Salzburger Festspiele 2005 - Fotoprobe La Traviata

Il y a quelques semaines, on découvrait la grande histoire d’amour passionnée entre Alfredo et Violetta dans La Traviata (voir l’article : version d’jeunes). Avec un petit avant-goût de l’exceptionnelle musique de Verdi qui peut faire fondre les cœurs, qu’ils aient 15 ou 75 ans.

Attaquons à présent le plat de résistance : extraits à l’appui, ouvrons les pages de l’œuvre pour la rendre accessible, pour apprécier les trésors qu’elle recèle et comprendre comment la musique vient compléter, que dis-je sublimer !, l’histoire.

 

 

 

Rapide séance de rattrapage : l’histoire de la Traviata

Tout d’abord, pour les retardataires (qu’on ne vous y reprenne pas), petite séance de rattrapage sur les personnages et l’histoire (en entier ici, dans le 1er article).

 

Pour les bons élèves (fort nombreux, j’en suis sûre), petit rafraîchissement :

 

Acte I : elle, Violetta, est une prostituée de luxe, gravement malade. Lui, Alfredo, est un jeune blanc-bec fou d’amour pour elle et qTRAVIATA petites_2005-5ui lui déclare sa flamme. Sa réponse : « non… oui… non… oui… ce n’est pas pour moi… à moins que… » ;

 

Acte II : enfin ensemble, c’est le bonheur total ! Mais Giorgio, le père d’Alfredo, débarque et brise leur rêve d’amour. Pour sauver la « respectabilité » de sa famille, il exige de Violetta qu’elle quitte Alfredo. Son amour pour lui est tellement fort qu’elle accepte ce sacrifice ;

 

Acte III : Alfredo, « mille serpents [lui] dévorant le cœur », ne supporte pas la rupture, et encore moins de la voir au bras d’un autre (un baron). Sa colère prend le dessus, il humilie violemment et publiquement Violetta pendant une fête ;

 

Acte IV : Violetta est seule, sans le sou et mourante. Alfredo lui revient enfin. Mais trop tard. Violetta meurt malgré les retrouvailles passionnées.

 

 

 

Le prélude

Prenons à présent des extraits musicaux ci-dessous pour les décrypter. Le prélude, tout d’abord. C’est le début de l’œuvre. LesTRAVIATA_2005-10 1ers silences et les 1eres notes. Elles installent l’ambiance et donnent, en une poignée de secondes, les ingrédients du destin tragique de Violetta.

 

Les premières mesures sont lentes, mélancoliques. Le volume est si doux qu’on entend à peine. Les accords se suivent lentement, presque immobiles. Un peu comme une vie suspendue : celle de Violetta. Qui tire sur la corde. Qui est à bout de souffle. Qui ne veut pas voir sa vie en train de s’éteindre sous le poids de la maladie.

 

Les violons tournent autour de quelques notes pivots, ils montent et descendent sur des demi-tons qui créent une tension. Les montées, jusqu’à des notes très aigües, évoquent une sorte de plainte, de tristesse et de douleur. Les descentes, quant à elles, disent la chute inexorable de Violetta. Le tout est ponctué par des petits silences et soupirs. Comme si Violetta essayait de s’arrêter pour reprendre le contrôle de sa vie. En vain : la ligne mélodique s’épuise par elle-même et s’éteint (dès 1min45 dans l’extrait ci-dessous). Comme Violetta, à la fin de l’opéra.

 

 

Juste après ce passage, le ton change (à 1min56). Au thème de la maladie et de la mort succède celui de Violetta amoureuse. On le repère facilement : la mélodie est douce, plus chaleureuse, les instruments à cordes jouent généreusement, rejoint par tout l’orchestre qui installe un rythme marqué par de petites notes répétées, une sorte de battement de cœur, totalement absent dans les premières mesures. L’air devient léger, les violons ont des motifs joyeux.

Cela dit, une certaine mélancolie persiste : les courbes mélodiques finissent toujours par descendre et mourir.

 

 

Remarquez au passage la mise en scène et l’arrivée de Violetta de cette production. Et tout le défi pour le metteur en scène et les interprètes de créer un jeu de scène cohérent avec le langage de la musique !

 

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« Brindisi », la chanson à boire !

