C’est aisé.
En fait, non, le titre ne colle pas. Taizé is not easy. Ce n’est pas facile d’entrer dans ce monde qui réunit d’année en année des milliers de jeunes de toute l’Europe en ce qui nous concerne, du monde entier si l’on prend en compte les rassemblements des autres continents. Ils se comprennent déjà peu au premier degré, ces jeunes qui débarquent par groupes sans savoir ce que le groupe d’à côté baragouine comme langue ou dialecte local. Sont-ils en train d’imiter des bruitages d’animaux de la ferme ou de tenir une discussion animée sur la foi, ces Européens-de-l’Est-qui-rigolent-dans-la-halle-du-réfectoire ? Saisissent-ils vraiment l’ampleur de ce qui se passe dans leurs coeurs dans cet atmosphère si particulière ? Frère Roger saurait-il expliquer comment son initiative de prière œcuménique lancée dans un bled perdu de Bourgogne s’est ainsi étendue ? Les voisins bourguignons eux-mêmes comprennent-ils comment on peut recevoir autant d’invités, heureux de revenir à chaque fois, en leur servant de la bouffe aussi dégueulasse ? On n’entre pas dans la prière de Taizé comme on entre dans une boutique fashion. Pour s’en imprégner, un certain temps d’accoutumance est nécessaire. Il faut dire que le pèlerin a besoin d’être motivé pour s’entendre seriner des chants répétitifs, à genoux par terre, en se tortillant pour trouver la position la plus confortable, le tout pendant une heure ! Allez comprendre. Par-dessus le marché, une des phrases entendues de manière récurrente chez ceux qui s’engagent de manière spectaculaire dans l’organisation des pèlerinages de confiance est la suivante : « Je n’ai toujours pas compris comment j’en suis arrivé(e) là, mais je me sens bien ».
Au cours de la prière elle-même, la même chose se reproduit en quelque sorte. On se sent relié à droite, à gauche, en profondeur, en haut, sans vraiment savoir ce qui se passe. Est-ce que ça vaut la peine de le savoir ? Probablement pas. L’une de mes mélodies préférées est celle du chant « Wyslawiajcie Pana ». Ne me demandez pas ce que cela veut dire, je n’en ai aucune idée. J’ai lu la traduction plusieurs fois sur les feuillets, pour l’oublier à chaque fois presque aussitôt. Pourtant, pourtant, ce chant me fait partir presque à tous les coups, m’emplit d’un bien-être sûrement très proche de ce que le Christ a voulu pour nous. Je n’y comprends rien, c’est très bien comme ça. Je me demande ce qu’ils chantent en Asie !
C’est Taizé.
Jérôme Prévost
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