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La fidélité

samedi 31 mars 2007

C’est la fidélité même qui, dans une relation ou un engagement, peut parfois mener à la rupture.

La fidélitéaujourd’hui est une valeur qui n‘a pas bonne presse.

En voyant les ruptures devenues fréquentes dans les couples, la vie consacrée et les diverses relations et engagements, beaucoup ont l‘impression que cette valeur disparaît de la vie de l‘homme contemporain.

C’est que souvent, la fidélité a été présentée, comprise et vécue comme une réalité statique et figée. « On est fidèle ou on ne l’est pas », « on tient sa parole ou on ne l’a tient pas », « si on s’engage, c’est pour toujours ». Nous oublions que la fidélité est une réalité qui appartient à la condition humaine, et que la réalité est relative et relationnelle.

Décoller du présent pour enjamber la totalité de notre avenir et nous y transporter dans un « toujours » ou « plus jamais » ne risquerait-il pas de rendre nos engagements fragiles et volontaristes ? Si l’être humain est un être historique, en devenir, peut-on continuer à représenter la fidélité comme un mirage d‘éternité dans notre temps, une fixation au définitif, une liberté chosifiée dans le contrat qui la lie ? Abandonner celui à qui on avait promis d’être fidèle, est–ce toujours une trahison ? Ou bien cette rupture peut-elle avoir un autre sens ?

C’est à l’amour que nous sommes appelés à être fidèles. L’amour fait naître à la vie. Or pour naître, ne faut-il pas mourir, partir ou faire rupture ? Et quelles ruptures exige la fidélité à l’amour ?

Notre histoire n’est pas figée. Elle est progression continuelle. Nous ne sommes jamais identiques à nous-mêmes. Notre vie est un passage d’une étape à une autre et à chaque étape il y a une nouvelle naissance. Nous avons besoin du temps pour nous connaître et connaître notre vérité qui n’est pas totalement et définitivement atteinte. Plus nous avançons, plus nous nous découvrons progressivement.

Voilà l’exemple des deux amis liés par une amitié intime. Après cinq ans de séparation, ils se rencontrent à nouveau. Ils constatent qu’ils ont changé. Ils avaient dérivé l’un par rapport à l’autre. Faut-il recommencer à revivre l’amitié à la manière de jadis ? Leur promesse de fidélité est-elle établie une fois pour toute ? Ou bien faut-il inventer un nouveau mode de relation ? Faut-il s’arrêter au contenu formel de la promesse, ou prendre en considération ce qu’apportent le temps et les circonstances changeantes de nouveautés.

La fidélité n’est pas faite une fois pour toute. Nous sommes appelés à l’inventer sans cesse. La fidélité est un combat à mener, et un don à accueillir. Souvent lorsque des difficultés se présentent, les personnes engagées remettent en cause l’option de départ. Elles sont comme saisies par le doute : Faut-il continuer ou non l’engagement ou la relation ?

Il s’agit là d’une crise de fidélité : difficulté de poursuivre le chemin, difficulté d’une option de continuité. La fidélité atteint notre désir profond d’être fidèle mais en même temps nos tendances à ne pas l’être. Des sentiments de peur, de culpabilité, d’angoisse et de trahison peuvent surgir .Dans la mesure où elle est authentique, la fidélité implique conscience et liberté, pour cela elle représente un défi. La fidélité est créatrice, capable de s’adapter, de vivre le présent en assumant le passé et en espérant l’avenir. Or une telle expérience ne va jamais de soi. Dans les circonstances où tout est remis en question, où le passé s’effondre, où l’avenir est en suspens, il faudra être attentif aux exigences intimes qui tirent leur sève des profondeurs de l’homme. Elles appellent à de lourdes décisions et conduisent à des renoncements importants.

Pour être fidèle à la personne aimée, il y a des moments où il est nécessaire de critiquer les formes que chacun a donné à son engagement, la manière dont il vit la relation à l’autre. S’il découvre que celle-ci ne va pas dans le sens de vie et l’amour, c’est là qu’il faut avoir le courage de faire la vérité d’abord en soi, puis avec l’autre. Ce travail de vérité peut conduire à une décision de rupture comme il peut conduire à la création d’un nouveau mode de relation avec l’autre. Cette démarche créatrice n’est pas une fuite ou une tentation de se reprendre mais une ouverture, une naissance. C’est la fidélité même qui amène à ce travail de récréation qui exige des ruptures et des renoncements. Pas de fidélité sans modifications réciproques. Jésus disait : « il est bon pour vous que je m’en aille » (Jean 16,7) celui qui fait assez de place en lui –même, fait appel à la fidélité de l’autre. Le départ qui ouvre la place à la fidélité n’est –il pas en même temps le lieu de la plus grande modification, celle de Pâques ?

Roula Lopez

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