Découvrez nos partenaires

Accueil > Mouvements > Les Points-Coeur

Les Points-Coeur

mercredi 21 septembre 2005

Le Père Thierry de Roucy est le fondateur de Points-Cœur, une œuvre de compassion et de consolation à l’écoute des souffrances du monde. Interview du Père Thierry de Roucy par les DJP.

Déjeune qui Prie : Père Thierry, vous êtes entré chez les Serviteurs de Jésus et Marie à l’âge de 18 ans. Comment est survenue votre vocation ?

Père Thierry de Roucy : C’était quelque chose de très soudain, mais sans doute préparé depuis longtemps par la Providence de Dieu. Peu de temps avant d’entrer dans la vie religieuse, j’ai visité l’abbaye d’Ourscamp où je suis rentré par la suite, et pendant la messe j’ai senti comme une voix intérieure qui me demandait si je ne voulais pas consacrer toute ma vie à Dieu à la façoin de ces religieux qui étaient autour de l’autel. J’ai aussitôt répondu : “Oui, pourquoi pas ?” Je n’avais pas encore vraiment pensé à embrasser ce genre de vocation, mais dès que j’ai dit oui, c’est comme si je n’avais jamais pensé à rien d’autre. Peu de temps après, je suis allé voir le supérieur de la congrégation et lui ai demandé s’il était d’accord pour que je rentre. Il m’a dit qu’il fallait faire une petite retraite, mais il ne semblait pas y être opposé. C’était pour moi un peu étonnant parce que j’étais encore bien jeune. J’étais soulagé de constater qu’il ne me demandait pas de finir d’abord mes études, d’avoir plus vécu, d’avoir travaillé. Bref, j’étais très heureux de voir qu’il prenait au sérieux l’appel que j’avais reçu malgré mon jeune âge. C’était en 1975.

djp : Est-ce la même voix intérieure qui vous a poussé à fonder Points-Cœur plus tard, en 1990 ?

Père Thierry : Le mode fut un peu différent, mais l’appel tout aussi clair et préparé par un étrange sentiment que j’avais depuis des mois. Chaque fois, en effet, que je commençais la récitation du chapelet, je percevais que je devais fonder une œuvre pour les enfants ou pour des gens qui souffrent, mais je ne savais pas du tout laquelle. Parfois, pour en finir, je me disais qu’il fallait que j’ouvre quelque part un hôpital ou un orphelinat… jusqu’au moment où je reçus cet appel ; à ce moment-là j’ai su que c’est vraiment ce qui répondait à cette intuition que j’avais depuis déjà quelques mois.

djp : C’était une intuition concrète, avec tous ses détails, ou une idée vague que vous avez développée par après ? Quelle est la part de Dieu et quelle est la part du choix ?

Père Thierry : Au début, je reçus trois ou quatre idées plutôt spirituelles et deux ou trois directives bien concrètes, et tout cela le temps d’un demi Je Vous salue Marie. Les idées plus spirituelles, c’était que cette nouvelle fondation devait être une œuvre de consolation et de compassion, et aussi une œuvre fondamentalement contemplative. Cela ne voulait pas dire que les membres de cette Œuvre devraient passer toute leur vie au pied du Saint-Sacrement, mais plutôt qu’ils étaient appelés à poser sur chaque personne comme sur chaque événement le regard même de Jésus. J’ai également perçu que cette fondation devait commencer avec des volontaires qui pourraient donner une année ou deux de leur vie pour ce service, qu’elle n’était pas une nouvelle congrégation religieuse mais plutôt une œuvre pour les étudiants, pour les jeunes.

Enfin j’ai eu comme la certitude qu’il me fallait d’abord installer cette œuvre au Brésil, et qu’elle devait s’appeler Points-Cœur. La suite des événements a été conduite par la Providence de Dieu plus vite et mieux que je ne l’imaginais et jamais je n’ai eu l’impression d’être seul pour accomplir Sa Volonté.

djp : Les autres développements de Points-Cœur, comme la fraternité Molokaï, dérivent de la même intuition initiale ?

