cathédrale de strasbourg

Notre-Dame de Strasbourg fête en cette année 2015 le millénaire de sa fondation. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle fêtera son jubilé de plusieurs manières. Le chanoine Michel Wackenheim présente les enjeux pastoraux de cet anniversaire. Par Chantal Joly, sur le site de l’Eglise catholique de France.

 

 

 

Comment les chrétiens se sentent-ils concernés ?

Nous avons constaté à la faveur de ce Millénaire que toutes les communautés de l’archidiocèse (un des plus grands de France !) y sont sensibles. Au-delà de Strasbourg, c’est un monument emblématique de l’Alsace et des Alsaciens. Alors que nous recevons déjà en temps ordinaire 4 millions de personnes, l’augmentation de la fréquentation est de 20 à 30%. La cathédrale a notamment accueilli une trentaine de pèlerinages organisés par zones pastorales. Chaque mercredi, des groupes d’une centaine de personnes venaient y suivre un périple en sept stations, déjeunaient à la maison paroissiale et, l’après-midi, avaient quartier libre pour visiter.


Le 18 janvier – début de la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens – la cathédrale était pleine pour la célébration œcuménique au cours de laquelle nous nous sommes souvenus avec force et émotion des  années de présence des protestants dans les lieux, de 1524 à 1681.


Le 27 juin dernier, Mgr Joseph Doré, prédécesseur de Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg, était présent à la cérémonie d’installation d’une plaque commémorative en réhabilitation du sauveteur de la flèche du bâtiment, l’architecte Johann Knauth, qui orchestra ses travaux de consolidation avant d’être expulsé en Allemagne à la fin de la guerre de 14-18. Enfin, pour la clôture du millénaire, le 6 septembre, les paroisses et les doyennés sont invités à participer à la célébration de la Dédicace de la cathédrale, mère de toutes les églises du diocèse, à laquelle participeront une quinzaine d’évêques.

 

 


De très nombreuses festivités rythment cet anniversaire. Comment l’Église y est-elle associée ?

Je tiens à rendre un hommage appuyé à la ville de Strasbourg qui a organisé, dans et aux abords de la cathédrale, ses propres manifestations et soutenu les nôtres en y consentant des sommes très importantes. La ville est de fait doublement concernée. Elle l’est au nom de ce patrimoine qui fait sa réputation mais aussi dans la mesure où c’est elle qui entretient le bâtiment, sous la conduite de son propriétaire, l’État. Nous disposons à Strasbourg d’une fondation originale, l’œuvre Notre-Dame avec une trentaine de compagnons tailleurs et sculpteurs payés par la ville. Trois actions municipales méritent d’être particulièrement signalées : l’évacuation définitive des voitures de la place du château, les illuminations de cet été et, en 2016, l’installation de 600 points lumineux qui permettront une nouvelle mise en lumière extraordinaire. Des réunions tripartites Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), Ville et Église, affectataire des lieux, nous réunissent toutes les six semaines. Elles se font dans un réel climat de coopération et de respect.
 

 

 

Dans notre société sécularisée, la cathédrale s’impose peut-être davantage en tant que chef d’œuvre architectural que comme témoignage de foi. Comment concilier lieu de culte et ouverture aux touristes et en faire un outil d’évangélisation ?

Effectivement cette cohabitation touristes/paroissiens est une difficulté grandissante car l’incivilité augmente. En même temps, il nous apparaît très clairement que beaucoup de personnes qui viennent admirer nos vitraux ou nos gargouilles sont en recherche de lieux pour se recueillir. Permettez-moi deux anecdotes : pour l’Ascension, cette réflexion d’un couple de Périgueux empêché de circuler dans le bâtiment en raison de nos célébrations : « Mais vous ne faites que prier là-dedans ! » et cette question à l’issue d’une visite : « Où est-ce qu’on peut prier ? ». Le Millénaire nous a permis de réfléchir à tout cela. Nous allons donc lancer à l’automne, avec des guides formés, des visites gratuites à caractère spirituel en complément des visites historiques et architecturales proposées par les guides de l’Office du tourisme. Nous avons également décidé d’isoler la chapelle St Laurent pour aménager un espace de prière. Ce sont quelques-uns des fruits du Millénaire. Face au poids du passé, le défi est de rester une cathédrale spirituellement vivante.

 

Source : ECF

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