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Sur le Chemin de St. Jacques, entre Genève et St-Genix-sur-Guiers

lundi 23 juin 2008

Le train de la Broye égrenait les arrêts et au fil des haltes montaient les compagnons pèlerins : André, Matias et Pablo, Laure et Marie, Adrien, Judith, Yoann, Julien et Dominique.

lundi 24 mars : Genève à Beaumont

Le train nous a mené jusqu’à la gare de Genève. Nous avions rendez-vous à 10h00 à la cathédrale avec la secrétaire et le président de l’association des pèlerins de Suisse. Ils ont fait l’accueil et l’introduction au pèlerinage, puis nous ont distribué les crédentiales.
Démarrage par un froid mordant. Le balisage à travers la ville est impeccable. Il suffisait de suivre les coquilles stylisées sur fond bleu et les panneaux pédestres munis d’un chiffre 4.
Le chemin nous a mené rapidement hors de la ville et les routes goudronnées cédaient la place aux chemins de campagne.
Juste avant la frontière nous avons fait la pause de midi à Combesière (on y trouve un musée de l’ordre de Malte – à visiter une fois qu’il sera ouvert). Une magnifique salle à poutres apparentes, chauffée, nous a accueillis pour le pic-nic. Avant de reprendre la route, un petit temps de recueillement.
Nous avons passé la frontière sans nous faire remarquer. Juste le tampon atteste notre passage (il est caché dans une boîte… sous un arbre… au bord de la route). Et finalement, nous sommes arrivés à Beaumont vers les 16h00.
Yoann et André

mardi 25 mars : Beaumont à Chaumont

Nous sommes partis de Beaumont vers 10h20. Nous craignions une tempête de neige mais nous avons eu du soleil et moins de vent qu’hier. Les paysages étaient magnifiques ! Toute cette neige, tellement blanche, si lisse, pure.
Cette neige, si belle fût-elle, ralentit la progression. Pas évident d’en avoir jusqu’aux genoux ! Enfin, plusieurs fois nous avons pu choisir entre route dégagée et champ enneigé.

A midi, ayant traversé plusieurs hameaux sans trouver d’église, nous avons (enfin !) mangé devant une ferme inhabitée. On avait un peu froid mais au moins on mangeait !
Deux kilomètres après, nous sommes arrivés à une église (dédiée à St André). Nous avons eu notre moment de recueillement-partage sur l’exile à Sarepta d’Elie. Il en ressorti que l’on s’enrichit plus auprès des autres que seul, qu’il est difficile de donner le superflu mais qu’il est encore plus dur de donner ce qui nous est vital, qu’il est important de partager et d’oser l’inimaginable car il est souvent récompensé. L’après-midi, spontanément, nous étions beaucoup plus ensemble, sauf « Speedy Dom » qui, porté par les pensées de sa chérie, s’est vu pousser des ailes !
A 5 kilomètres de notre destination finale, nous sommes tombés sur une statue de Marie. André et Dominique ont récité un "Je vous salue Marie" et nous avons médité à leurs côtés.

Nous sommes arrivés à Chaumont à 18h, fatigués. Nous avons reçu un accueil très chaleureux. Paradoxalement, les pièces étaient très froides, ce qui donna lieu à une guerre pour le seul, l’unique, chauffant, radiateur !
Après un bon copieux repas (avec découverte de la tome de Savoie) chacun a pris soin de tous ses bobos…. Aïe !
Puis nous sommes tombés de fatigue !
Marie et Pablo

mercredi 26 mars : Chaumont à Seyssel

jeudi 27 mars : Les Côtes sur Seyssel à Chanaz

Au petit matin, nous sommes allés manger le déjeuner chez notre taverniste. Ce repas nous a permis de prendre des forces en vue de la marche de 26 km à accomplir.
A 9 heures pille nous avions fait un moment de recueillement pour chanter et lire un passage du texte d’Elie avant notre départ.

Lors du départ, nous nous séparâmes en 2 groupes, certains voulant contempler le petit village de Seyssel, ce qui leur rajouta quelques kilomètres supplémentaires au total des kilomètres a accomplir, les autres choisirent la version simplifiée en sortant du village.
En marchant, nous fûmes surpris par le terrain abrupt d’une dénivellation de 40 mètres sur un trajet court, alors que selon les estimations de Pablo, nous n’avions qu’un faux plat.

Aux environs de 13 heures, nous nous arrêtâmes dans un village pittoresque dénommé Mathy pour pique-niquer, donc nous rassasier devant l’église fermée au public.
A ce moment, nous apprîmes à notre grande surprise que nous n’avions que 22 kilomètres à parcourir au lieu de 26.

C’en suivit d’une petite promenade de quelques heures dans les bois marécageux situés près du Rhône. Jusqu’à ce que nous en fussions sorti, un soleil flamboyant nous brûlant le minois de fit sentir.

Aux environs de 16 heures nous arrivâmes avec fierté aux bungalows de Chanaz.
Adrien

vendredi 28 mars : Chanaz à Saint Maurice de Rotherens

Réveil très matinal (06h30 !!!) – et donc un peu pénible - dans les bungalows du camping de Chanaz. Nous savons d’avance que la journée sera longue… Grâce à la bonne volonté de tous, nous commençons par le recueillement à 07h00, centré sur l’affreuse histoire de Naboth.
Le petit déjeuner est magnifique. Ceux qui sont allés faire des courses si tôt ont même rapporté des pains au chocolat !
Les rangements par contre sont poussifs : les préposés manifestent une certaine inertie et une inexpérience certaine en la matière. Sans être maniaque, André pose des exigences de qualité.

