TRAVIATA_2005

« Opéra », ça rime avec charabia, quinqua, taratata et armada de grand-papa. Mais ça rime aussi avec maestria, aura, vivat et aria de 1000 carats ! Pas toujours facile d’accès, il abrite des trésors de romance et de drame, à faire pâlir les Roméo & Juliette, et les Jack & Rose sur leur Titanic. Aujourd’hui : on décode et on ouvre le trésor de La Traviata !

 

 

Non mais quelle idée d’écrire un article sur un site de jeunes à propos de l’opéra ! Cinglés, ces animateurs. L’opéra, c’est un truc de luxe pour les crânes aux cheveux blancs qui se la pètent à donf. Point, à la ligne. Merci. Au revoir. Nous, on veut des émotions. De l’amour. De la passion ! Ah ouais, des tonnes de passion ! Pis aussi des trucs dramatiques, genre la trahison, des mecs qui crėvent, qui se sacrifient pour leurs bien-aimés et une grosse dose d’injustice. Parce que nous, c’est ça qu’on kiffe.TRAVIATA petites_2005-1

 

Ben, v’savez quoi ? L’opéra, c’est tout ça, et même plus ! En musique, s’iou plaît ! Bon, faut faire le tri hein, tout n’est pas génialissime, mais il y a des opéras à faire remonter Leonardo des fonds de l’océan pour retrouver Kate qui dérive sur sa ruine de bateau, fonder une famille et vivre très heureux, détrônés au hit parade des drames par l’amour passionné de Violetta et d’Alfredo.

 

 

 

Traviata-tatata, c’est quoi c’t’histoire ?

Rien ne vaut du concret. Alors, prenons un spécimen : La Traviata, écrit par Verdi en 1852. Ouvrez bien vos esgourdes et vos mirettes, je vous résume l’histoire en quelques lignes.

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Bon, pour les flemmards (et les curieux), ils peuvent cliquer ici pour une version dessinée (commentaires anglais) faite par un tout grand ténor franco-mexicain, Rolando Villazòn (celui qui apparaît sur les photos et dans les extraits dans cet article).

 

 

1er chapitre : Alors c’est l’histoire d’une nana stylée de la jet-set, Violetta, qui passe de mec en mec. Et qui se fait payer pour ça. Une pouffe quoi, mais de luxe. Pendant une fête, un BG (Alfredo) la drague. Il la kiffe et profite de l’apéro pour le lui dire. Bon, Violetta, ça la fait marrer. Elle le nargue et l’envoie bouler. Faut pas toucher à sa liberté ni à sa petite vie où elle se la pète et qui l’attire, malgré elle.

Seulement, la meuf, elle est grave malade. La tuberculose. Une vacherie.

 

Extrait :

 

 

 

 

Au 2ème chapitre, Alfredo a fini par pécho Violetta. Ils vivent ensemble depuis 3 mois. Il l’aime, elle l’aime, le méga kiff ! Mais bon, ça raque de vivre comme ça, elle n’a bientôt plus un rond. Un jour, le daron d’Alfredo, Georgio Germont, vient la voir, sans qu’il le sache. Comment il lui fait la morale ! Il l’accuse de mettre le bazar : le fiancé de sa fille (la sœur d’Alfredo) refuse de la marier à cause de la réputation de Violetta. « Sérieux, qu’il lui dit, faut que tu jartes Alfredo, y a pas moyen ».

Alors là, c’est le bad trip pour Violetta : elle aime tellement Alfredo qu’elle accepte de le quitter, pour pas que sa famille en bave. Mais son mec, quand il reçoit la lettre de rupture, il capte que dalle ; et il est grave vénère.

 

Extrait :

 

 

 

 

Au 3ème chapitre, Alfredo qui déprime à mort est à une méga teuf. Des Bohémiennes et des Toréadors font leur show. Violetta s’incruste, avec un autre mec, un baron, pété de fric. Ca chauffe, les deux types se cherchent des noises. Violetta pète de trouille que son nouveau mec (qui est, en fait, son ex) veuille casser la tronche à Alfredo, alors elle lui dit de se tirer. Il dit « Que dalle, seulement si tu me suis ». Elle dit « Zyva, j’peux pas, j’ai promis ». Il dit « A l’autre bouffon ? Tu l’aimes ? ». Même si c’est pas vrai, elle dit « Ben… ouais » pour qu’il se casse.

