En effet, dans son éditorial, l’Osservatore romano (service d’information du Vatican) nous dit que "dans un siècle où tout a été réduit au politique, où cette réduction ainsi que les idéologies ont conduit à une négation de l’humanité et à l’oubli de Dieu, Soljenitsyne a offert un rempart contre ces dénis et une issue pour sortir de ces tragédies".
Qui est Soljenitsyne ?
Né en 1918, Soljenitsyne grandit dans le sud de la Russie sans connaître son père, mort six moix avant sa naissance. Il fait des études en sciences et mathématiques. Puis, il suit par correspondance des cours d’histoire, de philosophie et de littérature.
L’électrochoc : la réalité du goulag
Lorsque la guerre éclate, Soljenitsyne s’engage et devient capitaine. En 1945, il se fait arrêter sur le front à la suite d’une lettre dans laquelle il critique la stratégie et la politique de Staline. Il est condamné à huit ans de prison qu’il passe dans un goulag. Profondément marqué, il relate cette expérience du goulag dans "Une journée d’Ivan Denissovitch". L’ouvrage paraît en 1962 reçoit un grand retentissement : le monde subit un électrochoc en découvrant l’horreur de ce système concentrationnaire et la réalité d’un régime tyrannique. En 1970, Soljenitsyne reçoit le Prix Nobel de littérature.

Exil et appel au retour des valeurs traditionnelles
Malgré cette reconnaissance internationale, il reste aux yeux de certains un danger par sa critique et sa position de dissident. Sa vie est rythmée par des menaces et des intimidations. D’ailleurs, il n’est pas présent lors de la cérémonie de remise de son Prix Nobel, car il craint de ne pas pouvoir retourner chez lui. Le point culminant de ces pressions est son arrestation, en 1974. Il est alors déchu de sa nationalité russe et expulsé. Commence pour lui vingt ans d’exil, durant lesquels il passe notamment en Suisse et réside au USA.
En 1994, après la chute de l’URSS, il rentre dans son pays. Entre-temps, il a continué d’écrire et a gardé son esprit très critique, tant envers l’Occident que envers l’évolution de la Russie, appelant à un retour aux valeurs morales traditionnelles.
L’hommage de l’Osservatore Romano
Le site Infocatho relate les propos de l’Osservatore Romano sur le grand écrivain russe. Pour lui, Soljenitsyne, dont la dénonciation du goulag a miné les bases du régime soviétique, n’a jamais revendiqué rien d’autre que d’être un homme, dans toute la plénitude de son humanité. S’il s’est dressé contre le régime soviétique, ce n’était pas simplement contre un système politique qu’il désavouait. Ce fut pour faire reconnaître et respecter l’homme : "Dans un siècle où tout a été réduit au politique, où cette réduction ainsi que les idéologies (nazisme, communisme) qui l’ont générée ont conduit à une négation de l’humanité comme jamais auparavant, (….) où les hommes ont oublié Dieu, l’oeuvre de Soljenitsyne a offert un rempart contre ces dénis et une issue pour sortir de ces tragédies".
Un homme de courage et de foi
Soljenitsyne restera celui qui a osé dire "non" au régime soviétique à une époque où peu de personnes se risquaient à s’exprimer aussi ouvertement : "Il était capable de parler hardiment avec les dirigeants de son pays et de l’Occident, avec le peuple, sans crainte de dire la vérité et sans s’asservir à la mode ou l’opinion publique".
Le journal souligne enfin que pour Soljenistyne "ce qui fait la valeur et la dignité irréductible de l’homme, des peuples, de l’histoire et de la nature est leur rapport avec Dieu". "Si une actualité demeure dans le nom de Soljenitsyne, c’est une actualité spirituelle".
L’hommage de l’Eglise Orthodoxe Russe
Le Patriarche Alexis II, de l’Eglise Orthodoxe Russe, a adressé un message à Natalia Soljenitsyne, veuve d’Alexandre Soljenitsyne, relevant les nombreuses épreuves qu’il a traversé avec humilité et dignité chrétienne. Soljenitsyne a survécu aux horreurs de la deuxième guerre mondiale, des jugements iniques, des camps et de l’exil. Plus encore, nous dit le président adjoint du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, l’écrivain entrera dans l’histoire en tant que "modèle de paix intérieure et de dignité humaine".
Dans le message qu’il adressait durant les obsèques, le 6 août, au monastère Donskoï de Moscou, le Patriarche Alexis II soulignait : "Le Seigneur lui a donné la force et le courage de porter sur ses épaules la lourde croix de la vérité, de travailler inlassablement comme écrivain afin de perpétuer la mémoire de ceux qui, souffrant pour la foi et la vérité pendant les troubles du siècle dernier, n’avaient pas perdu leur capacité de vivre dans l’honnêteté et selon leur conscience." Il a aussi observé qu’"il a beaucoup œuvré pour que la liberté religieuse (…) devienne une valeur réelle dans la vie spirituelle du peuple russe."
Pour plus d’infos et d’images : dossier préparé par La Croix
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