Iolanta 1

Dans cette rubrique, je vous ai, à plusieurs reprises, proposé des écoutes attentives d’extraits d’opéra, pour y décortiquer comment les compositeurs s’y prennent pour mettre en musique les sentiments humains. La musique est comme un miroir, un reflet de l’âme humaine, capable d’en dévoiler des recoins insoupçonnés.

 

Aujourd’hui, changeons les habitudes ! Et laissons simplement la place à la musique. Je vous invite à  découvrir une scène tendre et touchante. Qui sait, peut-être rappellera-t-elle à votre mémoire quelques fugaces souvenirs d’enfance, lorsque votre mère vous chantonnait une berceuse pour apaiser vos inquiétudes.

 

La scène en question est tirée du tout dernier opéra écrit par Piotr Ilytch Tchaïkovski, « Iolanta« . Le propos de cet opéra est un peu différent de ceux que nous avons déjà vus. Bien sûr, rassurez-vous, il est toujours question d’amour passionné ! C’est le contexte qui mène à la rencontre entre lui (Vaudémont) et elle (Iolanta, c’est-à-dire Yolande en français).

 

Iolanta est la fille du roi René. Née aveugle, elle vit, protégée du monde, dans un château retiré de Provence avec pour seule compagnie les domestiques qui la servent. Son protecteur de père, se refusant de l’affliger, ordonne à tous de lui cacher absolument cette cécité. Toute référence au « voir », à la lumière, aux couleurs, est strictement interdite.

La jeune fille se dit plutôt heureuse, ne sachant pas que d’autres « voient » avec leurs yeux, qu’ils ne sont pas faits que pour pleurer. Mais elle sent que « quelque chose manque« , sans savoir quoi. Une certaine tristesse s’empare d’elle. Elle demande à Martha, qui l’accompagne depuis sa naissance, de l’aider à s’apaiser en lui chantant une berceuse. Que voici.

 

Ecoutez simplement cette mélodie, ces voix chaleureuses, ces tendres motifs qui évoquent les bras rassurants d’une mère. Ces consonances  qui donnent toute sa rondeur à ce moment, sa douceur, sa sensation de chaleur rassurante.

« Baju… » (Dors…). Si rassurante que Iolanta finit par s’endormir.

 

 

 

 

« IOLANTA

Écoute, viens là. Laisse-moi, comme lorsque j’étais enfant; Appuyer ma tête contre ton coeur. Et chante-moi cette chanson, te souviens-tu ? Ma préférée !

MARTHA

Bien sûr. (Elle s’adresse à Brigitta et Laura.) Quant à vous, vous chanterez avec moi !

IOLANTA

Comme elles vont s’ennuyer !

BRIGITTA, LAURA

Mais non, ne dis pas ça !

LAURA et BRIGITTA

Dors, puissent les anges dans leur vol bercer ton sommeil.

Survolant doucement parmi nous, pleins de bienveillance.

La, la, la, la, dors !

CHOEUR

Dors belle enfant, laisse-toi porter par un sommeil bienheureux !

BRIGITTA, LAURA

Dors belle enfant, laisse-toi porter par un sommeil bienheureux !

Dieu, exauçant ta prière ingénue, de sa main généreuse

T’apportera fortune, paix et bonheur. (Bis)

MARTHA

Du plus haut des cieux, le Seigneur veille sur toi

Il t’apportera fortune, paix et bonheur. (Bis)« 

 

 

Envie de connaître la suite de l’opéra ? Eh bien ce sera pour bientôt ! Avec la présentation d’un air qui marque la rencontre de Iolanta et de Vaudémont. De toute beauté !

 

Emilie

 

 

 

Pour mémoire, voici les précédents articles de présentation/décryptage d’oeuvres classiques :

La Passion selon St-Jean (Bach) : la violence des foules (« Kreuzige »)
L’Elisir d’amore (Donizetti) : et… si on buvait un coup ? (« Caro elisir »)
La Passion selon St-Jean (Bach) : présentation de l’oeuvre et autres extraits analysés
La Traviata (Verdi) : histoire et décryptage d’extraits (article 1 : présentation ; article 2 : prélude et acte 1 ; article 3 : acte 2 et 3)