Père Thierry : Pour ce qui est de la fondation de la fraternité Molokaï, c’est plutôt venu d’une demande extérieure à travers laquelle, sans aucun doute, la Volonté de Dieu s’est manifestée. Un des jeunes revenu de Colombie m’a dit : “Moi je veux rester toute ma vie à Points-Cœur.” Je lui ai répondu que ce n’était pas possible, que les volontaires ne s’engagaient que pour une année ou deux. Je l’encourageais à entrer plutôt dans telle ou telle congrégation qui s’occupe des enfants et des pauvres. Il a protesté : “Prenez ma demande au sérieux, Père Thierry, je vous dis que je veux rester toute ma vie à Points-Cœur.” C’était un garçon très réfléchi qui, j’en étais certain, n’avait pas fait cette demande sur un coup de tête. Il ajouta : “De toute façon, Père Thierry, je ne vous demande pas une réponse tout de suite, pensez-y, priez, et quand vous aurez bien discerné, vous me répondrez.” Et de fait, c’était sans doute une bonne chose qu’il se joigne à moi comme permanent : je ne pouvais pas rester toute ma vie la seule personne stable de l’Œuvre, c’était bien qu’il y en ait quelques autres et ce garçon me paraissait aussi déterminé qu’enthousiaste. Pourquoi ne pas l’accepter ? Il est ainsi devenu le premier permanent, puis le premier prêtre de Points-Cœur. Aussitôt après, d’autres garçons m’ont fait le même demande, puis des filles, si bien qu’aujourd’hui une soixantaine de personnes font partie de ce que nous appelons “la Fraternité Molokaï”.

Cette fraternité est donc vraiment née d’une demande, sans doute aussi d’un besoin. Pour ma part, cette fondation me faisait plutôt peur, d’autant plus que durant tout mon noviciat, j’avais l’ordre de ne lire que des vies de saints ou de fondateurs, et j’avais pu constater qu’ils avaient tous eu une existence difficile, douloureuse, parfois épouvantable, et je n’avais guère envie d’en avoir une du même genre. Les biographies insistaient beaucoup sur les épreuves que ces hommes et ces femmes devaient traverser, sur les calomnies qu’ils devaient subir, les humiliations, les épreuves physiques… Bref, rien de drôle ! J’avais également connu un certain nombre de fondateurs de communautés nouvelles françaises ou étrangères qui s’étaient ouverts à moi et qui souffraient passablement. Je n’avais donc jamais désiré un instant de devenir fondateur, au contraire. Il me semblait plus simple d’encourager ou de donner quelques conseils à ceux qui l’étaient.

djp : Pouvez-vous expliquer pourquoi Points-Cœur est présent dans les pays riches comme la Suisse, et ce que vous avez vu à New York au cours des dernières semaines, et à San Francisco ces jours-ci ? Cette autre misère, cette misère des riches ?

Père Thierry : Assez vite nous avons découvert que la souffrance la plus profonde était la solitude. Si vous souffrez de maladie physique, mais êtes entouré de personnes qui vous aiment beaucoup, c’est très consolant. Mais si vous êtes seul, la douleur redouble. Idem quand vous perdez votre emploi, s’il n’y a personne autour de vous pour vous encourager à en trouver un autre, pour vous aider, peut-être pour vous prêter de l’argent, cela devient une épreuve terrible.

La plus grande souffrance à soulager - et notre désir a toujours été de consoler ceux qui souffrent le plus parmi tous ceux qui souffrent -, plus encore que la pauvreté matérielle ou la misère des enfants des rues, c’était de toute évidence la solitude. Et nous avons eu vite fait de découvrir ces toutes dernières années que beaucoup de gens très riches étaient terriblement seuls et que leur souffrance était encore plus redoutable que celle de ceux qui connaissent une certaine misère matérielle. C’est sans doute ce qui nous a amenés à fonder dans des villes riches. Ça ne veut pas dire que nous consacrons tout notre temps à visiter des millionnaires - loin de là ! -, mais que nous sommes vraiment sensibles, non seulement à la souffrance des pauvres, mais aussi à celle de ceux qui ont des biens, qui ont perdu l’espérance et dont on ne penserait jamais qu’ils souffrent autant.

djp : Vous avez vu cette souffrance des pays riches arriver dans les pays pauvres en même temps que le consumérisme et la globalisation ?

Père Thierry : Dans certains pays comme le Vietnam ou la Thaïlande le consumérisme augmente et avec lui la solitude, le chacun-pour-soi, tandis que dans nos bidonvilles la plupart des gens s’appelle par son nom et se soutient.

