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Le contresens du Da Vinci Code

samedi 3 septembre 2005

La légende du Loch Ness s’est bâtie autour d’un canular, le triomphe planétaire du livre de Dan Brown, Da Vinci Code, sur un contresens. Eclairage.

Un roman à succès, un livre de poche et bientôt un film. Le Da Vinci Code est probablement une des meilleures ventes de roman de l’année dernière. La pierre angulaire de l’intrigue repose sur le fait que Dan Brown allègue l’existence d’une confrérie détentrice d’un terrible secret : Marie-Madeleine a épousé Jésus et lui a donné un enfant. A l’ère paléochrétienne, la jeune femme était donc une figure révérée autant que le Christ. Membre de ce prieuré, Léonard de Vinci aurait évoqué le culte du féminin sacré dans la fresque de la Cène en efféminant les traits de saint Jean l’Evangéliste, afin de lui substituer le visage de Marie-Madeleine.

Précision iconographique, le voile se lève

Or, dans l’iconographie religieuse, Jean forme avec Marc et les apôtres Pierre et Paul les quatre piliers de la foi chrétienne. Selon la théorie des quatre humeurs en usage à la Renaissance, Jean incarne la jeunesse, l’aurore, le printemps et le caractère sanguin, Paul, le déclin de l’âge, le crépuscule, l’automne et l’humeur mélancolique, tandis que Marc symbolise l’humeur colérique de la maturité, du zénith et de l’été et Pierre le caractère lymphatique de la vieillesse, de l’hiver et de la nuit. De ces quatre tempéraments, le sanguin est le plus noble, car il évoque le premier âge de l’humanité, avant le péché originel.

Dans la peinture

Voilà pourquoi, traditionnellement dans la peinture, Jean est efféminé. Durant un court laps de temps où l’Eden respire la paix et avant que le fruit ne sème la discorde, Adam et Eve ne font qu’un. Ainsi, Jean est une sorte de figure androgyne de la jeunesse ou un archétype englobant aussi bien la femme que l’homme. Parce que la réalité n’était pas assez excitante, Dan Brown l’a « customisée ».

Si on voulait aller plus loin, un scoop : De Vinci adepte du satanisme

Dan Brown aurait pu aller beaucoup plus loin, s’amuse l’écrivain Umberto Eco. Il aurait pu gloser sur les treize fenêtres visibles dans la Cène pour seulement onze portes… En jouant sur ces nombres-là, j’ai trouvé au cœur de la fresque le chiffre 666, le nombre de la Bête dans l’Apocalypse… ». Moralité : ne faisons pas dire n’importe quoi à n’importe qui…

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