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Lettre pastorale de la Conférence des évêques suisses pour le Jeûne fédéral 2005 « Vos pensées ne sont pas mes pensées » (Is 55,8)

mercredi 7 septembre 2005

Dans cette lettre pastorale qui sera lue dans les paroisses catholiques suisses le dimanche 18 septembre, jour du Jeûne fédéral, les évêques suisses invitent les croyants à "revenir vers le Seigneur" et n’hésitent pas à se remettre eux-même en question.

Chers frères et soeurs,

« Les eaux me sont montées jusqu’à la gorge » (Ps 69,2). Ce verset du psaume exprime la situation existentielle de nombreux d’entre nous. Il exprime aussi comment certains de nos contemporains font aujourd’hui l’expérience de l’Eglise. Une caricature reprend par ailleurs ce verset d’une manière fort originale : « J’ai de l’eau jusqu’au cou », dit une personne à une autre. « Pour l’amour de Dieu ! » répond celle-ci, « ne penche pas la tête ! ». Par la présente Lettre pastorale, nous voulons vous encourager à ne pas baisser la tête, mais à découvrir ici et maintenant l’appel de Dieu, à vivre avec conviction notre vocation de chrétiennes et de chrétiens.

C’est en nous tournant vers Dieu que nous pouvons Le rencontrer

Pendant longtemps, il n’était pas très à la page de parler de foi et d’expérience personnelle avec Dieu. Aujourd’hui cela n’est plus le cas pour différentes raisons. Beaucoup d’entre nous souffrent de ne presque plus que « fonctionner ». Et pourtant des chrétiennes et des chrétiens, ainsi que des croyants d’autres religions, cherchent une profondeur à leur vie. Nous ren-controns jour après jour des gens en quête sincère de Dieu. Des cours et des publications es-saient d’y répondre. A vrai dire, notre temps serait une chance particulière pour l’Eglise. A nous donc de nous demander si nous ne sommes pas coresponsables de la situation de repli de l’Eglise dans notre pays - nous les évêques également. Dans une époque qui attend de nous un témoignage, nous perdons beaucoup de crédibilité à cause des remous internes et de la façon dont nous nous en acquittons. Combien d’énergie et d’engagement partent en querelles internes. Force est de constater avec désarroi que les tâches et le mandat qui nous sont propres et que nous avons reçus par le baptême en souffrent visiblement. L’appel de Paul, apôtre des nations, vaut également pour nous : « Menez seulement une vie digne de l’Evangile du Christ » (Phil 1,27a). Que le Jeûne fédéral nous encourage aujourd’hui à revenir vers le Sei-gneur, qui aura pitié de nous (cf. Is 55,7). La conversion requiert du courage. Nous devons reconnaître avoir pris de mauvais chemins. Par la conversion, nous lâchons prise sur ce qui nous est cher et nous osons un nouveau départ. Nous voulons nous mettre ensemble à vrai-ment chercher Dieu, ce Dieu qui ne se laisse enfermer dans aucune représentation humaine. Voilà qui est un grand défi pour l’Eglise de notre temps.

