Point-interrogation

La meilleure façon de savoir qui est Jésus est de lire les textes bibliques qui en parlent. Cette année, la liturgie catholique privilégie l’Évangile selon Luc. Lorsqu’on prend le temps de lire cet évangile du début à la fin, un portrait spécifique de Jésus se dégage. En voici les traits importants de Jésus selon Luc.

 

 

Qui est cet enfant ?

Les deux premiers chapitres de Luc lui donnent les titres de « fils du Très-Haut », « Sauveur », « Christ » et de « Seigneur » avant même qu’il soit né. En plus de ces titres, le récit laisse entendre qu’il a eu une conception miraculeuse. Luc mentionne que Dieu donnera le trône de David à Jésus et que son règne n’aura pas de fin. Le texte présente donc Jésus comme un roi. Or, Marie, dans son Magnificat, interprète la naissance de Jésus comme la façon de Dieu de venir en aide aux pauvres et aux affamés en rejetant les puissants de leurs trônes, on doit conclure que la royauté de Jésus sera très différente que celle de César Auguste.

 

 

Jésus et les marginalisés

La première prédication de Jésus à Nazareth précise sa mission : annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer la libération des captifs, donner la vue aux aveugles, proclamer une année jubilaire. Ainsi, en tournant les pages, on découvre que Marie avait vu juste dans sa prophétie. Luc est l’évangile qui insiste le plus sur l’attention de Jésus aux exclus, aux pauvres et aux malades. Il les écoute, les nourrit, les guérit pour manifester la présence et la compassion de Dieu. Par exemple, alors que les béatitudes en Matthieu commencent par Heureux les pauvres en esprit on peut lire en Luc : Heureux, vous, les pauvres. La pauvreté n’est pas que symbolique ou spirituelle. C’est une réalité connue des premiers lecteurs de l’Évangile selon Luc.

 

 

Jésus et les femmes

C’est dans l’Évangile selon Luc que Jésus a le plus de lien avec des femmes. En plus de Marie, d’Elizabeth et de la prophétesse Anne des premiers chapitres, on rencontre la belle-mère de Pierre, la veuve de Naïm, la pécheresse dans la maison de Simon, des femmes qui soutiennent financièrement les disciples, la femme perdant son sang, Marthe et Marie, ainsi que les femmes au tombeau témoin de la mort et de la résurrection. Normalement, un homme juif ne se laissait pas adresser la parole et encore moins toucher par une femme en public. Or, le Jésus de Luc est rempli de compassion pour les femmes, en particulier celles qui étaient dans des situations précaires. Il se laisse toucher physiquement et émotionnellement par le sort des femmes en situations précaires et marginales.

 

 

Jésus et la prière

On tient pour acquis que Jésus était un homme de prière. Cependant, dans les autres évangiles, Jésus ne prie que très rarement. Ce n’est pas le cas pour le récit de Luc. Jésus prie avant les éléments importants comme son baptême, le choix des douze apôtres, la transfiguration et la passion. Les prières de Jésus insistent sur la confiance en la bonté du Père. Notons aussi que l’Esprit saint est partout présent chez Luc. Il manifeste la puissance agissante de Dieu. L’Esprit est avec lui dès sa conception en Marie. Cet Esprit continue son action même au-delà de la mort de Jésus.

 

 

Jésus, le Messie ?

Lorsque Jésus demande à ses disciples Pour vous, qui suis-je ? (Lc 9,18-24), Pierre répond qu’il est le Christ/Messie (1). À première vue, cette réponse nous semble correcte puisque le narrateur a déjà appliqué ce titre à Jésus au premier chapitre. Or, Jésus ne félicite pas Pierre pour sa réponse. Il ne confirme pas qu’il est le Messie. Au contraire, Jésus parle avec sévérité à Pierre en lui disant de se taire. Puis, il annonce la souffrance et le rejet qu’il vivra dans la suite du récit.

Dans ce dialogue, on assiste au renversement de la figure du Christ/Messie. Comme chrétien nous oublions qu’au temps de Jésus le Messie attendu était un leader politico-militaire comme le roi David. Dans sa conversation avec Pierre, Jésus recadre la réponse de son interlocuteur. Une façon d’interpréter cette réaction de Jésus est qu’il refuse d’être associé à l’attente traditionnelle du Messie. En poursuivant la lecture de l’Évangile de Luc, les lecteurs voient que les paroles de Jésus s’accomplissent puisque Jésus se fait crucifier avant d’être ressuscité. Jésus est bien le Messie, mais il est un messie qui est paradoxalement rejeté des siens. 

 

 

Jésus, le ressuscité

La fin de l’Évangile selon Luc révèle que Jésus est ressuscité. Les textes qui décrivent ce retournement de la situation sont différents pour chacun des quatre évangiles du Nouveau Testament. En Luc, on retrouve le récit d’Emmaüs qui raconte que c’est dans le partage du pain et du vin ainsi que dans l’interprétation des Écritures que les disciples peuvent reconnaître Jésus ressuscité. L’auteur de l’Évangile selon Luc prolonge son récit dans les Actes des Apôtres. On voit dans ce deuxième tome du même auteur que Jésus ressuscité, par son Esprit, reste encore présent dans la communauté qui se rassemble en son nom. La lecture de ses deux livres donne à penser que la rencontre de Jésus est encore possible aujourd’hui.

 

 

Pour vous, qui suis-je ?

Et vous, qui dites-vous qu’il est ? Pour plusieurs, Jésus est simplement un personnage historique qui provient d’une époque très lointaine. Pour d’autres, il est un modèle à suivre, un prédicateur qui a semé un message plein de sens. Même sans croire à sa divinité, ils respectent les valeurs qui lui sont attribuées. Enfin, pour les croyants, Jésus n’est pas un humain comme les autres. Il est humain et divin. Pour les chrétiens, Jésus ressuscité est encore présent d’une façon mystérieuse. Il est là parmi nous lorsque deux ou trois se rassemblent en son nom.

Que pensez-vous de la présentation que Luc fait de Jésus ? Personnellement, je suis renversé à chaque fois que je lis cet évangile qui montre à quel point Jésus est proche de ceux qui souffrent et sont marginalisés. Sa compassion n’est pas que théorique et se traduit par des actions concrètes. Le Jésus de Luc est la meilleure image du pardon et de l’attention de Dieu le père.

 

Sébastien Doane, doctorant à l’Université Laval (Québec)

 

Source : Interbible

 

 

1. Christ en grec et Messie en hébreu sont deux mots qui traduisent la même réalité.