On ne quitte finalement le camping qu’à 09h20. Après le joli pont arqué, on s’attend à seize kilomètres faciles et à plat jusqu’à Yenne. Le chemin nous propose au contraire une rude montée dès le début… « La pente du matin n’arrête pas le pèlerin ! » Même si elle paraît interminable. Elle ne l’arrête pas, mais elle le ralentit.
Une belle solidarité permet de soutenir ceux dont les pieds sont le plus meurtris, y compris en portant un sac de plus à tour de rôle.

A midi, on s’arrête pour partager un premier encas à Jongieux : restes bienvenus de pain, de fruits et de chocolat. Merci à ceux qui ont pensé à prendre cela et qui l’ont porté !
A 13h30, au sommet de la côte, nous passons en pleine nature à côté de statues de St Jacques et de Pèlerins, puis nous vivons un recueillement dans l’herbe devant la chapelle Saint Romain.

Les quatre plus courageux et plus en forme partent en avant dans le but d’aller jusqu’au bout des 37 kilomètres à pieds en fonçant.
Les six autres rejoignent tranquillement Yenne. Après une descente très glissante, un charmant sentier longe le bord du Rhône. Dans cette forêt de conte de fées, les chants d’innombrables oiseaux nous accompagnent. Pour certains, c’est le premier chant du merle cette année. Ce petit groupe de six arrivent enfin à Yenne et peuvent dîner à 16h, sur un banc derrière l’église, grâce à Marie et Pablo qui ont fait les courses. En attendant que le propriétaire du gîte réservé pour la nuit, Louis Revel, vienne les chercher avec son bus, ils boivent un chocolat chaud en ville. Pour eux, c’est une arrivée tranquille dans l’étonnante maison - en chantier perpétuel - de Saint Maurice. Ils ont tout le loisir de découvrir ce nid d’aigle perché à l’extrême limite du Jura géologique et de profiter de la vue panoramique. Et maintenant, il n’y a plus qu’à attendre les 4 courageux qui ont choisi de faire tout le trajet à pieds…

Pendant ce temps, les quatre téméraires avaient foncé jusqu’à Yenne. Ils y ont aussi fait des courses et repris des forces.. Ensuite, sur l’antique chemin celte – avec vue sublime sur le Rhône et sur l’horizon – ils font l’ascension du col du Mont Tournier. Cette balade commence magnifiquement. Avec un peu d’euphorie, le groupe pulvérise les temps de trajets inscrits sur les panneaux.
Mais la pente devient de plus en plus raide et longue. Le groupe se sépare malheureusement en trois avant l’arrivée de la nuit. Quelques moments de grande solitude…

Le genou d’André, resté seul en arrière, lâche. Le sol est maintenant couvert de neige. La nuit tombe rapidement. Son portable n’a pas de réseau. André vérifie que la communication avec Dieu passe partout. Au même moment, Louis Revel et Dominique, très en souci pour ceux qui n’arrivent pas, font la même expérience de prière fervente et partent en voiture sillonner les petites routes à la recherche des éventuels égarés.
A l’orée de la forêt, Matias répond le premier aux klaxons et aux appels. Il accepte à contrecœur de se faire déposer au gîte. Il aurait préféré marcher jusqu’au bout par ses propres moyens…
Heureusement, André retrouve Judith et Adrien. Ils peuvent se soutenir et s’encourager mutuellement. Par exemple, à trois, dans la nuit, l’angoisse d’être chargé par un sanglier s’estompe …
Cette petite équipe arrive trente minutes plus tard sur la route qui vient du col. Tout est bien qui finit bien. Quel soulagement pour les uns et pour les autres ! Quel bonheur d’être tous réunis en bon état pour le repas du soir ! Ces péripéties ont inscrit en chacun de nous deux enseignements :
- a) il ne faut jamais, sous aucun prétexte, se séparer dans ce genre de randonnées quand la nuit arrive
- b) Dieu exauce parfois les prières des pèlerins et de leurs amis…

Deux pèlerins suisses de 78 ans – Georges et Micheline, anciens boulangers à Orbe – sont là avec nous. Ils sont bouleversants de courage et de gentillesse. Ils décident de nous accompagner jusqu’au lendemain soir. Leur histoire nous touche. Plusieurs continueront à penser à ce couple en espérant qu’ils vont réaliser leur projet d’aller jusqu’à Compostelle. Puisse cette aventure renouveler leurs forces morales et leur santé fragilisées.
Pendant le repas, notre hôte, ancien curé, nous raconte sa version de l’histoire de Saint Maurice et de ses compagnons et la manière dont leurs têtes coupées ont été miraculeusement transportées par le fleuve jusque dans cette région.
Chantal, qui est venu l’aider, nous partage la manière dont sa vie a basculé vers l’épanouissement depuis qu’elle a entrepris le Chemin !
Un moment de prière très simple nous permet de nous serrer les coudes en découvrant l’oratoire créé en ce lieu, dédié au prophète Elie (encore lui !), nourri par les corbeaux et par le souffle silencieux de Dieu.
Malgré la joie des retrouvailles, malgré la truculence de Louis, malgré la gentillesse de Chantal, malgré le beau feu de cheminée autour duquel nous terminons la journée en faisant le point, l’ambiance du groupe est plombée. La fatigue, le froid, les douleurs, le stress des derniers évènements, quelques mécontentements accumulés conduisent plusieurs d’entre nous à voir tout en noir et à tirer un bilan provisoire de notre expédition teinté de déception et de frustrations.

Heureusement, on va pouvoir dormir longtemps cette nuit. Ceux qui ne dorment pas encore se serrent les coudes autour des flammes. A minuit, on fait un premier signe d’amitié à Matias qui fête ses vingt ans !
Dominique et Matias

samedi 29 mars : Saint Maurice de Rotherens à Saint-Genix-sur-Guiers

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