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Philippe Pozzo di Borgo, dont l’histoire a inspiré le film Intouchables, nous livre sa vision des Journées mondiales de la Jeunesse et s’adresse aux jeunes qui partiront tout bientôt à Cracovie. Avec le blog des Jeunes Cathos.

 

Philippe Pozzo di Borgo : Jusqu’à mon accident et la mort de Béatrice, j’étais pris dans l’agitation et le bruit du monde moderne et n’avais pas perçu, comme l’avait fait mon épouse très croyante, la richesse du silence et du partage. A mon retour de deux ans d’hôpital après mon accident, nous avons passé, Béatrice, très affaiblie par sa maladie, et moi, une année allongés côte à côte. Six couples de nos amis, se réunissaient régulièrement à notre chevet pour prier et méditer. Après la mort de Béatrice, ils sont restés et encore aujourd’hui, ils se réunissent. J’ai découvert la richesse de ces moments d’humilité, de simplicité, de lectures saintes partagées. Ils m’ont emmené trois fois à Lourdes avec toute la logistique lourde que cela implique de me déplacer. Mes amis qui partent aux JMJ, en pèlerinage et en Terre Sainte, m’emmènent dans leurs prières.

 

 

Si vous aviez l’âge des JMJistes, y prendriez-vous part ? Et pourquoi ? Que cela vous aurait-il apporté ?

J’ai souvent rêvé qu’après ces 25 ans de tétraplégie, il me serait offert de revenir dans le monde des valides. Avec les richesses de ces 25 ans inconfortables mais tellement fécondes en rencontres vraies, en solidarités assumées, en considération de la grande fragilité et différence qui caractérisent notre humanité, il est certain que la première chose qui me toucherait au plus profond, serait de participer aux JMJ, c’est-à-dire, d’être avec les autres dans une humanité riche en sens, engagé pour que la parole du Christ s’applique dans notre quotidien et remette le monde sur pied. Il y a dans le silence de mes 25 ans de fragilité un retour au fond du fond de JMJ Madrid9_zénitsoi-même où on trouve non seulement son éthique, son unicité mais aussi son mystère et sa dimension spirituelle. Les JMJ permettraient de partager cette richesse de la prière et du silence dans une fraternité tellement loin de l’individualisme qui domine dans notre société.

 

 

Selon vous, qu’apportent les JMJ aux jeunes croyants ?

Les JMJ confortent les jeunes croyants que dans la communauté de notre Eglise, le partage de la Parole, ils trouveront un sens à leur existence ; une harmonie entre leur engagement et leur spiritualité, une fraternité universelle en symbiose avec la création.

 

 

Connaissez-vous un ou une JMJiste 2016 ?

Ce sont maintenant les enfants de mes amis et particulièrement de notre groupe de prières et réflexions liturgiques, qui partent de plus en plus nombreux et reviennent toujours ressourcés, leur permettant de s’engager avec confiance dans le monde qui les entoure et qui est en recherche de « vivre ensemble ».

 

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui partent aux JMJ ?

C’est une expérience qui marque toute sa vie, particulièrement si elle est préparée avec discernement. Cela nécessite de longues périodes de silence pour retrouver une paix intérieure, une disposition à être vrai : accepter sa fragilité et sa dépendance, sa finitude qui nous dispense du futile, l’humilité et la considération de l’autre tellement différent et tellement fragile qui nous oblige à nous oublier pour être disponible et percevoir le chemin de dignité de cet autre et être en fraternité. Après ce voyage intérieur, le voyage et les rencontres multiples aux JMJ en seront d’autant plus riches de sens et d’aspiration au partage et au spirituel.

Le monde est désenchanté, voire éclaté. On cherche à façonner un homme normalisé, à le segmenter éventuellement, en tout cas à le déshumaniser comme s’il se comportait selon des réflexes qui lui seraient inculqués de l’extérieur et le rôle des médias dans ce domaine n’est pas négligeable et contribue à désenchanter ce monde.

Face à cela, on sent bien qu’il y a des initiatives multiples dans tous les domaines qui se prennent, mais la puissance de ces forces de destruction, de dénaturation de l’homme et de la création parait telle qu’on se demande si ces initiatives ne sont pas trop peu nombreuses ou trop tardives.

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Les JMJ sont une source d’espérance pour inverser ces forces de destruction. Se remettre en relation avec soi-même, au plus profond de soi, après cet exercice du silence que j’ai longtemps pratiqué à l’hôpital notamment, se retrouver authentique et non pas tel que façonné par la société, se remettre en relation avec les autres, non pas dans un rapport de conflit, de peur, de domination mais au contraire de partage et de fraternité. Se remettre en relation, en symbiose avec la création sans la détruire, en respectant ce qu’elle nous apporte et redonner un certain sens à l’humanité, une nouvelle grandeur, une spiritualité.


Les JMJ sont une source de ré-enchantement, puisque par le mystère de la fraternité, de l’espérance partagée, notre humanité pourrait retrouver du sens, une grandeur,  un embellissement, un mieux, une vertu certaine, une communauté à l’image des JMJ. Les JMJ, c’est cette possibilité d’ajouter en chacun de nous, quelque chose de moi, de soi au monde ensuite ; quelle joie ! Les JMJ, c’est cette joie partagée.

Il y a une quantité innombrable d’individus, de héros anonymes qui se jettent à l’eau et proposent à leur échelle de contribuer d’une manière bien souvent isolée, à entrer en résistance. Le tout, c’est de fédérer tous ces résistants créateurs ; ils ne résistent pas contre quelque chose,  mais ils résistent pour quelque chose, pour un ré-enchantement du monde. Les JMJ, c’est ça !

 

Propos recueillis par Anne Thibout, équipe nationale (France) JMJ

 

Source : Blog Jeunes Cathos

 

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Biographie de Philippe Pozzo di Borgo

Dirigeant dans le premier groupe mondial de luxe, je suis victime d’un accident de parapente à l’âge de 42 ans. Trois ans plus tard, mon épouse Béatrice décède  d’un cancer. Dans le silence de l’absence, j’écris le Second Souffle qui inspirera le film culte Intouchables. J’ai maintenant près de 25 ans de tétraplégie, vis au Maroc depuis 10 ans avec mon épouse Khadija et nos deux enfants. Auteur (avec Jean Vanier de L’Arche et Laurent de Cherisey de Simon de Cyrène) de « Tous intouchables ? » (2012) et l’année dernière d’un « Toi et moi, j’y crois. »