preche de st paul

On estime que Paul arrive à Antioche vers 46. Il se met alors entièrement au service d’une église qui voit le nombre de ses adeptes se multiplier. Comme je l’ai déjà souligné, cette dernière prend un visage universel et l’enseignement de Paul, rabbin de formation, fait merveille. La jeune communauté s’organise sur le modèle des assemblées synagogales. Elle se sent désormais assez forte pour prendre son propre destin entre ses mains.

Luc en fait le récit en Actes 13,1-5 :

 

« Or il y avait dans l’Église qui était à Antioche des prophètes et des hommes chargés d’enseigner… Un jour qu’ils célébraient le culte du Seigneur et qu’ils jeûnaient, l’Esprit Saint leur dit : « Mettez à part pour moi Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir. Eux donc, envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie et de là s’embarquèrent pour Chypre ; arrivés à Salamine, ils annonçaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. »


Ainsi commence une période des plus riche de l’histoire du christianisme, celle qui voit Saul (ou Paul) et Barnabé d’abord, puis Paul et quelques compagnons de route – dont probablement Luc, l’auteur de l’évangile écrit sous son nom et des Actes – entreprendre trois voyages successifs qui les emmèneront dans les grandes villes de l’Asie mineure, la Turquie actuelle, puis la Grèce et finalement à Rome où Paul sera emmené prisonnier. À pied le plus souvent et en bateau, lorsque c’est possible, ils vont parcourir plus de 5000 kilomètres, s’arrêter dans les villes les plus importantes et annoncer « l’évangile de Dieu » dans les synagogues juives d’abord, puis, en fonctions des lieux et des circonstances, à toute la population locale.

 

 

 

Première étape

Les Actes décrivent les différentes étapes de ces voyages missionnaires. La première, la plus significative, est celle d’Antioche de Pisidie (Ac 13,14-46). Paul et Barnabé y trouvent une forte communauté juive qu’ils rencontrent lors du premier jour de sabbat qu’ils y passent. Comme le veut la coutume, les voyageurs sont invités à prendre la parole. Paul accepte l’invitation et annonce sans plus attendre, que Jésus, le crucifié du Golgotha et le rejeté par les autorités de Jérusalem, est le Messie de Dieu et qu’il est ressuscité d’entre les morts. L’exhortation est claire : « Sachez-le donc, frères, grâce à Jésus, le pardon des péchés vous est annoncé ; alors que, par la loi de Moïse, vous ne pouvez pas être délivrés de vos péchés ni devenir justes, par Jésus, tout homme qui croit devient juste. » (Ac 13,38-39) L’effet est immédiat. Alors qu’on invite Paul et Barnabé à revenir lors du prochain sabbat, un premier groupe de juifs et de sympathisants les suivent pour en apprendre davantage sur Jésus.

 

Mais le sabbat suivant, la situation change du tout au tout. Une foule de gens est venue pour les entendre. Ce succès a le don d’exaspérer les responsables de la synagogue. Il se mettent alors à le contredire et l’injurier. Lui y voit un signe de l’Esprit et annonce sans plus attendre : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. » (13,46) Le cadre de l’action de Paul, en particulier, est planté. Désormais, s’il continue à s’adresser en priorité aux communautés juives durant ses voyages, – tout en sachant qu’il risque de susciter contre lui la haine de ses anciens coreligionnaires – il se tourne de plus en plus résolument vers les populations locales au sein desquelles il trouve de nombreuses personnes cherchant Dieu et prêtes à écouter sa parole.

 

 

 

Avant tout : l’évangile de Dieu

Il vaut la peine de suivre Paul dans les périples qui le conduisent dans différentes villes, l’obligent à s’adapter aux peuples qu’il rencontre. Sa parole suscite des réactions tantôt enthousiastes, tantôt hostiles qui lui valent d’être mis en prison, traîné devant la justice ou laissé à moitié mort à la suite d’une lapidation. Rien ne l’arrête et ne parvient à le faire fléchir dans son désir d’annoncer « l’évangile de Dieu » partout où l’Esprit le conduit. Les événements, les échecs ou le résultat de sa prédication sont autant de signes qui lui indiquent la route à suivre.

 

De nouvelles communautés naissent sous l’impulsion de celles et ceux qui accueillent sa parole et manifestent leur foi en Jésus le Ressuscité. Des femmes comme Lydia à Philippe ou Damaris à Athènes, un couple, Aquilas et Priscilla à Corinthe, des hommes, Luc, Timothée et Tite. Certains rassemblent autour d’eux des communautés de croyants et les animent, d’autres font route avec Paul pour l’aider dans son travail, ou alors deviennent les animateurs que Paul laisse après son passage. Il ne s’agit pas pour lui de susciter un premier groupe de croyants et de les laisser se débrouiller seuls par la suite. Il en porte le souci, revient les visiter ou leur envoie des lettres pour les encourager, répondre aux questions que certains se posent, ou pour préciser son propre enseignement.

 

 

 

Lettres

Ses premières lettres sont écrites vers 51, aux disciples de Thessalonique, mais également aux églises de Philippe, Colosse, Galatie et les plus grandes, Corinthe, Rome, Éphèse. Elles sont parvenues jusqu’à nous et constituent le premier socle de ce qui deviendra bientôt le Nouveau Testament. Cet ensemble de lettres rassemblent l’enseignement de Paul et invite chaque croyant à ne plus vivre selon la chair, c’est-à-dire selon des modes du temps – mais à se laisser guider par l’Esprit qui a été donné à chacun. Leur succès n’était pas programmé d’avance, Paul ne jouissant pas du prestige des apôtres de Jésus. Leur succès vient du fait qu’elles répondent à des questions d’organisation concrètes. Elles seront recopiées et envoyées aux communautés qui les réclament.

 

« Béni sois-tu, Dieu notre Père, qui as mis ton Esprit de force, de sagesse et d’intelligence dans le cœur de Paul, pour en faire ton apôtre au milieu des nations. Durant toute sa vie, il rencontrera sur sa route une hostilité grandissante. Mais rien ni personne ne parviendra à le faire fléchir. De Jérusalem à Rome, homme libre ou prisonnier attendant le jugement de l’empereur, il ne cesse de proclamer ta Parole, d’annoncer la résurrection de ton Fils Jésus et de rester fidèle à l’Esprit qui l’anime, lui parle et lui donne les forces qui lui permettront dans cesse de se relever. Mieux que tout autre, il a compris ton amour pour nous et sa parole ne cesse d’inviter chacune et chacun à produire les fruits de l’Esprit. Donne-nous d’entendre aujourd’hui son message et de le suivre sur le chemin de la fidélité et d’un amour authentique. »

 


Roland Bugnon, congrégation du Saint-Esprit, investi dans des tâches d’animation spirituelle et biblique à Fribourg

 

 

Source : Interbible

 

Logo : Le prêche de saint Paul. Joseph-Benoît Suvée, circa 1779. Huile sur toile, 50 x 38 cm. Los Angeles County Museum of Art (Wikimedia).