Une émission de la BBC "Panorama" diffusée à la TV ce dimanche soir 1er octobre avait pour titre : "Sex crimes and the Vatican" (crimes sexuels et le Vatican ). La Radio Suisse Romande (RSR) dans "Juste Ciel" a repris cette même info, le mardi 3 octobre à 6h45.
Thèse de l’émission :
Comme ancien préfet de la congrégation de la doctrine de la foi de 1981 à 2005, le cardinal Ratzinger, Benoît XVI, aurait promu la loi du silence sur la pédophilie des prêtres Un Pape serait donc impliqué dans cette loi du silence face aux crimes sexuels des prêtres.
Les évêques anglais ont déjà protesté par la voix de Mgr Nichols, archevêque de Birmingham. Attendons donc la publication (annoncée pour cette semaine encore) de la lettre de protestation à la BBC du Cardinal Cormac Murphy - O’Connor (à la tête de l’Eglise catholique en Angleterre et au pays de Galles).
Mais reste à la BBC de prouver cette très grave accusation.
I. Deux Documents
Ce qui pour l’instant peut être dit :
Dans l’émission de la BBC, 2 documents de cette même congrégation sont évoqués :
a) - 1962 : Crimen Sollicitationis (le crime de sollicitation). Ce premier document, secret et en latin (pour tous les évêques) date de 1962 et fut approuvé par le Pape Jean XXIII et rédigé par le Cardinal Ottavianni, préfet du Saint-Office (un des prédécesseurs du Cardinal Ratzinger).
Or, à la simple lecture, Crimen Sollicitationis ne relève pas du grave scandale de la pédophilie chez certains prêtres, mais du crime de sollicitation sexuelle d’un prêtre envers toute personne qui veut se confesser (donc autour du sacrement du pardon, avant, pendant ou après le sacrement de la confession). C’est un crime abominable ! Des sanctions graves (suspension, renvoi de l’état clérical, interdiction de confesser) sont appliquées suite à un procès par les instances et les tribunaux de l’Eglise uniquement. Comme c’est un domaine très personnel et délicat, cela relève du secret absolu, sous peine d’excommunication. Elle touche tous ceux qui ont connaissance des faits, aussi bien pour le coupable, que la victime et les témoins. Des procédures juridiques sont prescrites pour garantir le secret absolu de l’enquête et du procès. (documents en anglais de 39 pages sur le site de la BBC).
Commentaires
ce texte n’est plus "secret", depuis 2002 en tout cas, car il fut utilisé aux USA dans le cadre de procès sur la pédophilie.
ce document ne veut pas dire que la victime doit se taire, bien au contraire ! Elle a même le devoir de parler et de dénoncer le prêtre abuseur mais à l’évêque ou à Rome au Saint-Office. L’Eglise connaît les drames et les graves traumatismes que cela laissent chez les personnes. Pour le bien suprême des âmes, justice leur sera rendue. Mais une suspicion règne face à l’Eglise, surtout sur son intégrité morale et sa capacité à rendre justice, par ses propres tribunaux, aux victimes et à punir le ou les coupables.
il faut remettre ce document dans son époque. Les médias, si nécessaires et 4ème pouvoir de nos jours, n’avaient pas le rôle parfois accusateur et promoteur autonome de justice. Le débat existe actuellement aussi entre le domaine juridique civil et le domaine médiatique. On ne peut pas tout savoir, tout connaître, surtout pour des choses si graves.
si cela concerne le sacrement du pardon, l’Eglise a l’entière juridiction sur ces actes ignobles accomplis par des prêtres dans le cadre de ce même sacrement.
b) - 2001 : Les plus graves offenses reservés à la congrégation de la foi. Le second document date de 2001, signé par le Cardinal Ratzinger et Monseigneur Bertone (actuel Secrétaire d’Etat de Benoit XVI) . Ce document, en latin, parle des plus graves offenses envers les sacrements, surtout de l’Eucharistie et de la de Confession, et aussi contre la morale. Des prêtres peuvent très gravement profaner les sacrements et agir très gravement contre la morale. Ces graves offenses sont réservées à la Congrégation de la doctrine de la foi. Un motu proprio ( initiative propre du Pape) Sacramentorum sanctitatis tutela ( la garde de la sainteté des sacrements) de Jean-Paul II promulgue ce document.
Ce document revient notamment sur des très graves et très rares abus hélas possibles envers le sacrement de l’Eucharistie et de la confession.
