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Mère Teresa, si proche, si lointaine

mercredi 5 septembre 2007

Dix ans après sa mort, le témoignage de la « sainte » de Calcutta continue de marquer, et les révélations sur sa nuit intérieure la rapprochent de beaucoup. Retour sur sa vie…

“ Par mon sang, je suis albanaise. Par ma nationalité, indienne. Par ma foi, je suis une religieuse catholique. Pour ce qui est de mon appel, j’appartiens au monde. Pour ce qui est de mon cœur, j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus.”

Elle n’aurait pas aimé. Pas apprécié que l’on publie des lettres si intimes dix ans après sa mort, le 5 septembre 1997. À plusieurs reprises, et par écrit, Mère Teresa avait demandé à ses différents confesseurs et supérieurs de détruire ces courriers que voici publiés aujourd’hui en anglais (l’édition française paraîtra en 2008 aux éditions Lethielleux).

Quarante lettres pour un magistral ouvrage biographique de 400 pages intitulé Come be my light (« Viens, sois ma lumière »), sous la responsabilité du postulateur de la cause de béatification, le P. Brian Kolodiejchuk. Mais ces doutes nous interpelle lorsqu’ils sont remis dans la perspective de la vie de Mère Teresa. Come back…

Premières années

Mère Teresa naît en 1910 à Skopje (Macédoine), troisième et dernier enfant de la famille Gongea-Boiagiu, chrétiens roumains émmigrés d’Albanie. Elle perd son père en 1919 à l’âge de 9 ans. Désirant être envoyée en Inde, elle quitte la Macédoine et, en septembre 1928, elle rejoint le couvent de l’ordre missionnaire des sœurs de Notre-Dame-de-Lorette en Irlande, où elle est admise comme postulante. Elle y reçoit le nom de sœur Mary-Teresa, se plaçant sous le patronage de Thérèse de Lisieux. Elle arrive en Inde en janvier 1929 et prononce ses vœux définitif le 24 mai 1937. Elle enseigne la géographie et et devient directrice des études à l’école Sainte-Marie en 1944.

Missionnaire de la Charité

Le 10 septembre 1946 est le jour où tout changea dans sa vie Au cours d’un voyage en train de Calcutta à Darjeeling qu’elle rejoignait pour la retraite annuelle de sa communauté, elle reçoit ce qu’elle appelle « l’appel dans l’appel » : le désir de servir au nom du Christ les plus pauvres. En 1948, le Pape Pie XII lui accorde la permission de quitter l’ordre des sœurs de Notre-Dame-de-Lorette pour se consacrer aux pauvres des bidonvilles. Cette même année, Sœur Teresa reçoit la citoyenneté indienne. Le 17 août 1948 elle quitte définitivement son couvent de Calcutta et s’installe dans un bidonville (à Taltola) avec quelques autres religieuses qui l’ont suivie. Rapidement des jeune filles éprises de service évangélique se joignent à elles. Mère Teresa décide alors d’organiser le groupe en lui donnant une ligne de vie religieuse : c’est la fondation de la congrégation des Missionnaires de la Charité, établie officiellement dans le diocèse de Calcutta le 7 octobre 1950. Elle porte désormais le nom de Mère Teresa et poursuivra son œuvre : défense et proximité avec les plus pauvres, appel à la paix. Par exemple :

- Fondations de nombreux dispensaires dans le monde pour accueillir les déshérités.

- Le 17 octobre 1979, Mère Teresa reçoit le prix Nobel de la paix qu’elle accepte « au nom des pauvres ». Dans son discours, elle présente l’IVG comme le « principal danger menaçant la paix mondiale ».

- En 1985, elle ouvre à New York sa première maison pour l’accueil des malades du sida.

- En 1991, elle invite George Bush et Saddam Hussein à épargner les « innocents » lors de la guerre du Golfe.

La nuit de la foi

Ses 50 ans de nuit intérieure constituent un trait important de Mère Teresa comme figure spirituelle. Largement commentée dans les milieux chrétiens à l’époque de sa béatification - le pape lui-même avait largement insisté sur cet aspect lors de la cérémonie solennelle - , cette épreuve apparaît avec une précision jusque-là inédite avec la publication de « Mother Teresa : Come be my Light ».

Avec des mots simples, elle parle de sa foi vacillante et des doutes tenaces qui l’habitent. Elle avait ainsi confié en 1979 au pasteur Michael Van Der Peet « Jésus a un amour tout particulier pour vous. Pour moi, le silence et le vide sont si importants que je regarde et ne vois pas, que j’écoute et n’entends pas ». Dans une autre lettre non datée adressée à Jésus, elle avait encore écrit : « Où est ma foi ? Tout au fond de moi, où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité, mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse, je n’ai pas la foi. »

Ce supplice secrètement enfoui en elle et dissimulé derrière ce visage paisible qu’elle affichait en public. Une tranquillité trompeuse : « Le sourire est un masque », avait-elle confessé dans un de ses écrits.

En compilant ces lettres et en éditant ce livre, conformément aux engagements de la communauté, le père Brian Kolodiejchuk finit de faire tomber ce masque. Membre de la congrégation des Missionnaires de la charité fondée par mère Teresa, il était proche de cette dernière. Il a d’ailleurs activement oeuvré pour sa béatification. « Je n’ai jamais lu la vie d’un saint où le saint vivait dans une obscurité spirituelle si intense. Personne ne savait qu’elle était aussi tourmentée », a-t-il confié au magazine Time avant d’ajouter : « Cela va donner une nouvelle dimension à la perception que les gens avaient d’elle. »

Proche ou lointaine

Proche ou lointaine, la bienheureuse de Calcutta ? Sans doute y a-t-il encore beaucoup à découvrir de sa personnalité qu’elle n’aimait pas, en fait, découvrir. Sœur Marie-Agnès, supérieure des Missionnaires de la Charité à Lyon, insiste : « Entre ce que le public perçoit de Mère Teresa et ce qu’elle était, il y a un océan. »

Elle n’aurait pas été contente, Mère Teresa, car c’était son « plus grand secret », mais quel souffle ! Du coup, ces lettres réveillent l’intérêt du grand public pour le dixième anniversaire de sa mort. Béatifiée par Jean-Paul II en 2003, « la sainte de Calcutta » a connu une âpre nuit de la foi. Et cette expérience semble toucher au-delà des cercles croyants. « Oui, c’est une sainte, une femme de foi ». Une passionnée de Dieu qui a bousculé les consciences, qui a mis en route des milliers de personne sur le chemin de solidarité et qui à connu le doute. Ces doutes interpellent car ils permettent de nous identifier à la petit « sainte » de Calcutta.

Osons un pas supplémentaire ! Si je me reconnais dans les doutes de Mère Teresa, pourquoi ne pourrais-je pas m’identifier à son attachement au Christ malgré nos doute et à son œuvre. Pourquoi ne pourrais moi aussi être un/une passionné(e) de Dieu. Dès lors sa vie extraordinaire est aussi pour moi ! Non la sainteté n’est pas inaccessible pour le commun des mortel ! Non, il ne faut pas être un super héros !

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