Une fois, au Brésil, les Amis des enfants m’ont demandé d’aller voir une vieille dame en guerre avec ses voisins pour lui demander de faire la paix. Je vais la voir et elle me dit avoir faim. Je retourne au Point-Cœur et lui rapporte du riz. Elle s’excuse, part avec le paquet de riz et lorsqu’elle revient le paquet est vidé aux deux tiers. Je lui demande ce qu’elle en a fait et elle me répond : “Pardonnez-moi, mais j’ai partagé le riz avec mes voisins parce qu’eux n’ont pas mangé depuis deux jours. Bien sûr, on ne s’entend pas très bien, mais je ne peux pas supporter qu’ils aient faim.” C’était justement avec ces voisins-là que, paraît-il, je devais la réconcilier !

Je vous raconte ce souvenir pour vous montrer que même dans un état d’inimitié, souvent les gens de nos quartiers s’entraident, ce qui n’arrive pas forcément dans d’autres quartiers où les gens ne savent même pas le nom des personnes qui habitent sur leur palier.

djp : Dans vos conférences vous parlez souvent de la spiritualité de l’Œuvre. Parlez-nous des différentes composantes de la vie à Points-Cœur.

Père Thierry : On distingue trois parties dans la vie des Points-Cœur. La vie de prière, d’abord, qui occupe un bon moment dans la journée. Elle comprend la messe, le chapelet, les offices et l’adoration quotidienne. D’autre part, la vie communautaire qui est aussi très importante, parce que les enfants et tous les gens qui frappent à la porte doivent découvrir et rencontrer, à travers notre communauté, une sorte de famille qui s’aime. Comme les Amis des enfants viennent de pays divers, qu’ils sont garçons et filles, qu’ils sont des gens qui ont beaucoup ou peu étudié, l’amitié entre eux n’est pas forcément spontanée. Elle se réalise peu à peu. Le troisième composante de notre vie est ce que nous appelons “la vie de compassion” qui consiste à accueillir les gens qui frappent à notre porte ou à les visiter chez eux, ou dans la rue, ou dans des lieux de souffrance particulière, comme les hôpitaux, les prisons, ou les terrains d’ordures.

djp : Pour djp, parlez-nous de la vie de prière. Y a-t-il une prière que vous aimez plus particulièrement ?

Père Thierry : Comme l’intuition de Points-Cœur m’est venue durant le chapelet, cette prière a une place particulière dans ma vie et dans celle de tous les membres de l’Œuvre. De plus, les auteurs spirituels ont toujours dit que le chapelet est la prière des pauvres. La Sainte Vierge l’a fait comprendre elle-même à Lourdes ou dans d’autres lieux d’apparition. C’est une prière que tout le monde peut dire et comprendre, c’est une prière qui nous rassemble. C’est une prière qu’aiment nos amis. Dans les pays chrétiens où nous sommes installés, elle est un moment particulier de rencontre avec les voisins, y compris les enfants, que nous invitons spontanément à se joindre à nous. Et qui viennent volontiers…

djp : Pouvez-vous nous raconter un bon souvenir du ministère de Point-Cœur ?

Père Thierry : Ce qui me vient spontanément à l’esprit est le passage d’une lettre que j’ai lue il y a quelque temps. A Naples, nos amis avaient tout simplement invité à déjeuner un vieux monsieur du quartier qui avait l’habitude de manger et de vivre seul. Quand il eut fini le déjeuner et qu’il partit, tout ému, il dit aux Amis des enfants : “C’est le plus beau jour de ma vie !” Ce sont finalement des choses toutes simples qui rendent heureux et qui opèrent des révolutions : un déjeuner avec des amis, une présence attentive, un peu de temps échangé. Cela a suffi pour que ce vieux monsieur dise que c’était le plus jour de sa vie. Cela paraît incroyable, mais je suis persuadé que finalement il ne faut pas forcément faire des choses extraordinaires pour transformer la vie des gens.

djp : Votre espérance pour le futur ?

Père Thierry : C’est que le monde entier devienne un Point-Cœur et qu’il n’y ait plus besoin d’œuvre Points-Cœur en particulier !

Interview réalisée le 29 août 2005 à San Francisco

Source : www.djp.ch

Version imprimable de cet article Version imprimable

Dans la même rubrique...


accueil  |   humour  |   e-cartes chrétiennes  |   portfolio  |   crédit  |   plan  |   contact  |   rss
www.pasaj.ch © certains droits réservés - 2004- 2008 - jeunes catholiques du canton de Vaud
29 bd de Grancy, 1006 Lausanne, 021 / 612 61 30