Une grande fête bat son plein. Alfredo vient d’être présenté à Violetta qui se moque un peu de ses tentatives pour l’approcher. Arrive alors le « brindisi » : une chanson à boire ! Un hymne à l’amour, la volupté, la frivolité et l’insouciance porté par une mélodie que, j’en suis sûre, vous connaissez déjà !

Ce brindisi, c’est un toast qu’Alfredo chante pour célébrer le plaisir et l’amour, mais qu’il adresse aussi à Violetta, même si elle se joue ouvertement de lui. La séquence est rythmée, enlevée. Les petits silences, les trois temps de la valse et la mélodie sautillante (les sauts de notes) de donnent-ils pas envie de lever nos verres et de danser ? Moi, si !

 

Au niveau de la structure, le thème du brindisi est d’abord présenté par l’orchestre. Puis, il est repris par un Alfredo qui, par ses grands sauts de notes des débuts de phrase (intervalles de sixte : six tons), dévoile sa fougue et sa passion. Le rythme est ternaire : c’est celui de la valse, gracieuse et légère.

 

 

Lorsque Violetta reprend le même thème (à 1min10), la musique (et la mise en scène de ces extraits) dépeint le grand pouvoir de séduction de Violetta. Ce milieu est le sien ! Tout en se moquant d’Alfredo, on la découvre amusée, intriguée et attirée par le jeune homme. Tout le chœur, en se joignant au chant à la 3ème reprise, est (et nous avec eux !) un peu le témoin de ce jeu de séduction.

 

Le tout va crescendo, s’accélère, tournoie, s’envole de plus en plus, comme la fête, jusqu’à un final fortissimo (très fort, quoi !) flamboyant !

 

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Alfredo : « Je vous aime… »

Juste après le brindisi, les convives vont danser dans une autre salle. Violetta, prise d’un malaise, reste. Alfredo, qui s’est tenu discrètement dans un coin, se manifeste après un moment. Et, puisqu’ils sont seuls, lui déclare son amour.

 

La première phrase de l’air du ténor, « Un dì felice, eterea… », part des graves pour se déployer en une belle et douce mélodie. Elle est ponctuée de silences qui expriment l’embarras et les hésitations d’Alfredo à se livrer. Puis, la mélodie évolue vers des notes plus hautes (dès 35 sec.), des mouvements plus souples et amples : Alfredo se débarrasse de sa gêne et gagne en assurance pour lui dévoiler « cet amour qui est le pouls de l’univers entier ».

 

La réponse de Violetta ? L’exact opposé ! Tant dans le texte (elle dit clairement qu’elle n’est pas pour lui) que dans le chant. Elle y multiplie les grands sauts de notes, les saccades (il y a beaucoup de très brefs silences) et de nombreux aigus. Autant d’oppositions avec le chant épuré et mélodieux d’Alfredo ! Comme si elle résistait à son amour, qu’elle s’en défendait avec ses meilleures armes : le jeu, l’ironie et la séduction.

 

 

 

 

Mais Alfredo ne se laisse pas démonter. Avec sa fraîcheur, il adoucit Violetta en quelques mots (dès 1min45 : « amour mystérieux, croix et délice du coeur »). Et cela touche dans le mille : la ligne vocale de la femme, troublée, chute de deux octaves, gagnant en souplesse. Et en sincérité.

Au fond d’elle, elle rêve à ce que lui dit Alfredo. Cela pointe par petites touches.

Elle se rapproche de lui, jusqu’à le rejoindre dans son chant doux et tournoyant. Ce duo se finit en un unisson : les deux voix n’en forment plus qu’une.

 

 

Encore, encore, encore !

Un amour naissant, entre hésitations et dérision. Que devient-il ? Comment Verdi développe-t-il cette relation à travers la musique ?

TRAVIATA_Verdi 2Quels indices donne-t-il à entendre ?

 

 

Décryptage de trois autres magnifiques extraits au prochain épisode !

 

 

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Présentation de l’oeuvre façon « djeunes » du talent de Verdi (le 1er de cette série d’articles, 1/3) : « plus fort que le Titanic ! »

Guide d’écoute (3e et dernier article sur la Traviata) des actes I et II: « des vivats au bye-bye »