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Lors d’une visite pastorale dans la région du Gros-de-Vaud, en février dernier, la Team Rédaction a eu l’occasion de rencontrer Mgr Charles Morerod, évêque des diocèses de Vaud, Fribourg, et Genève. Celui-ci s’est confié à propos de sa jeunesse, de sa famille et de sa vocation.

 

Confortablement installée dans le petit salon de la cure d’Echallens, c’est dans une ambiance décontractée et informelle que je rencontre l’évêque. Il faut dire que Charles Morerod sait tout de suite mettre à l’aise. Je souhaite tout d’abord en savoir un peu plus sur sa personnalité. Il répond modestement que ce n’est pas à lui de se décrire, mais plutôt aux autres de le faire. Il avoue même qu’il a de la peine à faire l’exercice pour ses proches. « Je crains que, si on prend 4 ou 5 adjectifs, on bloque trop de personnalité, explique-t-il. Et je me dis : mais pourquoi réduire une personnalité à quelques adjectifs ? Moi, ça m’a toujours étonné, les gens qui savent indiquer leurs points forts. » Il me parle cependant volontiers du passé et se décrit comme un enfant timide et paresseux pour tout ce qui concernait l’école : « Je faisais beaucoup de choses, je lisais beaucoup de livres, mais il ne fallait pas que ça soit quelque chose qu’on nous avait demandé de faire pour l’école, parce que là, je ne lisais pas. » Était-il du genre rebelle ? Pas vraiment. « Je ne pense pas que j’étais en réaction contre les obligations, mais ça m’embêtait plus qu’autre chose. Il a fallu que j’aie une motivation pour que me mettre à travailler. » Comme tous les adolescents, Charles Morerod aimait bien sortir et voir des amis, tout en restant raisonnable. « J’appréciais beaucoup la vie », résume-t-il.

 

 

 

Une vocation sortie de nulle part

Si l’évêque semble avoir eu une jeunesse tout à fait normale, sa vocation reste pour le moins inhabituelle. D’où lui est venue l’idée de devenir prêtre ? « C’était quand même quelque chose d’assez étonnant », commence-t-il. Alors qu’il avait une douzaine d’années, celui-ci avait dû remplir pour l’école un formulaire indiquant, entre autres, ce qu’il voulait faire plus tard. Comme il n’y avait jamais vraiment réfléchi, il a écrit plusieurs idées, notamment prêtre. « C’est la première fois que l’idée m’est venue. Pour une occasion finalement assez anodine. » Aujourd’hui encore, Charles Morerod n’arrive toujours pas à s’expliquer ce choix. Il a d’ailleurs longtemps repoussé l’idée de son esprit. « Je voyais quelques inconvénients à ce type de formule… Je m’étais rendu compte que les prêtres ne se mariaient pas, ça m’embêtait un peu ! », admet-il. Mais cette pensée revenait régulièrement, jusqu’à s’imposer définitivement à l’âge de 20 ans, après une sorte de « révélation » dont il se souvient très bien : « En sortant d’un bistrot un samedi matin, je me suis tout à coup arrêté dans la rue, et j’étais en train de me dire dans ma tête : pourquoi est-ce que je ne l’avais pas compris ? C’était évident que je devais devenir prêtre ! Vous savez, j’ai arrêté de bouger, j’ai arrêté de marcher. Je suis resté bloqué comme ça dans la rue, et depuis là, je n’ai plus eu de doutes. Ça m’embêtait encore autant qu’avant, mais je me disais : je ne comprends pas, mais c’est comme ça. »

 

Le plus étonnant pour lui, c’est qu’il nous dit ne pas avoir baigné dans un milieu particulièrement catholique. Son père issu d’un milieu protestant (mais devenu catholique au printemps 2011), chez qui pointaient parfois « quelques éléments d’anticléricalisme », aurait été assez peu pratiquant à l’époque. Quant à sa mère catholique, si elle allait parfois à l’église avec son fils, elle ne semblait pas trop vouloir le pousser dans le sens de l’Église du fait de certains précédents familiaux peu joyeux. « Le fait même qu’il y ait eu une double identité religieuse dans la famille faisait qu’on parlait très peu de religion », confie encore l’évêque.

 

Dans son processus de réflexion, il nous parle de deux personnes qui l’ont beaucoup aidé. Il s’agit de deux professeurs du gymnase de Bulle, où il étudiait. La première était une enseignante de français et de latin, « viscéralement anticatholique, nous dit-il, et elle le manifestait souvent dans les cours, par petites allusions, et parfois même par attaques frontales ». Charles Morerod entreprenait alors de répondre à ces attaques : « Elle m’a beaucoup aidé, en m’obligeant à réfléchir. » L’autre était un prêtre, professeur de philosophie, qui s’appelait Bernard Genoud. « J’ignorais complètement qu’il deviendrait évêque par la suite. Et j’ignorais même encore que ça m’arriverait après lui », raconte-t-il en riant.

 

Envie de connaître la suite ? La semaine prochaine, « Qui est Mgr Charles Morerod aujourd’hui ? »

 

Leslie