Albert naît à Lauingen (Bavière), sur les bords du Danube, vers 1206. Son père est un officier au service de Frédéric II. En 1222, le jeune Albert, qui manifeste, entre autres, de grandes qualités d’observation et le goût de l’expérimentation, est envoyé dans la cité universitaire de Bologne. Il y fait la connaissance du maître général de l’Ordre des dominicains, Jourdain de Saxe, et fait vœu d’entrer chez les Frères prêcheurs. En 1229, Albert reçoit l’habit de saint Dominique des mains de Jourdain de Saxe lui-même, qui le reconnaît « vraiment saint de corps et d’esprit ».
En route vers Cologne
Entre temps, en 1228, Albert ira enseigner la théologie à Cologne tout en y poursuivant ses études et ses recherches. Prenant conscience de la pénétration massive en Occident de la science gréco-arabe, « Maître Albert » se livre à une étude de pionnier dans laquelle il mettra en valeur la pensée d’Aristote. La philosophie aristotélicienne devient alors « la servante » du dogme chrétien, car « la réflexion philosophique loin de contredire la révélation, permet de mieux la comprendre ».
De 1245 à 1248 maître Albert enseigne à Paris et continue ses études et recherches, toujours fidèle à la méditation journalière d’une page de l’Ecriture. Il enseigne la philosophie comme une science indépendante, et surtout comme « la servante de la théologie ». Convaincu qu’entre science et foi, il y a distinction et non opposition, saint Albert n’a négligé ni observation, ni expérimentation. Un de ses disciples restera célèbre dans l’histoire de l’Eglise : Saint Thomas d’Aquin.
Son amour pour l’Eucharistie et la Vierge Marie
Un des commentaire de saint Albert sur l’Eucharistie nous montre le fin théologien et ami de Dieu qu’il était : « Le Seigneur ne pouvait nous prescrire rien de plus utile, rien de plus doux, rien de plus salubre, rien de plus aimable, rien de mieux accordé à la vie éternelle…Ce sacrement est celui de l’arbre qui porte les fruits de vie… Il réalise l’amour et l’union… C’est comme si le Seigneur disait : « Ils ne pouvaient être uni à moi, et moi à eux, d’une manière plus intime et plus physique… » Dans sa douceur, Dieu se répand lui-même dans les bienheureux ».
D’autre part saint Albert consacre une part importante de ses œuvres à la Vierge Marie qu’il avait appris à connaître et à prier dès sa jeunesse, au temps de son noviciat : « Quand donc verrons-nous de nos yeux ce doux visage de Marie, notre Mère, que si longtemps ici-bas, nous avons contempler ? Quand donc serons nous près d’Elle ? Aurons-nous la persévérance ? Alors nous l’entendrons : Mes fils, voilà votre Mère. Mes enfants, voilà Jésus, votre frère ! »
Le Conciliateur
A la fin de 1248, saint Albert retourne à Cologne où il fonde l’Ecole supérieur de théologie. Thomas d’Aquin, qui l’a suivi en disciple, est renvoyé en France par son maître avec ces mots : « Maintenant mon fils, retourne à Paris, car tu es meilleur clerc que moi. » Conciliateur par vocation, saint Albert arbitre plusieurs conflits dont celui qui oppose la ville de Cologne à son archevêque. En 1254, il est élu supérieur de la province dominicaine de Teutonie qui comprend l’Allemagne, l’Alsace, la Belgique et la Hollande. Il relance alors les études : « Soyez lumières du monde et champions de la foi », dit il à ses confrères. Et il veille aussi à l’observance des constitutions de l’Ordre et il n’hésite pas - le cas échéant - à appliquer des sanctions.
En 1256, maître Albert se rend dans la ville papale d’Anagni, près de Rome, pour défendre devant le pape Alexandre IV la cause des Ordres mendiants accusés par les clercs « séculiers » [1] d’être des imposteurs qui prétendent associer études et pauvreté. « Vous êtes le péril des temps modernes ! » clame Guillaume de Saint-Amour, théologien de Paris. « Au contraire, nous en sommes l’espérance ! » rétorquent saint Albert et saint Bonaventure. Le pape donne raison aux « mendiants » et nomme Albert évêque de Ratisbonne. Mais c’est un échec ! Après deux ans d’épiscopat (1260-1262), il démissionne. Sexagénaire saint Albert continue la composition de ses ouvrages et reste disponible pour les missions apostoliques. En 1263, il essaie - en vain - de relancer la huitième croisade dans les pays de langue allemande, puis reprend l’enseignement : à Würzbourg (1264), à Strasbourg (1267) et à Cologne (1270).
En 1274, année de la mort de saint Thomas d’Aquin, saint Albert participe au concile de Lyon où « Orientaux et Occidentaux - note le saint docteur - chantent ensemble le Credo en latin puis en grec ». Lorsque l’évêque parisien Tempier condamne les thèses thomistes, en 1277, maître Albert revient à Paris pour défendre son disciple. « Il vit encore parmi nous par sa science et sa sainteté », déclare-t-il au sujet de son disciple Thomas d’Aquin.
Prier et chanter malgré ses infirmités
Saint Albert passe ses dernières années affligé de lourdes infirmités : perte de vue et de la mémoire. Il reste souvent dans un lieu solitaire « pour prier et chanter ». Il meurt octogénaire à Cologne, le 15 novembre 1280, laissant tous ses biens à des œuvres de bienfaisance. La mémoire de Saint Albert le Grand est fêtée le jour anniversaire de sa mort. Béatifié par Grégoire XV le 15 septembre 1622, il fut canonisé et déclaré docteur de l’Eglise par Pie XII le 16 octobre 1931. Il est aussi « patron céleste de tous ceux qui s’adonnent à l’étude des sciences physiques et naturelles ».
La puissante voix d’Albert le Grand se fait entendre dans ses œuvres admirables. Elle nous crie de toutes ses forces que la science véritable, la foi et une vie réglée sur la foi peuvent se concilier dans l’esprit des hommes, qu’elles sont même obligées, car la foi surnaturelle est en même temps le complément et le terme le plus parfait de la science. Pie XI en 1931
Joseph Gay
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[1] La partie du clergé qui n’est pas astreinte à une règle.
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