A part les délits contre l’’Eucharistie, pour ce qui concerne les délits graves lors la confession nous trouvons :
violation de secret de la confession par un prêtre (le secret de la confession est absolue !). Un prêtre qui révèle un péché dont la personne peut-être reconnue est excommunié.
sollicitation dans le cadre de la confession, si le prêtre lui-même est impliqué.
et aussi !
un délit contre la morale, donc : le délit avec un mineur contre le 6ème commandement du Décalogue (tu ne commetteras pas d’actes impurs) avec un mineur en dessous de l’âge de 18 ans. ( commentaire : c’est de la pédophilie )
Tout cela relève du secret pontifical, donc du silence. Mais l’excommunication sur le rupture du silence a en effet disparu.
Commentaires :
l’ancien code de droit canon datait de 1917. Avec le nouveau droit canon de 1983, le document Crimen sollicitatonis de 1962 devait être révisé. Il y a eu aussi le scandale de la pédophilie aux USA dans cette période.
l’accusation de la BBC consiste à remonter au Pape actuel pour l’accuser, aussi comme ancien préfet de la congrégation de la foi, d’être l’auteur de la loi du silence et donc responsable d’étouffer les crimes sexuelles au sein de l’Eglise catholique.
deux textes différents mis ensemble (le premier concerne en fait le crime ignoble des prêtres envers un pénitent lors de la confession) donnent la confusion. Bien sûr que le second texte de Ratzinger, mentionne le grave délit sexuel d’un prêtre sur un mineur, donc moins de 18 ans et ce sera un acte ignoble de pédophilie ! Une prescription (dénoncer ce scandale dans ce délai) de 10 ans est de rigueur. Pour les mineurs, les 10 ans comptent à partir de l’âge des 18 ans de la victime. Ces cas sont reservés aux tribunaux de la congrégation de la foi.
donc ces délits si graves ne sont pas couverts ! Je répète : une suspicion règne face à l’Eglise, surtout sur son intégrité morale et sa capacité à rendre justice, par ses propres tribunaux, aux victimes et à punir le ou les coupables. Ce qui compte absolument c’est que justice et vérité soient rendus. L’Eglise est capable de faire la lumière sur ces très graves offenses et elle sera toujours du côté des victimes !
le secret et le silence sont suspects. La justice civile et la justice de certains médias seraient les seules valables, bien au-delà de tout soupçons.
nous sommes encore dans le registre de tout connaître, du tout savoir.
II. Les graves délits
Nous avons joint au téléphone un prêtre travaillant au Saint Siège et donc fin connaisseur de la curie romaine. Il rappelle que les documents en latin s’adressent aux évêques et touchent des sujets graves et sensibles, mais ne sont pas secrets.
Il cite St Paul : 1Tm, 5, 19 : ne reçois d’accusations qu’en présence de 2 ou 3 témoins (tradition juive), et 1 Cor 6 ,1 : qui dit en substance de ne pas créer de scandale en ayant recours aux tribunaux "civils".
La règle de l’Eglise est celle de la prudence et du discernement. Tous les jours des prêtres sont accusés faussement (et de Rome on le voit très bien) sans qu’ils soient coupables de quoi que ce soit. Les accusations sont retenues scrupuleusement si une victime, avec plusieurs personnes, acceptent de parler, de témoigner et si les accusations concordent. Après un procès ecclésiastique, de graves sanctions frappent les prêtres reconnus coupables !
La pédophilie
Pour affronter le grave scandale et l’offense faite aux enfants et à Dieu dans la pédophilie de quelques prêtres, notre interlocuteur note que le Cardinal Ratzinger, tout au contraire, s’est montré très sévère envers les USA notamment, déposant quelques 300 prêtres. Tout cela dépend désormais de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Commentaire :
le silence n’existe pas car les tribunaux de l’Eglise s’occupent de ces graves délits en rendant la justice. L’Eglise aura aussi le droit et même le devoir de laisser la justice civile opérer un procès.
III. Perspective future
En effet, la BBC conclue très justement que la protection des enfants est du domaine publique.
Alors soyons francs et cohérents : protégeons nos enfants, et nous mêmes aussi !, d’un érotisme sournois et diffus ; surtout d’une pornographie accessible très facilement par des enfants dès l’âge de 10 ans (voir moins) par certains journaux avec des annonces explicites ; des site pornos sur Internet (mesure : mettre un filtre comme www.optenet.com) ; certains programmes de télévision (filtrons certaines chaînes de notre TV) ; ou des portables avec sms ou mms, ou Internet . La BBC va-t-elle nous aider à aller dans ce sens ?
Abbé Dominique Rimaz
Vice-coordinateur des vocations en Europe
Centre Romand des Vocations
Lausanne
Pour en savoir plus : article du Figaro.
texte bibliques à méditer :
NT : Le Christ face au scandale envers les petits (Mc 9, 38…).
AT : chaste Suzanne accusée injustement (Daniel 13)
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