Alors, Alfredo, il pète un câble, il lui fout la honte de sa vie devant tous les invités en lui balançant plein de fric à la face, genre pour dire « tiens, t’es rien qu’une pouffe, tu mérites pas mieux ». Chanmé. Il est aussitôt rongé de remords.

 

Extrait :

 

 

 

 

4ème chapitre. Violetta. Toute seule. Sans oseille et dans un sale état. La tuberculose la fait crever à petit feu. Elle attend Alfredo : son daron lui a finalement avoué que tout était de sa faute. Mais il s’est barré dans un autre pays… Quand il finit par débarquer, ils se tombent dans les bras, se promettent des tas de trucs (« excuse-moi », « je t’aime », « moi aussi », « pour toujours », « ton retour me sauve », « qu’est-ce qu’on va être heureux », « ta santé ira mieux »). Tout le monde regrette et rêve.

Mais, la mort n’attend pas. Un dernier sursaut de vie. Violetta crève en quelques notes dans les bras d’Alfredo. Pas cool.

 

Extrait :

 

 

 

 

Actualité de la Traviata : critique de la société

Dans La Traviata (qui signifie « dévoyée »), Verdi et l’auteur des paroles révèlent les cruautés de leur société, pétrie de morale et d’hypocrisie. Violetta est convoitée, fabriquée par ce milieu qui, en même temps, la méprise plus que tout. Aucune rédemption possible pour elle. Même pas le sacrifice suprême de son amour. Elle est implacablement condamnée par son passé. Condamnée par la société qui lui refuse une seconde chance.

 

L’actualité, c’est aussi le contexte de l’histoire. On pourrait facilement la transposer aux codes d’aujourd’hui : lui, jeune premier d’une famille respectée bien connue des médias, ayant tous les talents pour devenir quelqu’un d’important sur la scène internationale.

Elle, star de la jet set adulée, 2’350 amis Facebook, 52 paparazzi sous ses fenêtres et, sous les paillettes et les couvertures de magazine, méprisée par le monde et suscitant le dégoût. Entre eux, un amour fou. Fort, puissant. Eux sont prêts à tout abandonner pour cet amour. Mais il est rendu impossible par leurs « familles » qui les jugent à l’aune du « politiquement correct » de leur temps. Quelle hypocrisie.TRAVIATA_Verdi 3

 

D’ailleurs, cette critique était tellement acerbe et « dans le mille » que, lors la toute première représentation, Verdi a été obligé de transposer l’histoire à 100 ans plus tôt. Il était hors de question que la haute société (la seule pouvant se payer les places d’opéra) se prenne une telle baffe. Insupportable, tellement c’était juste.

 

 

 

Le cœur de l’homme : une affaire… à suivre !

L’actualité de cette histoire, c’est aussi la puissance et l’authenticité de ce que ces personnages vivent au fond d’eux-mêmes. L’amour. L’hésitation. La passion. Le bonheur intense. L’exaltation. La désillusion. Le sacrifice. L’injustice. La colère aveugle. L’humiliation. Le remords. La solitude. L’espérance. Les larmes.

 

Vous et moi, nous avons tous cela dans notre cœur. Autant que Jack, Rose, Roméo et sa Juliette.

 

 

Et Verdi met sur ces émotions des lignes mélodiques intenses, fragiles et puissantes à la fois. Le compositeur crée une cohérence jusque-là inédite entre l’état intérieur de ses personnages et ce qu’ils chantent.TRAVIATA_2005-2

 

C’est ainsi que sa musique va droit au cœur. Pas de falbabala. Juste l’essentiel. Bam.

 

Mais cela, la découverte de cette cohérence entre histoire et musique, ce sera au programme du prochain article !

Viva Verdi !

 

 

Emilie

 

 

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