Dieu a changé de visage
Nous arrivons au terme de notre court périple à travers les interrogations suscitées par le scandale de la souffrance. Ramassons en quelques phrases ce que nous avons pu glaner, et tâchons de conclure ces trop courts articles.
Partout, le mal est d’abord souffrance de Dieu. Car Il est là où la dignité est bafouée. Il est là où la révolte gronde. Il est avec tous ceux qui le nient pour éviter de l’affubler d’un visage de monstre. Il est celui qui donne au mal son visage si scandaleux, parce qu’il en est justement victime, en toute victime. Dieu est en péril. Dieu meurt sur nos trottoirs. Dieu meurt dans l’oubli de toutes les solitudes. Dieu meurt dans nos indifférences. Dieu est là, dans cet enfant que l’on tue. Dieu meurt dans nos soifs d’avoir qui crucifient quatre-vingts pourcents de l’humanité pour gonfler le ventre de vingt pourcents de nantis. Dieu n’est pas absent, lointain, hors du drame, Dieu est là, fidèle à son Alliance, malgré tout ce qui nous défigure, malgré tout ce qui nous blesse et malgré tout ce qui l’atteint. Dieu est là. Dieu est cet Amour blessé à mort qu’il s’agit d’accueillir, et de relever par notre amour.
Nous sommes responsables de Lui
Voilà ce que nous dit le scandale de la souffrance, si l’on va au bout de son cri. Il nous dit que nous avons la charge de Dieu, en nous et dans les autres. « Je suis celui que tu persécutes » (Ac 9,5), dit le Christ à Paul. Et à tous il nous dit Son visage, identifié à tout visage humain : « j’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais en prison, j’étais nu… c’était moi. » (cf. Mt 25,31s). Nous sommes responsables de Dieu. Cela doit faire urgence, et nous interdire tout retrait à notre engagement pour le prochain. Si je saisis vraiment cela, comment puis-je ne rien faire ? Quel engagement suis-je invité à prendre ? Pas demain, pas après la pesée de tous mes intérêts, mais aujourd’hui, maintenant, dans cette urgence d’un Dieu qui meurt parce que partout des innocents souffrent ou meurent… ! Dieu est en péril. Des enfants, des femmes, des hommes sont en péril. C’est un seul et même drame. Celui de Dieu, et de l’humanité…
Je souhaiterais vous quitter, amis qui m’avez lu, peut-être, jusqu’ici, en vous laissant en guise de conclusion quelques paroles de Maurice Zundel, saint des temps modernes, prêtre, théologien et poète extraordinaire qui a habité en filigrane tous mes articles jusqu’ici, et que je vous invite à découvrir si vous ne le connaissez pas encore, parce qu’il en vaut vraiment la peine ! Je vous laisse avec ce texte. Je vous laisse avec ces mots. Puissent-ils pour chacune et chacun de vous ne pas rester que lettres, mais prendre l’envol de ces oiseaux libres qui reviennent tournoyer sur vos têtes avec des cris de joie, et redire en vols de libertés qu’ils vous appellent à monter, à la caresse du Vent, vers la Lumière.
« Le vrai Dieu, qui est précisément cet Amour Crucifié, est tout entier remis entre nos mains. Chacun de nous peut le tuer, chacun de nous peut le reconduire au Jardin de l’Agonie. Mais chacun de nous aussi, heureusement, peut le détacher de la Croix et faire de lui, en lui-même, un Dieu Vivant et Ressuscité… Notre liberté a la mesure de la Croix, notre dignité a la caution de cet Amour… Chaque battement de votre cœur est nécessaire à l’accomplissement du règne de Dieu et peut contribuer à fermer l’anneau d’or des fiançailles éternelles. » (Maurice Zundel)
En espérant n’avoir pas trop répondu à vos questions, car les vraies réponses sont à trouver et affermir en chacune et chacun de vous, là où Dieu vous parle et vous appelle, je vous remercie de m’avoir suivi jusqu’ici ! Je vous souhaite une Fête de Pâques pleine de la présence du Vivant, Dieu de notre humanité en tout ce qu’elle a de joies et de douleurs, destinée à son Amour, au cœur de son Cœur, aboutissement de l’Alliance, Royaume à venir, et déjà là !…
Au revoir !
François Rouiller
Si vous souhaitez, réagir, vous pouvez m’écrire à : francois.rouiller@cath-vd.ch
En post scriptum (je vous l’avais promis !) un ou deux livres parmi la foison d’ouvrages sur le sujet, si vous souhaitez continuer ou approfondir la réflexion :
Difficulté : facile ou moyenne
François Rouiller, « Le scandale du mal et de la souffrance chez Maurice Zundel », Ed. St-Augustin, 2002
Charles Wackenheim, « Le chrétien et la question du mal », Editions du Signe.
Pour ceux qui ont envie de s’accrocher :
Adolphe Gesché, « Le mal », Coll. Dieu pour penser, CERF, 2002
Hans Jonas, « Le concept de Dieu après Auschwitz », Payot & Rivages, 1994
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