main qui peint

Un livre de passions, d’une en particuliers : celle de dessiner, de peindre et de deviner l’âme des gens à travers chacun des traits du pinceau. Un roman haut en couleurs, de Constantinople à Venise. Elie Soriano, né juif en terre musulmane, ne rêve que de pratiquer son art et s’en va vers la Venise de la renaissance italienne. Là il s’appellera Elias Troyanos et il y vivra toutes les passions, entre complots et rivalités. Au sommet de son art et pourtant sur la pente glissante de la vie, il dessine dans sa tête. Et c’est là que j’ai ressenti la grande force de ce roman, de cette passion irrépressible qui tient Elie tout entier jusque dans le moindre souffle de sa vie. Etre capable de revivre tous ces émotions, à travers chacune de ses respirations, pour se souvenir du sentiment qu’il avait eu, chaque fois, de vivre la condition humaine, d’être une partie d’elle à chaque instant.

 

 Marie-José

 

« Djelal lui avait ensuite appris à tailler un roseau. Puis à tracer un long trait droit au calame. Puis à dessiner une volute. Puis à copier. Puis à imaginer de nouvelles façons d’écrire les caractères, en respectant la tradition tout en laissant parler le sens du beau «  que chacun a dans son cœur »…La calligraphie l’apaisait. Sa rigueur le rassurait. Il aimait l’effort qu’elle exigeait de lui. »

« Le maître savait décrire les passions et les émotions comme personne. Il ne les apaisait pas. Il les exacerbait. C’était la peinture des passions faite par un homme capable de les dominer. La peinture d’un homme sans faille. Fort et sûr de lui. Le maître était une forteresse.
Elie cherchait autre chose. Une peinture qui accueille et rassure. »

« Elie se réfugiait dans le souvenir de son travail. Ses émotions, ses instants de fraternité et de partage, il les lui devait tous. Alors au fil des jours et des nuits, il revisita toute son œuvre. »

« Durant trente-cinq jours et trente-cinq nuits, il avait revisité son œuvre toile par toile. Il lui restait à revivre ses deux derniers tableaux. La Cène et l’Homme au gant. Venise et Constantinople. Sa vie à l’envers. Il commença par la Cène et passa en revue chacun de ses personnages… Il vivait ensuite quelques secondes intenses au cours desquelles il regardait chaque toile comme s’il la découvrait, puis en prenait congé pour toujours et passait à la suivante. »

 

Metin Arditi, né le 2 février 1945 à Ankara, est un écrivain suisse d’origine turque.