses. Malheureusement, le soir, une majorité de jeunes voulaient se retrouver à Cologne. Et ce fut un cauchemar pour la gare de Cologne, fermée un soir entre minuit et trois heures du matin avec des dizaines de milliers de jeunes coincés sur les quais à attendre. Des dizaines de milliers d’autres jeunes se pressaient contre les portes à l’extérieur de la gare pour rentrer dans leur lieu d’hébergement distant de quelques dizaines de kilomètres. La police semblait impuissante.

La messe papale à Marienfeld

La grande célébration papale à Marienfeld, zone écologique protégée sans routes d’accès pour accueillir un million de personnes, a été particulièrement difficile à vivre en août 2005 pour les services d’ordre, les centaines de journalistes et de prélats rassemblés autour du pape le samedi soir. A la fin de la célébration, vers minuit, c’était la course dans des champs boueux pour s’engouffrer dans un bus bondé. Des journalistes plus lestes que les membres des services d’ordre ont réussi à prendre d’assaut l’un de ces cars destinés à ces derniers. Furieux, des dizaines d’agents de sécurité se sont alors couchés sur la route pour empêcher « leur » bus de passer. Leurs responsables ont dû les supplier pendant de longues minutes pour qu’ils acceptent de laisser passer le bus rempli de journalistes. Plus placides, des prélats avec des robes maculées de boue ont attendu sagement un véhicule accessible.

Les commentaires des habitués des JMJ ont alors été très critiques envers l’organisation allemande. Même les correspondants de la presse internationale en Allemagne n’en revenaient pas d’assister à une telle gabegie dans ce pays si bien organisé. Comme l’a relevé un prêtre suisse d’origine transalpine, l’improvisation italienne a été bien plus efficace à Rome que l’ordre germanique à Cologne pour canaliser un million de jeunes pèlerins. Comment se passera la visite de Benoît XVI en Allemagne en septembre prochain ? Les organisateurs allemands sont sûrs d’être à la hauteur. A voir.

Source : Jean-Brice Willemin / Pascal Fessard dans cath.ch

Images : JMJ de Madrid sur Zénitet site officiel JMJ

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