Frère Alois :
Dans notre monde moderne il est devenu difficile pour beaucoup de croire en Dieu. L’existence de Dieu est vue souvent comme une limite imposée à la liberté humaine. Beaucoup de gens ont l’impression qu’il faut lutter seul pour construire sa vie, son bonheur. Une présence de Dieu leur semble inconcevable.
J’ai visité récemment nos frères qui vivent en Corée depuis trente ans. Avec un autre frère nous avons eu aussi des rencontres de jeunes dans d’autres pays de l’Asie du sud-est. Ce qui m’a frappé c’est que la prière y est très naturelle à presque tout le monde. Dans les différentes religions, les gens ont spontanément dans la prière une attitude de respect, voire d’adoration.
Bien sûr, dans ces sociétés il n’y a pas moins de tensions ou de violences qu’en Occident. Mais un sens de l’intériorité leur est peut-être plus accessible, un respect devant le miracle de la vie, de la création, une attention au mystère, à un au-delà.
Une des raisons pour lesquelles nous sommes ici ensemble est que nous voulons renouveler une vie intérieure. Etre témoins de la réconciliation du Christ dans le monde ne peut pas être seulement une activité extérieure. Une attention à la présence de Dieu dans notre vie est indispensable. Mais comment découvrir et toujours redécouvrir à nouveau une relation personnelle avec Dieu ?
Il y a en nous tous la soif d’un infini, d’un amour pour toujours. N’abandonnons pas ce rêve ! Dieu nous a créés avec ce désir d’un absolu. A nous d’y répondre en engageant notre vie.
Peut-être comprenons-nous très peu de chose de l’Evangile. Mais cela suffit pour nous mettre en route. Mettons en pratique le peu que nous avons saisi ! Par là nous sommes amenés à comprendre davantage. Et nous reconnaissons du même coup autour de nous d’autres personnes qui vivent de l’Evangile. C’est la beauté d’une communion dont nous faisons si fortement l’expérience ces jours.
Au Cambodge j’ai entendu des témoignages émouvants de croyants qui ont tenu bon lors des persécutions. Dans les années 70, il y a eu un génocide atroce dans ce pays. Un quart de la population a disparu. Toute religion a été interdite, les temples et les églises détruits. Et pourtant des gens ont persévéré dans la foi. Un homme qui n’avait que douze ans à l’époque raconte que, tout en travaillant dans les rizières, il priait chaque jour le Notre Père, « pour ne pas l’oublier » comme il disait.
De tels témoignages nous poussent à vivre de la confiance en Dieu nous aussi, non seulement pour un moment mais pour toute notre vie. Beaucoup de jeunes semblent craindre des engagements à long terme. Il est vrai qu’aujourd’hui nous nous sentons moins soutenus qu’autrefois par les traditions et les institutions. Le risque personnel est plus évident. C’est précisément pour cela que j’ai écrit une « Lettre à qui voudrait suivre le Christ. »
Nous ne suivons pas un idéal, nous suivons une personne, le Christ. Par l’Esprit Saint il est présent en chacun de nous. Il ne nous abandonne pas, même dans nos échecs et nos fautes. Pour dire un oui au Christ pour toute notre vie, nous ne nous appuyons pas sur nos propres forces. Mais jour après jour nous nous abandonnons à sa présence et à son pardon.
Oui, Dieu n’est que pardon et bonté. Par le Christ, Dieu est venu vers nous d’une manière inattendue : désarmé et même vulnérable. Regardons l’image admirable de la crèche suspendue devant nous. L’original est du XIIe siècle et se trouve à Zillis, en Suisse. Le plafond de la petite église de ce village est couvert de ces peintures dont vous voyez ici des copies. Est-ce que nous n’y discernons pas l’humilité, la profonde humanité de Dieu ? Que pouvons-nous faire d’autre que nous prosterner dans le silence et accueillir la présence de Dieu ? Là nous trouvons une nouvelle liberté.
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