Ayons une pensée pour tous les rwandais qui ont souffert, et souffrent encore de ce qui s’est vécu dans la plus pure ignorance du respect de l’humain
Régis KABANDA,curé in solidum à Vevey depuis septembre 2007, résidant à la cure de St Jean, est originaire du Rwanda de la region de Butare.

L’abbé Kabanda est venu en Suisse en 1991 pour des études à l’école de la foi . Rentré au pays fin 1993 pour y effectuer son stage, il a vu son projet bien vite remis en cause par le génocide qui a déchiré le pays dès avril 1994.
« On a vécu l’impossible
comme beaucoup d’autres rwandais, Je suis le premier blessé. 60 personnes de ma famille ont été tuées , il ne me reste qu’une soeur qui vit en Allemagne. Devant une telle situation, celle-ci m’a demandé de renoncer à ma vocation pour assurer une descendance à notre famille, sachant que pour la culture africaine, la procréation est importante. Mais quand Dieu appelle …
Face à cette tension, soutenu par la prière personnelle, et par celle de mon père spirituel, je suis allé vers ma vocation, car je m’y sentais et m’y sens toujours heureux. Quand on met l’Amour et la Charité au centre de sa vie, on peut tout supporter.
Par contre, si ces dimensions manquent, viennent aussi à manquer la tolérance,la compréhension, le respect de l’autre. Le spirituel nous aide à soigner les blessures. On ne peut pas construire la paix en mettant des barrières. Il faut chercher à rencontrer l’autre.
Au Rwanda nous sommes tous des frères
ce sont les politiciens assoiffés de pouvoir, qui divisent et manipulent les populations, ils veulent diriger après avoir exterminé l’autre, au lieu d’être au service… Enfants, on partageait tout, les mariages mixtes avaient lieu…On est sur la voie de la réconciliation, mais en Afrique tout est toujours fragile…
Chaque être vivant, prêtre ou non, doit d’abord se montrer humain, sinon le spirituel n’agit pas. »
Cela nous conduit à méditer sur la question « comment vivre en Eglise comme de vrais chrétiens ? »
Régis nous éclaire sur ce sujet :
Pour entrer plus avant dans cette réalité évangélique, il faut sans doute l’éclairer par ce que dit St Paul aux Romains (13,8-10) : « Il n’est pas question de juger l’autre, il faut exprimer l’amour ».
Toujours est-il que l’homme est responsable de son frère. La charité fraternelle est sans doute le bâton de marche le plus solide , sur lequel l’homme puisse s’appuyer. Elle est une « dette » qui ne peut s’éteindre ; chaque être humain étant relié à l’autre par cette réalité lumineuse.
« L’amour prend patience,
rend service, l’Amour ne jalouse pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’emporte pas, n’entretient pas de rancune. Il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, et endure tout (1Co13,4-7) »
Aimer, c’est vouloir efficacement le bonheur de l’autre, jusqu’à s’oublier pour cela. Heureux celui qui sait aimer gratuitement, heureux ceux qui se font disponibles pour aimer.
Ce ne sont pas les centaines de messes que j’ai célébrées, ni celles auxquelles j’ai participé, ni même les multiples prières adressées au Père qui m’ouvriront les portes du ciel. Peu importe la place que j’ai occupée dans l’Église ou dans la société, ce qui est important, c’est l’amour que j’ai mis dans tout cela.
Dieu est amour, celui qui aime demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.
Voilà où sont la vie et le bonheur : dans l’Amour.
Régis KABANDA, curé in solidum, Unité Pastorale du Grand Vevey
propos recueillis par Viviane Bonjour et Léon Lokia
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