Pour moi, il y a trois mots qui reflètent l’essentiel de se qui se vit à Taizé ou pendant les rencontres européennes.
Rencontre
Le premier, c’est justement le mot « rencontre ». Les rassemblements organisés par la communauté de Taizé sont l’occasion de découvrir des jeunes de toute l’Europe et même d’autres continents. Je trouve à chaque fois très impressionnant qu’autant de gens différents se retrouvent ensemble avec cette envie de partager leur foi, leur vie et leur vision du monde. Les rencontres européennes permettent en plus de vivre quelques jours dans une famille et d’avoir ainsi un aperçu de la vie du pays qui nous accueille de l’intérieur. A priori, je ne connaissais presque rien de la Croatie où se sont déroulées les dernières rencontres et je n’avais jamais eu spécialement envie de partir dans ce pays. Cependant, si nous sommes arrivés comme des étrangers, nous avons été accueillis comme des amis. L’accueil des habitants de Zagreb a été incroyable. Les gens nous ont ouverts non seulement tout grand les portes de leurs maisons, mais aussi de leurs cœurs. Nous étions quatre dans la même famille. Le soir nous rentrions en général ensemble vers 22h. Quand nous arrivions, nos hôtes nous avaient préparé de quoi manger et nous discutions tous ensemble, parfois même jusqu’au milieu de la nuit.
On pourrait penser que les différentes langues posent des problèmes, mais il est toujours possible de se débrouiller avec quelques mots d’anglais, des gestes, des dessins et surtout de grands sourires. Pendant les rencontres de Milan, j’étais logée à l’extérieur de la ville et je devais faire presque une heure de train pur rejoindre le centre. Au début, je pensais que c’était dommage de passer autant de temps dans le train, mais je me suis vite rendue compte que ces trajets pouvaient devenir des moments très riches. Nous avons pris l’habitude de chanter en alternance avec d’autres groupes qui étaient logés dans la même paroisse que nous. A chaque arrêt, ceux qui montaient se joignaient à nous. Notre guitare faisait le tour du wagon et chacun chantait quelque chose dans sa langue. Nous ne nous sommes jamais concertés pour mettre en place ces moments, mais tout s’est fait naturellement. Ainsi, au-delà des langues, nous pouvions partager des moments de joie ensemble.
Simplicité
Un autre aspect important pour moi est la « simplicité ». Les frères disent toujours aux familles que pour chaque espace de 2m2 de libre par terre elles peuvent accueillir un jeune, car tous viennent avec de quoi dormir sur le sol. Ce qui est important, ce n’est pas d’avoir un lit très confortable, une salle de bain personnelle ou une télévision dans la chambre, mais bien de passer du temps avec des gens du pays qui accueille. De même, lors des repas pris dans les halls d’exposition, tout le monde s’assied par terre pour manger. Je trouve que cela nous fait du bien de temps en temps de quitter notre petit confort habituel et tous les objets qui nous encombrent parfois plus qu’ils nous entourent. Cela permet de voir un peu mieux ce qui est vraiment essentiel pour être heureux.
Ma meilleure soirée de Nouvel An jusqu’à présent a été sans conteste celle que j’ai passée à Zagreb. Comme la paroisse où nous étions logés n’avait pas assez de place à l’intérieur pour tous les jeunes qu’elle accueillait, la fête des peuples s’est déroulée dehors, les marches d’entrée d’un bâtiment servant de scène improvisée. Des groupes de chacun des pays représentés avaient préparé des chants, des danses ou même des petits sketchs. Après cela, plusieurs salles avaient été préparées pour manger et boire quelque chose ensemble. Nous nous sommes retrouvés avec des Tchèques et des Polonais. Nous avons décidé de continuer la fête en chantant toutes sortes de petites chansons avec des gestes, de façon à ce qu’il n’y ait pas vraiment besoin de comprendre les paroles pour pouvoir participer. Tout simplement, avec quelques biscuits et boissons, nous avons ainsi passé une soirée géniale, dans une ambiance festive et joyeuse.
Paix
Finalement, un troisième mot qui représente bien les fruits de Taizé pour moi est la « paix ». Nous savons tous que la paix est quelque chose de très important et que le monde en a besoin, mais souvent nous pensons que cela concerne surtout des pays lointains qui sont en proie aux conflits et nous ne voyons pas vraiment ce que nous pouvons faire. Nous nous sentons alors assez impuissants. Je pense que les rencontres européennes, et les autres rencontres organisées par la communauté de Taizé à travers le monde, sont un moyen très concret de construire la paix. En effet, quand vous connaissez quelqu’un dans un pays, votre regard change complètement.
Pour moi, les rencontres européennes sont un signe d’espérance très fort. Quand je vois tous ces jeunes des quatre coins du monde prier, je me dis que s’il est possible de rassembler autant de personnes si différentes en un seul lieu pour regarder ensemble vers le Christ, alors il doit être possible à chacun, là où il est, de construire la paix tout en sachant que partout d’autres font de même.
Les temps de prières trois fois par jours permettent de vivre une paix intérieur, base solide et essentielle si nous voulons être des signes d’espérance dans notre vie. Frère Roger parlait d’aller « à la source de la confiance ».
Nouvel-An 2007-2008
Personnellement, je me réjouis beaucoup que les prochaines rencontres aient lieu à Genève. C’est avec beaucoup de joie que j’imagine ces dizaines de milliers de jeunes chrétiens arriver avec toutes leurs richesses personnelles à la rencontre des nôtres. Après avoir tellement reçu en Croatie, je me réjouis de pouvoir à mon tour accueillir et, avec ma toute petite force additionnée à celle de tant d’autres personnes, aider à ce qu’un tel événement soit possible. J’espère que beaucoup de personnes seront prêtes à participer à cet exercice pratique des valeurs de l’Evangile, prêtes à accueillir tous ces jeunes qui vont répondre à notre invitation de venir découvrir ce que nous vivons ici.
Coralie Beffa
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