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« Pour un mélomane, la plus belle pièce de musique est celle qu’il écoute ; pour un collectionneur c’est celle qu’il n’a pas dans sa discothèque » disait Jean Brassard.

Alors, écoutons un extrait d’un opéra comique, le temps de son écoute, ce sera la plus belle pièce de musique !

 

 

Cette série de décryptage, entamons-là avec une ambiance de circonstance : une fête bien arrosée ! Eh bien oui, ces derniers jours, cela vous est certainement arrivé : boire un petit coup, puis un autre.

Voire un autre, pour faire honneur à la bouteille ouverte.

Et hop ! Trinquons à la tante Marcelle ! A Juju ! Et à Robert !

Et voici que, sans crier gare, vous glissez gentiment dans les voluptés de cet état « grisant » qui suit les premiers verres d’alcool. Attention, c’est juste le moment de vous arrêter…!

 

C’est justement cela que donne à entendre (et à voir !) cet extrait de l‘Elisir d’amore, de Gaetano Donizetti.

L’histoire ? En quelques Capt_Elisir 6mots : lui, Nemorino, paysan fauché et inculte, follement amoureux d’elle, Adina, notable du village et érudite. Un marchand ambulant débarque, ventant les 1001 bienfaits de son elixir magique ! Y compris celui de devenir irrésistible auprès des femmes pour celui qui en boit. Ni une ni deux, le jeune Nemorino se ruine pour le précieux breuvage ! Qui ne s’avère être que du … vin. Nemorino ne s’en rend pas compte et le boit de bon coeur ! Alors, forcément, après quelques gorgées, l’alcool commence à faire son oeuvre.

 

Si, si, je vous assure, écoutez bien cet extrait, vous entendrez les effluves de l’alcool !

 

 

 

 

Remarquez déjà, dès le début de l’extrait, la voix, à moitié chantée et parlée, qui donne un ton de « tiens, ça pourrait se passer ailleurs que sur scène tout cela ». Les violons soutiennent cette impression en tenant leurs notes, sans artifices, s’effaçant parfois, laissant la place à Nemorino qui se parle, comme vous et moi le faisons parfois en pensant à voix haute. D’ailleurs, à une exception près, ces notes sont celles du langage parlé.

 

Puis, sa première tirade achevée, voici que Nermorino avale goulûment le liquide (« bevasi ! » – buvons !). Ecoutez les violons ! LeursCapt_Elisir 4 mouvements dégringolent – le vin qui descend dans la gorge – puis s’agitent en répétant les mêmes petites notes, avec de petits sauts. Cette sensation de l’alcool qui arrive dans l’estomac, réchauffe et chatouille, ça y ressemble, non ?

 

 

Nemorino en reprend plusieurs gorgées (« oh que c’est bon ! Une autre gorgée ! ») et en sent les effets : « une douce chaleur se répand dans mes veines, elle aussi doit sentir l’effet de l’elixir, la joie et l’appétit qui se réveillent me l’annoncent! » . Tiens, il semble que l’effet désinhibant de l’alcool se révèle : la mélodie se fait sautillante, faite de phrase. Plus le breuvage répand sa douce chaleur en lui, plus Nemorino prend de l’assurance !

 

 

Capt_Elisir 2Il faut croire que ce cher Nemorino n’a pas l’habitude de boire du vin, il en faut peu pour que notre paysan devienne tout joyeux, au point de chanter une petite mélodie toute simple et gaie, « Trala-lalala-lalal-lala » ! Et ce sourire aux lèvres, ces petits pas de danse, ne rappellent-ils pas ces fois où vous vous êtes baladés dans la rue, tout remplis de ce doux regard de votre amoureux/amoureuse ? Tellement joyeux que vous pouviez en chanter et en danser sur le trottoir, un sourire béat aux lèvres ? Je parie que si !

 

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L’alcool grise et… finit par faire tourner un peu la tête ! Ecoutez bien, à 1 min 26 sec., juste après les premiers « Trala-lalala », les violons font des notes qui semblent tomber (un « dégueulando » dirait un ami). La ligne mélodique des cordes glisse, dérape, déraille. Comme la démarche de quelqu’un qui commence à être doucement ivre ! Oui, vous savez, ces pas hésitants, maladroits, le corps en avant et qui se balance au rythme des cahots.

 

 

 

 

 

A ce moment, la tendre aimée de Nemorino, Adina, vient chercher de l’eau, et se demande qui est ce fou, juste là. Durant ce moment, la mélodie d’Adina est interrogative, finit souvent dans les hautes notes – comme lorsqu’on pose une question – tout en restant discrète.

Quand Adina reconnaît Nemorino, elle s’interroge : « come è cambiato ! (comme il a changé !) ». Sa voix, celle d’une femme qui se parle à elle-même et qui tombe d’étonnement, suit la mélodie de la voix qui se demanderait à voix haute « comment se peut-il qu’il ait ainsi changé ? » (si si, j’ai essayé !)

 

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Durant ce petit bout de scène, Nemorino voit Adina et se retient : il voudrait vérifier si l’elixir agit sur elle, mais comme le marchand lui a dit qu’il fallait un jour entier pour qu’il fasse effet, il décide de ne pas lui courir après, comme il le fait tout le temps ces derniers mois.

 Rien de cela n’entame la joyeuse folie de Nemorino qui reprend de plus belle ses  « Trala-lalala ». Une mélodie légère que l’on pourrait fredonner en sautillant, dans la rue !

Remarquez au passage comment la flûte (dès que Nemorino commence à jongler) en accentue le côté léger, enjoué et  espiègle !

 

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C’est ici que j’arrête que le décryptage pour cette séquence, car cet opéra comique dure encore 1h30 ! D’ailleurs, si le coeur vous en dit, vous le trouverez en entier ici, sur YTube.

 

 

 

 

Et histoire de bien montrer que la musique se prête aussi à l’humour et à quelques jolis éclats de rire, voici le même morceau en version « concert », un petit délice !