« Alors la femme, craintive et tremblante… lui dit toute la vérité » (Mc 5, 33)
Jg 6, 11-16 : serai avec toi
Ps 50 (49),1-15 : Appelle-moi
Ac 5, 26-32 : Obéir à Dieu
Mc 5, 24-34 : Dire toute la vérité
Commentaire
Il est des sujets que l’on est supposé ne pas aborder : notamment ceux du sexe, de l’argent et de la religion. L’attitude de Jésus envers la femme souffrant d’hémorragies était à la fois novatrice et inouïe. Ce sont la foi et la confiance en Jésus qui la poussèrent à s’approcher de lui avec l’assurance qu’il lui apporterait la guérison. Jésus, dont elle touche les vêtements, réalise qu’une force est sortie de lui alors que la femme sent qu’elle est guérie, qu’elle retrouve la force de parler, de dire que son histoire faite de longues souffrances silencieuses est enfin terminée. Ce n’est en effet qu’après qu’elle a raconté son expérience que Jésus dit : Sois guérie.
Cette situation présente des similitudes avec ce que vivent de nombreux pasteurs d’Afrique du Sud : désirant offrir un accompagnement aux malades du Sida, ils en sont empêchés par la conspiration du silence et de la honte. Ce n’est que lorsque ceux qui sont contaminés ou touchés d’une manière ou d’une autre par la maladie sont prêts à raconter leur expérience que peuvent venir les mots et les gestes de guérison et que les personnes peuvent être aidées. Un dicton zoulou affirme que garder un secret dans le plus grand silence est comme s’asseoir sur un scorpion. C’est le devoir et le défi des églises de savoir offrir aux personnes contaminées un environnement dans lequel elle se sentent en sécurité pour parler.
Les églises elles-mêmes ont besoin de pouvoir parler de certains sujets qui, pour une raison ou une autre, sont difficiles à aborder ; pour sortir du contexte sud-africain, des sujets comme la guerre et la paix, le capitalisme mondial et ses effets destructeurs, la tragédie des demandeurs d’asile ou les mauvais traitements infligés aux enfants. Pour l’Eglise, ceci ne saurait être un choix car là est sa véritable raison d’être. Dieu appelle l’Eglise à proclamer sa Parole dans le monde, à porter la Bonne Nouvelle à ceux qui sont dans le besoin ; par conséquent, les églises ne peuvent garder le silence quand des forces extérieures font obstacle à l’incarnation de la Parole de Dieu. Pourtant, il arrive que les églises elles-mêmes entravent cette incarnation par leurs divisions et leur désunion. La Parole qui a été confiée aux églises est une et ce n’est qu’en parlant d’une même voix et en agissant avec la même sollicitude qu’elles témoigneront réellement et de manière crédible de cette Parole. Les églises doivent être prêtes par conséquent à exprimer leur honte devant leurs propres divisions. La guérison ne sera possible qui si nous réussissons à parler de la pénible vérité de notre désunion.
Prière
Dieu créateur, par ta parole, tu as fait un monde bon ; ton Fils ressuscité intercède en notre faveur ; ton Esprit nous guide vers la vérité tout entière. Pardonne-nous pour toutes les fois où notre silence a porté atteinte au monde que tu as créé, a entravé l’accomplissement de l’œuvre du Christ et étouffé la vérité. Donne-nous le courage, en tant qu’individus et en tant qu’églises – de proclamer d’une seule voix la vérité dans l’amour, d’incarner ta compassion pour tous ceux qui souffrent et de répandre la Bonne Nouvelle de ton Evangile partout dans le monde, au nom de Celui en qui ta Parole a pris chair parmi nous, notre Seigneur Jésus Christ. Amen.
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