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(suite de l’article paru il y a quelques jours)

 

Le don de l’Esprit

Mais encore une fois, cela n’explique pas pourquoi Jésus tient à se faire baptiser. En effet, il aurait pu avoir cette double approbation sans recevoir le baptême de Jean. Pourquoi cette insistance sur le baptême en tant que tel?

La réponse se trouve déjà en partie dans l’annonce faite par Jean avant l’arrivée de Jésus : Lui vous baptisera dans l’Esprit et le feu (Mt 3,11). C’est en effet avec l’épisode du baptême que l’Esprit descend sur Jésus et se pose sur lui (Mt 3,16). C’est le même Esprit qui le pousse au désert dès le début de l’épisode suivant (Mt 4,1). Dans l’Ancien Testament, l’esprit de Dieu, la ruah en hébreu, permettait aux prophètes de prophétiser (voir par exemple Nombres 11,25 ; 1 Samuel 10,6 ; Ezéchiel 2,2). Muni de l’Esprit grâce au baptême, Jésus peut maintenant entreprendre son ministère.

On retrouve le même Esprit à la toute fin de l’évangile de Matthieu lorsque Jésus envoie ses disciples baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit (Mt 28,19). La mention du baptême dans cette parole finale de Jésus est loin d’être fortuite. De même que Jésus a été investi de l’Esprit lors de son baptême, les disciples le seront au moment du leur et pourront eux aussi remplir leur mission.

 

 

 

Une nouvelle création

Jésus aurait tout de même pu recevoir l’Esprit n’importe où : au désert, sur une montagne, à la synagogue, au temple, etc. Quelle signification particulière la réception de l’Esprit lors du baptême peut-elle revêtir? Trois passages cruciaux de l’Ancien Testament, qui mettent en lien la ruah de Dieu et les eaux, nous éclairent à ce sujet. Genèse 1,2 affirme que tout juste avant le début de l’action créatrice de Dieu, « l’esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ». Ce passage doit être mis en parallèle avec celui de Genèse 8,1 qui marque le point tournant du récit du déluge, où Dieu fit passer un vent sur la terre et les eaux s’apaisèrent. Dans les deux cas, l’action de la ruah de Dieu sur les eaux se rapporte à une activité de création, ou de nouvelle création. Le lien entre la création renouvelée suite au déluge et le baptême de Jésus pourrait être renforcé par la mention de la colombe lâchée par Noé (Genèse 8,8-12) et l’Esprit qui descend comme une colombe sur Jésus (Mt 3,16). Le troisième passage se rapporte à la création, ou à la recréation, du peuple d’Israël lors du passage de la mer des Roseaux, au moment où Dieu fit refouler la mer par un fort vent (Exode 14,21). Le même verset ajoute que les eaux se fendirent, ce qui n’est pas sans rappeler les cieux qui s’ouvrent lorsque Jésus remonte des eaux du baptême (Mt 3,16). Le récit du baptême de Jésus peut ainsi être compris lui aussi comme évoquant une nouvelle création qui se manifeste, cette fois-ci, en la personne du Christ.

 

 

 

Pourquoi le baptême ?

Nous pouvons nous désoler aujourd’hui de voir le nombre des baptêmes diminuer, mais la courte analyse que nous venons de faire des raisons qui ont poussé Jésus à se faire baptiser, nous fournit une perspective intéressante. En effet, loin d’être un automatisme ou un hasard de rencontre, le baptême se doit d’être une démarche ardemment souhaitée et calculée à l’avance. Tout comme Jésus, nous sommes appelés à la rencontre de Dieu à travers le baptême afin d’être reconnus comme étant aimés de Dieu et de recevoir l’Esprit nécessaire à notre envoi en mission. En se faisant baptiser par Jean, Jésus s’abaisse, dans ce mouvement fondamental de toute la foi judéo-chrétienne, pour ensuite remonter vers le Père en nous entraînant à sa suite. Il en va de même avec le mouvement de sa mort et de sa résurrection. Mais c’est à nous de nous mettre en marche à sa suite.

 

 

Francis Daoust est bibliste et directeur de la Société catholique de la Bible

 

Source : Interbible