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"La Religieuse portugaise"

lundi 4 janvier 2010

Film étonnant et, par certains côtés, fascinant. Le réalisateur met à distance le support littéraire pour affronter le questionnement métaphysique et ouvrir à une mystique.

Une actualité qui nous vient… du 17è siècle !

En 1669 parut un ouvrage qui suscita un engouement exceptionnel : Les Lettres Portugaises. Ces pages enflammées sont adressées par une religieuse à un officier français qui servit quelque temps au Portugal mais ni l’auteur et ni le destinataire ne sont nommés. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Rousseau… s’intéressèrent à cette énigme.
Bref, un événement littéraire du 17ème siècle.

Tel est le point de départ de ce film étonnant et, par certains aspects, fascinant. L’actrice française Julie de Hauranne vient de tourner à Lisbonne une adaptation des Lettres Portugaises.
Dans le temps laissé libre par le tournage, Julie -dont la mère est portugaise- découvre la ville en parcourant à pied les ruelles, allant à la rencontre des lieux et des personnes. Lentement, paisiblement, elle s’imprègne de ces paysages baignés tour à tour de lumière solaire ou nocturne. Attentive aux personnes dont elle croise la route, elle va, par sa douceur rayonnante, transformer leur destin.

Amour sacré, amour profane : ils s’unissent en Dieu

Jusqu’à ce long face à face avec une religieuse qu’elle a déjà à plusieurs reprises observée en prière. Scène magistrale où l’actrice, loin d’attendre que lui soit livrée la clef de son rôle, pressent que c’est plus profondément le sens de sa propre vie qui va lui être révélé. Scène paroxystique aussi où Julie vit avec tellement d’intensité ce suspense métaphysique qu’elle perd connaissance.

Car le tournage du film n’est que l’occasion pour elle, en retrouvant ses racines portugaises, de se mettre en quête de sa vérité. Et le message de la religieuse couronne et illumine son cheminement : amour profane, amour sacré, l’un et l’autre s’unifient en Dieu qui en est la source. Ainsi le réalisateur met clairement à distance le support littéraire pour affronter le questionnement métaphysique et ouvrir à une mystique, compréhension directe de l’unité du monde.

Contemplation et fado

Leonor Baldaque, beauté familière des films de Manoel De Oliveira apporte au personnage de Julie l’élégance aérienne qui convient à ce film contemplatif. Le temps semble s’arrêter quand la caméra fixe longuement les visages, les mains, ou s’attache aux pas.
Comme souvent chez Eugène Green, la musique (ici le fado nostalgique) n’a rien d’un accompagnement mais participe au charme -au sens fort d’envoûtement- produit par l’œuvre. Autre parti pris habituel au réalisateur : il ne craint pas les silences et ses dialogues cherchent à capter la vérité des êtres.
A la manière de Robert Bresson la diction la plus plate veut livrer passage à un au-delà du langage et rendre à la parole sa fonction sacrée. Auteur d’une Poétique du cinématographe, Green est convaincu que, dans notre société sécularisée, l’art en général et le cinéma en particulier peuvent remplir un rôle qui était celui de la religion : créer un lien avec l’invisible.

Michèle Debidour

Source : Signis

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