L’histoire
Lorsque les parents israéliens de Joseph découvrent, à l’occasion d’un examen de sang statutaire avant son engagement militaire, qu’il ne peut être leur fils, la première réaction est l’incompréhension. Seule explication : le bombardement qui a obligé la clinique à évacuer précipitamment des bébés et provoqué un échange d’identité avec le petit Yacine, palestinien né le même jour. Il faut alors se rendre à l’évidence : ils ont aimé pendant 18 ans un étranger voire un ennemi pendant qu’une famille palestinienne élevait leur propre enfant.
Ce sujet, qui aurait pu être traité sur le mode comique façon "La vie est un long fleuve tranquille" ou servir de prétexte à un prêche moralisateur, trouve le ton nuancé qui convient à une histoire dont les enjeux dépassent largement l’anecdotique.
Côté israélien, c’est le père (joué par Pascal Elbé), colonel habitué à dominer les situations, qui est le plus réticent à entamer le dialogue avec l’autre famille tandis que, côté palestinien, le frère d’Yacine se sent trahi dans son affection fraternelle. Les niveaux de vie sont différents comme les cultures et l’appartenance religieuse même de Joseph est remise en question par cette découverte.
Rencontrer

Heureusement un chemin de rencontre est ouvert par les femmes : les deux mères sont capables de surmonter la blessure pour accepter que l’enfant qu’elles ont élevé s’éloigne et apprendre à aimer l’autre fils. Et les garçons eux-mêmes décident de choisir l’amitié, témoignant du désir de paix des jeunes générations. Comme dans "Une bouteille à la mer", l’espoir de réconciliation porte cette histoire et l’interprétation des acteurs (Emmanuelle Devos en particulier) est sensible et convaincante. La réalisatrice évite les pièges du plaidoyer politique comme de la logorrhée sentimentale.
Fable utopique tempérée par la réalité du mur, des barbelés et des check-points, ce film remarquablement équilibré illustre une vérité éducative fondamentale : le lien affectif de parent à enfant doit évoluer et toute éducation pour être pleinement réussie doit savoir conjuguer, le moment venu, renonciation et ouverture.
Source : Signis
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