A l’occasion des débats relatifs aux prochaines votations fédérales, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, souhaite rappeler, notamment à tous les catholiques de son diocèse, et à tous les habitants de Suisse, les notions de respect, de justice et de charité dus au prochain, quelle que soit sa nationalité.
La vie humaine, les existences et la liberté sont des dons de Dieu. Elles impliquent reconnaissance et respect. L’Eglise, à l’imitation et au commandement du Christ, rappelle l’absolue dignité de la personne humaine.
L’Eglise s’est toujours engagée dans la défense des intérêts des personnes démunies. Aujourd’hui comme par le passé, elle soutient selon ses moyens les hommes et les femmes dans le besoin, en particulier dans le domaine de la migration (Caritas, Conférences Saint-Vincent-de-Paul, etc.).
Le durcissement évident de ces deux projets de loi blesse notre Etat de droit dans ce qu’il a de plus essentiel, à savoir la défense intégrale des personnes résidant sur son territoire et qui sont vulnérables suite à la fuite de leur pays d’origine, à leur émigration, parfois dans des conditions indignes, et à l’incertitude quant à leur avenir dans un pays qui est pour eux une terre étrangère. Monseigneur Genoud dit ‘stop’ à cette spirale du durcissement qui constitue, au travers de cette nouvelle révision, un pas supplémentaire dans le processus de repli et d’égoïsme au relent nationaliste que nous constatons actuellement.
Des exemples dans l’histoire même de notre pays nous rappellent aujourd’hui que des dérapages sont possibles. Durant la Seconde Guerre mondiale, certains catholiques ou évêques de notre pays n’avaient pas fait tout leur possible pour accueillir les réfugiés des systèmes totalitaires d’alors. Les évêques suisses avaient reconnu ces manquements en 2000 et avaient alors demandé pardon pour cela. Ne commettons pas des erreurs semblables qui pèseraient sur l’histoire et qui diminueraient l’estime due à nos futures générations.
Monseigneur Bernard Genoud exhorte les chrétiens de ce pays à ne pas fermer les portes de la Suisse à des réfugiés à qui l’on ne donnerait pas même la possibilité de justifier pleinement leur demande si la nouvelle Loi sur l’asile était acceptée.
Des abus existent certes, mais ils ne peuvent en aucun cas devenir le fondement d’un tel durcissement de procédures. Il y a d’autres moyens plus efficaces et ciblés pour enrayer les abus dans le domaine de l’asile. L’actuelle loi, déjà contestée, n’a pas permis de satisfaire aux exigences des législateurs, d’où la nouvelle révision. Un durcissement n’est qu’une voie sans issue, pour les étrangers, comme pour nous, citoyens responsables de notre Etat de droit. Par contre, l’aide au développement dans les pays de provenance des réfugiés est plus efficace. Des conventions avec ces mêmes pays obligeant ces derniers à accueillir leurs réfugiés dans la dignité constituent par ailleurs également une réponse adéquate au problème des flux migratoires, très souvent dus à la pauvreté et l’injustice régnant dans ces pays. La question des réfugiés n’est pas une problématique suisse, elle n’est pas non plus européenne, elle est planétaire et dépasse dès lors de loin la stratégie souhaitée par certains avec cet arsenal légal soumis au Souverain le 24 septembre prochain.
Plusieurs éléments inacceptables sont contenus dans ces lois. Un examen en 48 heures ne permet pas aux fonctionnaires d’évaluer la situation d’un requérant d’asile et de décider en connaissance de cause de son avenir ; une pression inadmissible pèse dès lors sur les épaules de ces représentants de l’Etat. Quand bien même l’on prévoit un droit de recours, il convient de rappeler que ce dernier reste limité et ne peut être considéré comme une réelle solution de défense des droits fondamentaux.
Ne plus accorder l’asile aux requérants sans papiers n’empêchera personne de détruire son passeport pour éviter une expulsion, au contraire. Les véritables réfugiés, par contre, qui ne possèdent souvent pas de papiers, seront menacés.
Le placement en centre d’accueil, en vue du retour au pays, favorise la disparition de ces personnes dans la situation inacceptable de sans-papiers dont on connaît le sort bien peu enviable dans notre pays.
Exclure de l’aide sociale tous les requérants déboutés, sans égard pour les mères, les enfants, les malades et les personnes âgées, ne conduit personne à un retour régulier. En mettant ces personnes à la rue, on les pousse à l’illégalité et on met en jeu la sécurité des citoyennes et des citoyens de ce pays.
D’autre part, pour certains, la prison semble constituer un moyen miracle, alors qu’elle n’est pas, par définition, une solution. La détention pour insoumission et pour non-collaboration au retour, qui permet même d’emprisonner des adolescents de 15 ans, est coûteuse et inutile. Il est en effet établi que plus la détention est longue, plus la probabilité d’un départ volontaire est réduite. En plus, cet emprisonnement inflige de graves troubles psychiques aux personnes privées de liberté.
De surcroît, le fait de criminaliser les comportements d’entraide, de solidarité et de bonté envers une personne qui n’est pas officiellement admise en Suisse, est une mesure contre laquelle la raison s’élève : est-ce le début de nouvelles persécutions envers ceux qui font le bien sans faire de différences entre les hommes ? Le respect de la conscience de chaque citoyen, à condition qu’elle soit éclairée par de justes motifs, doit être maintenu comme principe de base. Un citoyen ou une citoyenne peut, dans certains cas particuliers et à condition de ne pas mettre en péril un bien plus grand, désobéir à une loi des hommes imparfaite, quand sa droite conscience l’oblige à obéir au précepte plus élevé de la charité évangélique, expression de la Loi divine.
Au nom de ces Vérités, Monseigneur Bernard Genoud recommande le double ‘non’ aux lois qui sont soumises au peuple le 24 septembre prochain concernant les étrangers.
Nicolas Betticher
Attaché de presse du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg
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