La Toussaint : Le Ciel c’est pour nous tous et pas seulement pour ces quelques héros de l’Evangile.
Pourquoi la fête de la Toussaint est au "hit-parade" de la pratique populaire catholique ?
Je me demande si le succès de cette fête ne vient pas du lien avec le souvenir des défunts. Mais la confusion est bien réelle. Elle est d’ailleurs très bien entretenue du moins commercialement par l’évènement tendancieux des petits démons des vitrines de supermarchés et surtout par les vacances de la Toussaint.
Pourtant, à la messe de cette grande fête nous écoutons ceci : "Nous fêtons aujourd’hui la cité du ciel, notre Mère la Jérusalem d’en haut". Oui, avant d’entrer dans l’hiver, l’Eglise nous propose cette vision de lumière. En fait, c’est encore et toujours, la perspective du ciel qui seul peut fasciner et mobiliser le peuple de Dieu. La Toussaint, c’est bien cette ouverture sur un Ciel peuplé « d’une foule immense, que nul ne peut dénombrer » (l’Apocalypse), un ciel peuplé, c’est-à-dire un Ciel pour le peuple de Dieu, et pas seulement pour ces quelques stars de l’Evangile que sont nos frères aînés, les grands saints, nos modèles, dont les "exploits" nous dépassent et nous découragent parfois : nous pensons : « Ah ! s’il faut faire tout ça pour aller au Ciel, alors ce n’est pas mon truc ! Mère Teresa je t’aime bien, mais de loin, ne me demande surtout pas d’aller faire la bise à un lépreux dégoûtant ». Un autre disait : « Je ne suis même pas capable de jeûner une demi-journée. Comment voudriez-vous que j’observe le carême pour devenir saint comme Nicolas l’ermite ? »
En tout cas, par cette fête splendide l’Eglise nous dit : « le Ciel c’est aussi pour toi aussi qui a de la peine, le Ciel c’est pour nous tous ! »Il n’y a pas d’autre motif pour la joie et le dynamisme du peuple de Dieu que la perspective du Ciel pour lui. St Paul disait aux Corinthiens « si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes ».
Malheureusement, nous sommes beaucoup timides pour annoncer le Ciel parce que nous pensons que notre regard sur le ciel nous rendrait moins efficaces pour l’avance du Royaume sur la terre, Nous serions dans la fameuse "évasion", dans les nuages semble t-il à force de s’intéresser trop au ciel.
Et pourtant, quand on sait que le moindre sourire ou le moindre geste d’accueil donné par amour obtient une récompense éternelle, quand on sait que toutes les souffrances du temps présent, dans le combat pour la Justice, ne peuvent être comparées à la Gloire qui doit se révéler en nous dans le Ciel, de quelle force, de quelle persévérance pour la mission terrestre ne sommes-nous pas tout à coup investis et revêtus !
L’affaire est donc entendue : non, le ciel n’est pas une évasion dans les nuages ; oui, le ciel nous stimule, comme la promesse d’une récompense nous stimule, il n’y a pas de honte à cela. C’est pourquoi en cette Toussaint laissons-nous attirer sans retenue, et annonçons aussi à nos frères, comme dit St Paul : "ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui dépasse l’imagination de l’homme, ce bonheur que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment".
Ce bonheur, encore une fois, qui n’est pas réservé aux grandes figures de l’évangile, à des êtres d’exception, mais à tous. Tous saints, voilà ce que nous sommes appelés à devenir, ce que nous sommes déjà par la Foi.
Jean-Jacques Agbo
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