La vie comme recherche de Dieu

Bien des gens ont de la peine avec l’Eglise précisément en raison de l’expérience que Dieu est autre. Dieu est différent de celui qui nous a été présenté au catéchisme ou par nos parents. Dieu est autre que le portrait que nous en ont fait et font peut-être toujours des prophètes de malheur. Mais Dieu n’est pas non plus celui que j’imagine moi ou les personnes qui m’entourent, fussent-elles une majorité. Ainsi, Dieu, chez le Prophète Isaïe, exprime ces mots à la fois défiants et consolateurs : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos voies ne sont pas mes voies. … Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Is 55,8-9). Que Dieu soit différent que l’image que nous nous en faisons permet de nous remettre constamment en question et de chercher vraiment Dieu. Dieu est autre. Et la vie avec Dieu est plus fascinante que le témoignage que nous en donnons souvent en Eglise. Le Pape Jean-Paul II, lors de sa visite pastorale pour la 1ère Rencontre nationale des jeunes catholiques à Berne, a dit aux jeu-nes rassemblés : « La juste formulation de la question n’est pas ‘Qu’est-ce que la vérité ?’, mais ‘Qui est la vérité ?’ … La vérité est Jésus-Christ venu dans le monde pour nous révéler et nous donner l’amour du Père. Nous sommes appelés à témoigner de cette vérité par la pa-role, mais surtout par notre vie ! ». Nous ne pouvons pas simplement disposer de Jésus-Christ. Nous pouvons entrer en confiance avec Lui si nous cherchons la rencontre avec Lui. Le Pape Jean-Paul II ne cessait de rappeler qu’il s’agit de découvrir le visage du Christ dans notre quotidien : dans Sa parole, dans les sacrements, dans l’Eglise, dans chaque homme et chaque femme, en particulier chez les pauvres, les souffrants, les nécessiteux. Il nous faut ce regard de la foi pour reconnaître le Christ. Rappelons ici deux modes de rencontre avec le Christ. D’abord la contemplation de la Parole de Dieu, un chemin important de recherche de Dieu. L’Evangile d’aujourd’hui en est un exemple brillant. Dieu n’agit pas seulement selon les paramètres de la justice humaine. Il n’agit pas comme nous nous y attendrions. En quelque sorte, nous devons toujours et à nouveau dépasser nos limites et reconnaître à Dieu le droit de faire ce qu’il veut avec ce qui lui appartient (cf. Mt 20,15). Ensuite, de façon unique, nous rencontrons le mystère de Jésus-Christ dans l’adoration devant le tabernacle. Dans ce face-à-face priant avec Dieu, nous faisons l’expérience de sa proximité, mais aussi de son altérité. A chaque fois, nous nous laissons surprendre et renouveler par Dieu.

Vivre de la rencontre avec le Christ

Dieu est autre. Ainsi, le sont également les réponses que nous donnons en tant que chrétiennes et chrétiens aux questions de notre temps. Le sens de la foi (sensus fidei) n’est pas le résultat d’une décision de la majorité, mais le fruit d’une profonde relation avec le Dieu vivant. En Eglise, nous nous occupons souvent de choses secondaires et perdons de vue ce qui est au centre. Ce centre qui est Jésus-Christ lui-même. En Eglise, bien des choses ne sont pas comme nous le voudrions. Pourtant, nous demeurons en Eglise par un choix conscient, parce que nous y découvrons la face du Christ. Nous sommes Eglise parce que le Christ nous a ap-pelés à faire partie de cette communauté à laquelle il continue de dire aujourd’hui encore : « Et voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Ce cen-tre est beaucoup plus important que toutes les contestations d’erreurs réelles ou présumées dans l’Eglise. Depuis ce centre doit pouvoir jaillir toute critique. Dans la mesure où nous vi-vons de cette rencontre avec le Christ, nos reproches n’auront pas un effet destructif et paraly-sant, mais contribueront à construire quelque chose. La fixation de nos exigences sur certaines revendications fait du tort à notre mission et altère les possibilités qui nous sont données quotidiennement. Aidons-nous les uns les autres à vivre notre vocation et à assumer notre respon-sabilité dans l’ensemble de l’Eglise. Pour cela faire, il faut d’abord l’estime réciproque de chaque personne et de chaque vocation. Contribuons à ce que les conflits internes n’affaiblissent pas notre témoignage de foi, mais que ce dernier soit un défi vivant à chercher ailleurs et plus profondément. Redécouvrons la catholicité de l’Eglise toute entière et valori-sons consciemment et avec reconnaissance la diversité de notre Eglise en Suisse. Soignons la communion avec l’Eglise universelle. Voilà ce qui nous tient à coeur, à nous évêques. Ainsi nous pourrons arriver ensemble à porter du fruit. Nous avons la chance de recevoir beaucoup de la part d’autres Eglises locales et nous avons aussi la chance de donner beaucoup de nos expériences et de nos richesses. Pour animer cette relation, une bonne communication et in-formation s’avèrent très importantes. Aujourd’hui, nous avons tous la possibilité de nous tenir informés de la vie de l’Eglise à la source. Nous pouvons consulter directement des documents et des initiatives émanant de l’Eglise et ne dépendons pas de canaux d’information les repro-duisant de façon nécessairement abrégée et parfois même faussée.

Chers frères et soeurs, Dieu est toujours autre, toujours différent. Il veut suivre avec nous d’autres chemins que ceux que nous parvenons à imaginer dans nos limites et notre précarité. Et quand l’eau nous arrive à la gorge, nous n’avons pas à baisser la tête ! Soyons sûrs de cette parole du Christ : « Je suis avec vous toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

Vos évêques suisses

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