Yves Semen, comment est née l’idée de créer l’Institut Philanthropos et à quoi ce projet veut-il répondre ?
La création de l’Institut Philanthropos s’est faite sur l’initiative du Père Nicolas Buttet, modérateur de la Fraternité Eucharistein. Celui-ci avait été frappé par une réflexion de Jean-Paul II qui avait affirmé que la crise contemporaine était d’origine anthropologique. C’est un fait que derrière tous les débats contemporains - que ce soit dans le domaine de l’économie, de la bioéthique, de l’éducation, des sciences sociales - se profile la question de savoir ce qu’est l’homme. A tel point qu’aujourd’hui il n’est plus possible d’exercer pleinement des responsabilités, quelles qu’elles soient, sans être capable de répondre à la question « Qui est l’Homme ? ». Nous sommes persuadés qu’une telle offre de formation, concentrée sur une année universitaire, est de nature à répondre à l’attente de beaucoup de jeunes d’aujourd’hui qui cherchent une réponse à cette question fondamentale.
Philanthropos se veut ainsi un lieu où l’on cultive l’entière vérité de l’homme envisagé selon un double regard, philosophique et théologique, sans négliger l’apport des sciences humaines, dans un climat de vie spirituelle qui permet d’accueillir pleinement cette vérité. Sur la base de cette vision unifiée de la personne dans toutes ses dimensions, l’Institut propose à ses étudiants un discernement sur les grandes problématiques contemporaines dans lesquelles la personne humaine est aujourd’hui engagée : économie et mondialisation, statut de la personne dans l’Islam, anthropologie du Nouvel-Age, dignité de la personne dans la bioéthique, vision de l’homme dans les sciences contemporaines, personne et sexualité, approches de la personne par la psychologie, etc.
Quelles sont ses particularités pédagogiques ?
Philanthropos se veut davantage qu’un institut universitaire et se présente comme une « Ecole de vie » qui comprend trois dimensions : la vie intellectuelle, qui est évidemment celle qui est la plus visible s’agissant d’un institut de formation, mais également la vie commune sur le lieu même de l’Institut et la vie spirituelle animée par la Fraternité Eucharistein et les sœurs franciscaines de Baldegg et à laquelle il est proposé aux étudiants de participer. En ce sens Philanthropos constitue une proposition tout à fait originale de « pédagogie intégrale » qui n’a pas actuellement d’équivalent en Europe.
A qui s’adresse votre institut ?
Cette formation s’adresse en priorité à celles et ceux qui, avant de s’engager dans une voie universitaire, technique ou professionnelle, désirent se former à une approche unifiée de l’être humain et de sa vocation. Elle prend donc logiquement place soit comme préalable à une formation universitaire ou technique à la manière d’une propédeutique, soit comme conclusion d’une telle formation avant l’entrée dans la vie professionnelle.
Philanthropos est particulièrement fait pour tous ceux qui hésitent encore à s’engager dans telle ou telle voie universitaire ou professionnelle et qui ont besoin d’un temps pour discerner et mûrir leur projet de vie personnel.
Au terme de leur année à l’Institut Philanthropos, les étudiants et étudiantes se trouvent particulièrement bien préparés à entreprendre des formations ou des métiers dans tous les domaines où la personne doit être prise en compte dans toutes ses dimensions : communication d’entreprise, journalisme, éducation et enseignement, médecine, psychologie, gestion des ressources humaines, arts, sciences politiques et économiques…
Quels sont les soutiens qui vous ont été apportés ?
Mgr Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a approuvé la création de l’Institut Philanthropos et lui apporte le soutien de l’autorité diocésaine. Autre signe de cet accueil favorable de l’Eglise, deux cardinaux - le cardinal Cottier et le cardinal Schönborn - sont membres du Comité d’Honneur de PhilanthropostPhilanthropos atteste ainsi de sa volonté de s’inscrire de manière ecclésiale dans la dynamique de la nouvelle évangélisation. Une vingtaine de personnalités de stature européenne sont également membres du Comité d’Honneur de l’Institut, parmi lesquelles Sœur Emmanuelle du Caire, l’archiduc Otto de Habsbourg, Maître Anton Cottier, ancien Président du Conseil des Etats, le Professeur Joël-Benoît d’Onorio, Président de l’Union internationale des Juristes catholiques, le Professeur Jean-Yves Naudet, Président des Economistes catholiques, le Professeur Jan Sokol, Doyen de la Faculté d’Humanités de l’Université Charles de Prague et ancien ministre de l’Education nationale de République Tchèque etc.
Des professeurs de l’Université de Fribourg, mais aussi des meilleures universités d’Europe (Université de la Sorbonne, Université du Latran, Université de Namur, Université catholique de Lyon etc.) ont accepté d’intervenir bénévolement pour permettre l’envol de l’Institut. Par ailleurs, quelques généreux donateurs se sont déjà manifestés pour soutenir financièrement l’Institut et lui permettre d’être ouvert à tous.
Par ailleurs, l’Institut a la chance de bénéficier de locaux vastes et fonctionnels mis généreusement à sa disposition par les soeurs de Baldegg. Ces locaux qui étaient affectés autrefois à un pensionnat scolaire se sont révélés tout à fait adaptés à leur nouvelle destination sans avoir besoin d’être transformés. Ils comprennent un foyer étudiant qui offre la possibilité aux étudiants de résider sur place et de bénéficier d’un service de restauration.
Pourquoi l’étude de l’anthropologie est-elle importante pour les chrétiens du 21ème siècle ?
Le 20ème siècle a été pour l’Eglise celui de l’élaboration progressive de sa Doctrine sociale à travers les grandes encycliques sociales à commencer par Rerum Novarum de Léon XIII en 1891, élaboration qui trouve un certain achèvement dans le Compendium qui a été publié récemment par Rome. Le 21ème siècle sera probablement celui de l’anthropologie et c’est Jean-Paul II qui nous y a introduit. D’abord parce que cette réflexion sur la personne humaine constitue l’essentiel de son œuvre philosophique dont la portée est considérable et qui n’a pas encore vraiment été prise en compte. Ensuite parce que c’est en quelque sorte la colonne vertébrale de tout son enseignement comme pape, et ce dès sa première encyclique, Redemptor Hominis, Le Rédempteur de l’Homme, dans laquelle il nous montre que l’homme ne peut se comprendre en plénitude que dans la lumière de l’Homme-Dieu qu’est le Christ.
Aujourd’hui, nous constatons une perte généralisée de repères en matière éthique car sans anthropologie adéquate, il ne peut y avoir d’éthique véritablement fondée : on agit en fonction de ce que l’on est. Et l’homme moderne a perdu le sens ce qu’il est en vérité jusqu’à la désespérance. C’est ce que Jean-Paul II affirmait avec force dans son encyclique Ecclesia in Europa : « A la racine de la perte de l’espérance se trouve la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ. Cette manière de penser a conduit à considérer l’homme comme le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n’est pas l’homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l’homme ». Voilà l’anthropologie que les chrétiens, en ce début du 21ème siècle, ont à réapprendre au monde.
Renseignements
Renseignements et dossiers d’inscription peuvent être demandés à l’Institut Philanthropos 1 chemin de la Fenettaz , 1722 BOURGUILLON-FRIBOURG Tél. 026 347 31 29 ou directement sur le site de l’Institut (www.philanthropos.org)
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