Me suis pris de bec l’autre jour avec l’ami Jean, qui pense être seul à connaître les secrets du cœur de Jésus. Si c’est pas malheureux à son âge, cette gloriole ! J’émis donc, au cours d’une conversation à houlettes rompues, cette fine observation : « Dieu est humour ! » Et Jeannot de protester : « Oh, magnifique Jonas, voyons ! Dieu est amour, pas humour. » Il n’en finit pas de s’en croire depuis que lui est venue cette illumination, Dieu est amour. Il faut qu’il la place à tout instant. Mais ce jour-là, il a trouvé à qui parler. Écoutez.
Moi, rigolard, victorieux d’avance : « Mon petit Jean, as-tu lu l’évangile de ton pote Luc ? Ou bien tu ne fourres ton nez que dans le tien, qu’est pas mal, certes, mais les autres y sont pas piqués des vers non plus, hein ? »
Lui, vexé : « Oh, grand Jonas, comment pouvez-vous imaginer pareille erreur de ma part ? »
Moi, condescendant : « Bon, eh bien rappelle-toi l’histoire des marcheurs d’Emmaüs. Qu’est-ce qu’y disent à l’Inconnu qui s’inquiète de leur triste mine ? »
Lui, tout fier : « Oh, sublime Jonas, je le sais parfaitement. Ils s’exclament, sur un ton de reproche, de mépris presque : "Tu es bien le seul de tous ceux qui séjournent à Jérusalem à ignorer ce qui s’est passé !" Voilà ce qu’ils disent. »
Moi, finaud, d’un air entendu : « Et l’Inconnu, quand il écoute ça, Jean-Jean, tu l’imagines comment ? »
Lui, les yeux tournés vers le ciel : « Oh, glorieux Jonas, dans son grand amour, son immense amour, l’Inconnu laissa paraître sur son visage l’expression d’une profonde compassion. »
Moi, me tapant les cuisses : « Ha, ha, ha, qu’il est désopilant, le drôle ! Qu’il est drôle, le comique ! Qu’il est comique, le clown ! »
Lui, effaré : « Oh, fameux Jonas, prophète entre les prophètes, vous vous moquez… »
Moi, roulé par terre de rire : « Mais non, mon petit Jean, entendant cela, l’Inconnu fut secoué d’une irrépressible envie de s’esclaffer. Il se retint de justesse, mais ne put réprimer un large sourire. »
Lui, désemparé : « Oh, clairvoyant Jonas, qu’y avait-il donc d’amusant ? »
Moi, pédagogue : « Voyons, Jean ! Qui est le seul à savoir ce qui s’est réellement passé à Jérusalem ? »
Lui, bon élève : « Oh, incomparable Jonas, c’est Jésus, bien sûr, l’Amour incarné ! »
_Moi, prêt pour l’estocade : « Juste ! Et qui est, selon les deux filous, le seul à ignorer ? »
Lui, les yeux écarquillés, tandis que les écailles lui tombent des yeux sur ses bottines : « Hi, hi, hi, hi, hi, hi, hi !… Oh, que c’est hilarant ! Je comprends maintenant ! Ah, incommensurable Jonas, comme vous avez raison : Dieu est humour ! »
Moi, humblement triomphant : « Bravo, Jeannot ! Une autre fois, je t’en raconterai d’autres au moins aussi rigolotes sur l’humour de Dieu. »
Source . p.o. Michel Salamolard, dans Cath.ch
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