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Lors d’une visite pastorale dans la région du Gros-de-Vaud, en février dernier, la Team Rédaction a eu l’occasion de rencontrer Mgr Charles Morerod, évêque des diocèses de Vaud, Fribourg, et Genève. Dans le 1er article, paru il y a quelques jours sur ce site, il parlait de sa vocation. Aujourd’hui, il confie ses étonnements et sa vision de la jeunesse.

 

 

Les aléas de la célébrité

C’est ainsi que Charles Morerod est devenu prêtre dominicain, avant d’être nommé évêque en 2011. Qu’est-ce qui a changé depuis cette élection ? Il réfléchit. Avant, l’homme vivait et enseignait à Rome dans une communauté religieuse, ce qu’il ne fait plus aujourd’hui en Suisse. Il avait de plus l’habitude de voyager beaucoup. À présent, ses voyages sont devenus plus rares et s’effectuent dans un rayon plus petit, relève-t-il. Si, extérieurement parlant, beaucoup de choses semblent avoir changé, il souligne néanmoins que sa mission reste la même. « Je faisais ce que Dieu me demandais de faire, avant, quand j’étais à Rome en train d’enseigner ; maintenant, je continue d’essayer de le faire ici. De ce point de vue, ça n’a pas changé beaucoup. Je me dis que c’est surtout une continuité qui m’étonne. » Il n’empêche que son élection l’a forcé à sortir de l’anonymat, ce qui peut causer certains désagréments. « Aujourd’hui, il m’est plus difficile de me promener en Suisse romande et d’être tranquille », reconnaît-il, préférant maintenant aller skier dans l’Oberland bernois plutôt que sur les pistes romandes, où on le reconnaît souvent. Il nous raconte par exemple un de ses rendez-vous à Genève, le soir de l’Escalade, pendant lequel les transports publics étaient perturbés. Charles Morerod s’était retrouvé à un arrêt désert, à part une dame âgée qui peinait à monter dans le tram. « J’avais peur qu’elle ne tombe, donc je l’aide un peu, je lui donne le bras puis je l’aide à s’asseoir dans le tram, explique-t-il. Je ne me mets pas loin. Elle se tourne alors vers moi et me dit : « Vous savez, même si je ne suis pas croyante, je vous ai quand même reconnu. Et puis entre nous, je crois que je vous aime bien. » J’étais très surpris car elle n’avait rien manifesté plus tôt ! Je me dis : décidément… »

Il nous raconte encore une autre anecdote au sujet de son anneau – un objet qu’il trouve assez peu pratique. Invité à l’émission Pardonnez-moi de Darius Rochebin, ce dernier souhaitait commencer par un gros plan sur l’anneau de l’évêque. « Il a une obsession intrigante pour les anneaux, j’en ignore la cause, mais je pense que chacun de nous a quelques petites choses d’un peu… inexpliqué », sourit-il. Il a donc fallu lui maquiller la main juste avant le début de l’émission ! Celui-ci a alors déclaré à la maquilleuse : « En venant ici, je ne pensais pas qu’on me demanderait ma main! » Mais ce sont les aléas de la célébrité, plaisante-t-il.

 

 

L’enthousiasme de la jeunesse

Avant de finir, j’interroge encore l’évêque sur sa position vis-à-vis des jeunes dans l’Église. Il relève que, même en Suisse, l’attitude des jeunes par rapport à l’Église est assez différente selon les régions, et qu’il est donc difficile de généraliser. Mais une chose reste claire selon lui : « À partir d’un certain âge, lorsque ça devient assez rare que les jeunes soient simplement forcés par leurs parents, c’est qu’ils l’ont choisi et qu’ils y tiennent. Et je crois qu’il faut les encourager, en tenant compte précisément de ce fait-là. » Ce choix volontaire ne se retrouve pas forcément dans les autres générations, notamment les plus âgées. « On a l’impression qu’elles continuent encore à penser qu’elles sont obligées d’y être parce qu’on le leur a toujours dit », relève-t-il. L’évêque met encore en avant l’enthousiasme des jeunes engagés, qu’il espère durable. « Certains brûlent tellement la vie par les deux bouts pendant leur jeunesse qu’ils arrivent à 25 ou 30 ans en donnant l’impression d’être à peu près désespérés ou désabusés. Les jeunes croyants n’ont pas besoin d’être comme ça. » Et, citant une phrase du pape Jean-Paul II en visite à Fribourg en 1984 : « Je suis venu vous annoncer une vie qui vaut la peine d’être vécue », il continue : « Je me dis que des jeunes qui reçoivent ça peuvent aussi être de sérieux messagers d’espérance autour d’eux. Parce que dans leur génération, il y a pas mal de gens désabusés qui se demandent où ils vont, à quoi ça sert,… Ils ont drôlement besoin de rencontrer la proposition d’une alternative. Mais pour qu’ils puissent dire à d’autres le message d’espérance, il faut qu’ils aient compris pourquoi. Et donc que Jésus Christ signifie vraiment quelque chose pour eux. »

Vivre sa foi avec enthousiasme tout en restant attaché à la personne du Christ, tel est le message que Charles Morerod veut transmettre aujourd’hui aux jeunes… et à nous tous.

 

 Leslie