vierge d'Angelos Akotantos

Pourquoi Marie a-t-elle une si grande place dans la foi catholique ? Le F. Nicolas Morin, directeur des Éditions franciscaines, répond aux questions de Sophie de Villeneuve sur Croire.com.

 

Sophie de Villeneuve : Un internaute de croire.com demande : « Marie a-t-elle un rôle particulier dans notre vie de foi ? » Et de fait, l’Église catholique consacre de nombreuses fêtes à la Vierge Marie. Cela dit-il quelque chose de la dévotion que nous devons avoir pour elle ?

N. M. : Je me suis moi-même longtemps posé la question, et nos frères protestants pourraient la poser aussi : pourquoi accorder à Marie une place qui semble démesurée ? Pourtant, Marie tient de plus en plus de place dans ma prière, et je me dis que si Marie est si importante, c’est qu’elle nous rend notre dignité d’hommes et de femmes. Faisons un détour par le livre de la Genèse, où Dieu dans le jardin d’Eden donne à profusion disant à l’homme qu’il peut manger de tous les fruits du jardin, sauf celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Tout est donné, mais le serpent vient susurrer à l’oreille d’Eve que si Dieu refuse à l’homme le droit d’être heureux. Il vient mettre le doute dans le cœur de l’homme sur la bonté de Dieu. Au contraire d’Eve, Marie plonge dans la confiance. Quand l’ange lui dit « Réjouis-toi, Marie comblée de grâces, le Seigneur est avec toi, tu vas mettre au monde un enfant », bien sûr elle demande « Comment cela va-t-il se faire ? », mais elle ne retire pas sa confiance à Dieu. Par la suite, son fils lui en fera voir de toutes les couleurs, disparaissant au Temple à l’âge de douze ans, mourant sur une croix… Toujours elle garde confiance, et elle nous en rend capables, restaurant ainsi notre dignité.

 

C’est pour cette raison qu’on l’appelle la nouvelle Eve ?

N. M. : Oui, elle est la femme dont Dieu rêve depuis toujours ! Elle est « la première en chemin », comme le dit un très beau chant, et non une femme à part que l’on met sur un piédestal. C’est celle qui me prend par la main et m’invite avec elle à oser la confiance.

 

Vous dites que vous avez mis du temps à le découvrir ?

N. M. : En effet, la place de Marie dans ma vie de foi s’est approfondie avec le temps et certaines épreuves de la vie. J’ai alors senti Marie me prendre par la main. J’ai traversé une année crise profonde, ne sachant plus en qui et en quoi placer ma confiance. Pendant trois mois, tous les jours, je n’ai pas pu prier autre chose que le passage de l’Annonciation. C’est ce dont j’avais besoin, pour réentendre la promesse de Dieu, ainsi que l’invitation à nous réjouir. Avec toujours cette question de Marie : « Comment cela va-t-il se faire ? » Ce que je vivais alors était objectivement à mille lieues de ce bonheur promis par Dieu, et je me demandais comment faire le lien entre les deux. Marie m’a appris à continuer à donner ma confiance, même au cœur de la nuit.

 

Vous avez l’air de dire que la question de l’ange à Marie nous est posée à nous aussi ?

N. M. : Oui, car le cœur de la foi chrétienne, c’est que Dieu rêve de faire de ma vie sa demeure. Il rêve que je puisse l’accueillir dans ma vie, lui faire une place.

 

Certains pensent qu’il faut bien distinguer la prière à Jésus, qui est la seule importante, et la dévotion à Marie… Et que Marie ne doit pas prendre la place de Jésus.

N. M. : Certes, mais regardez les statues représentant Marie : elle n’est pas montrée comme une mère possessive qui garde son enfant contre elle. Bien au contraire, elle est celle qui nous donne Jésus. Marie est celle qui nous conduit à son Fils. C’est elle qui nous enseigne la foi la plus ajustée à son Fils.

 

Vous voulez dire qu’en passant par Marie, vous avez redécouvert qui est Jésus ?

N. M. : Elle m’a fait redécouvrir qu’il est possible de donner sa confiance à Dieu, de compter sur lui, de lui donner carte blanche car je sais qu’il sait ce qui est bon pour moi et que je ne serai pas déçu. La joie que Dieu nous propose est paradoxale car elle passe par la Passion, elle empreinte un chemin pascal. Mais au cœur même de la souffrance, par laquelle nous passons tous, Dieu est là. « Réjouis-toi, le Seigneur est avec toi », et personne ne pourra m’enlever la présence du Christ ressuscité en moi.

 

L’Église a édicté sur Marie un certain nombre de dogmes que les protestants refusent, mais qui choquent parfois aussi certains catholiques. Ce ne sont pas pour vous des obstacles à la prière mariale ?

N. M. : Bien sûr, un esprit cartésien du XXIe siècle aura du mal avec le dogme de l’Immaculée Conception. Les dogmes sont à comprendre de l’intérieur. L’Immaculée Conception ne signifie pas autre chose que cette capacité que Marie a depuis toujours à dire oui et à donner sa confiance. Marie nous réconcilie avec cette part de nous-mêmes qui est la plus belle, elle nous invite à entrer sur ce chemin de confiance. C’est ainsi que j’ai relu ce dogme.

 

Comment comprenez-vous l’Assomption ?

N. M. : Les peintres en ont fait de belles œuvres d’art mais nous ont rendu un mauvais service, en nous montrant Marie monter au ciel. Je ne crois pas que ce soit l’essentiel. Jusqu’au pied de la Croix, Marie a donné sa confiance à Dieu, elle a dit oui jusqu’au bout, au cœur de la souffrance, et son oui est comme transfiguré dans la Résurrection. D’une certaine manière, Marie est morte avec son Fils, elle a été crucifiée avec lui, et elle est ressuscitée avec lui.

 

Pour vous, pour nous, Marie est-elle un modèle ? Devons-nous la suivre et l’imiter ?

N. M. : C’est un chemin de foi. Elle me dit que croire est possible, au-delà de toute apparence.

 

Source : Croire.com