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L’épisode du baptême de Jésus est un passage très connu des quatre évangiles. Peut-être trop connu même, au point où l’on peut facilement passer à côté d’une question que le texte devrait normalement susciter chez tout lecteur attentif : pourquoi Jésus souhaite-t-il se faire baptiser par Jean? En effet, le baptême de Jean n’est pas une pratique reconnue par les autorités juives et Jésus bénéficie d’un statut bien supérieur à celui de Jean. Alors comment se fait-il qu’il tienne à se soumettre à cette pratique? L’analyse de certains détails du texte permet de voir que le baptême de Jean assure une double approbation de Jésus et lui donne l’outil essentiel à l’amorce de sa mission.

 

 

 

Une approbation scripturaire

La volonté de Jésus de se faire baptiser par Jean n’est pas conditionnée par un hasard de rencontre, comme c’est souvent le cas à travers les évangiles, lorsque quelqu’un vient vers lui pour être guéri, pour être instruit, pour le tenter ou pour le prendre en défaut. Non seulement Jésus prend-il l’initiative de la rencontre avec Jean, mais les précisions géographiques du récit indiquent qu’il s’agit d’un projet ciblé et bien calculé à l’avance. En effet, Matthieu 3,13 précise que Jésus s’est rendu auprès de Jean dans un but précis : pour être baptisé par lui et qu’il est parti de Galilée pour se rendre en Judée, vraisemblablement à proximité de Jérusalem, ce qui représente un déplacement de deux journées entières de marche.

Il est évident que Jésus ne se rend pas auprès de Jean afin de recevoir son baptême de conversion. Cette hypothèse peut sembler insensée, puisque Jésus n’a pas péché et n’a pas besoin de revenir vers Dieu. Mais c’est pourtant ainsi que pense Jean qui, connaissant le statut supérieur de Jésus, s’étonne de sa demande et refuse initialement d’y acquiescer (Mt 3,14).

 

Si Jésus se rend auprès de Jean, c’est en raison de l’autorité dont jouit Jean. Il ne s’agit pas d’une autorité civile ou religieuse – Jean est d’ailleurs en conflit ouvert avec le pouvoir politique représenté par Hérode et avec le pouvoir religieux représenté par les pharisiens et les sadducéens – mais plutôt d’une autorité eschatologique et scripturaire. Comme en témoigne la prophétie de Malachie 3,23-24, le retour d’Élie devait marquer le début de l’ère eschatologique. Or Matthieu, qui est l’évangéliste par excellence de l’accomplissement des Écritures, s’assure à plusieurs reprises d’associer Jean à la figure d’Élie par sa fonction de héraut (Mt 3,1), par son habillement (Mt 3,4), parfois de manière explicite (Mt 11,14 ; 17,10-13), et par la ressemblance du message divin identique – Celui-ci est mon Fils, le Bien-aimé, qui a toute ma faveur – entendu lors du baptême (Mt 3,17) et de la Transfiguration (Mt 17,5) où Jésus prend place entre Moïse et Élie. En se rendant auprès de Jean, Jésus fait donc d’une pierre trois coups : il confirme que les temps de la fin sont commencés, qu’il est le Messie et que les Écritures sur ces deux sujets s’accomplissent.

 

 

 

Une approbation divine

L’approbation de Jean n’est évidemment pas la seule que Jésus reçoit dans cet épisode. Il reçoit également l’approbation de Dieu, qui est exprimée à deux endroits dans le texte. Elle se retrouve d’abord dans la bouche de Jésus lui-même dans le court dialogue qui prend place entre lui et Jean. À Jean qui ne comprend pas la démarche de Jésus, ce dernier répond : pour que nous accomplissions toute justice (Mt 3,15). Cette explication semble à première vue énigmatique. Mais le terme grec employé ici est dikaiôsunè, qui désigne un verdict ou une approbation juridique. Dans le Nouveau Testament, il se réfère habituellement au jugement de Dieu. Cette approbation est ensuite exprimée à la toute fin du passage lorsque la voix céleste déclare : Celui-ci est mon Fils, le Bien-aimé, en qui je trouve ma joie (Mt 3,17). Le verbe grec eudokéô est utilisé dans ce cas-ci ; il signifie à la fois « prendre plaisir » et « approuver ». Jésus jouit donc maintenant d’une double approbation : l’approbation eschatologique scripturaire de Jean et l’approbation filiale et aimante de Dieu.

 

… la suite dans quelques jours !

 

Francis Daoust est bibliste et directeur de la Société catholique de la Bible

 

 

Source : Interbible