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Vacances d’été : petit retour aux sources

vendredi 1er juillet 2011

Qui dit « juillet » et « août » dit « été », qui dit « été » dit… « Vacances » ! Petite rétrospective historico-culturelle autour de noms communs finalement pas si communs que ça.

En effet, si les mots ont un sens, ils ont aussi une histoire que l’on peut remonter au fil des siècles.

Saviez-vous, par exemple, que le mois de juillet, mois des examens pour certain(e)s, était le « Julius mensis », nom latin pour le « mois de Julius », en l’honneur de l’empereur Jules César, né ce même mois ? Dès 1213, l’ancien français parlera de « juil », avec le sens actuel de mois de juillet. Sous l’influence de juin et de ses formes diminutives telles « juignet » ou « juigniet » signifiant « petit juin » (hé, je vous vois venir, petits rigolos ! :-), au XIIIème siècle « juil » deviendra notre « juillet » (ou « petit Jules », pas sûr que ça eût plu à César :-).

De même, le mois d’août (celui que chantent les chats… « mi août » :-) vient du latin « Augustus mensis », le « mois d’Auguste », rendant ainsi hommage à l’empereur Auguste. Rappelons qu’« Augustus » qui devint en bas latin « agustus » (puis « aoust » au XIIème siècle) avait le sens de « consacré par les augures », c.-à-d. les présages, dans un sens favorable.

L’été, lui, comme tous les étés, sera chaud ! Pas étonnant avec sa racine indo-européenne « aidh », signifiant « brûler », « allumer » et que l’on retrouve dans le nom latin « aestatem », accusatif de « aestas » (« le temps de la chaleur »), qui avait déjà le sens de été. Dès 1140, on prononçait « esté » et ce n’est qu’au XVIIème siècle que l’on trouve notre forme actuelle « été ».

Qu’en est-il des vacances ? Car c’est finalement ce qui nous intéresse, non ? Ce nom vient de « vacant », du latin « vacans », participe passé du verbe « vacare » signifiant « être libre, inoccupé, oisif, vacant ». Curieusement, ce verbe a donné en français « vaquer » qui signifie aussi bien « s’occuper à faire quelque chose », que « suspendre ses fonctions, être en vacances, ne rien faire, quoi ! ».
Paradoxal ? Non, pas plus que la nature humaine et ça explique pourquoi, chez le « vacancier » (le « vacant estival », vous me suivez ?), on trouve aussi bien le type « avaleur de kilomètres » que le type « farniente ». A noter finalement que du verbe « vacare » est tiré l’adjectif « vacuus » qui veut dire « vide », mais nous y reviendrons. Promis !

Et puis, Dieu a également pris des vacances, vous vous en souvenez, tout au début, il y a fort, fort longtemps, le septième jour ?
« Dieu acheva au septième jour l’oeuvre qu’il avait faite. Il se reposa (littéralement il chôma en lui-même) au septième jour, de toute l’oeuvre qu’il avait faite. » (Genèse 2,2)
Or, le verbe « chômer » trouve sa source au XIIème siècle, du bas latin « caumare », « se reposer durant la chaleur ». Vous voyez où je veux en venir ? Mais oui ! Dieu finit son oeuvre de création en été ! D’où, comme nous autres pauvres humains, son besoin de vacances !… Meuh non ! Je blague… :-)

Plus sérieusement, la chrétienté du Moyen-Age qui cessait déjà le travail par temps de grosse chaleur, en profitait pour rappeler que le travail, fort distrayant pour l’esprit, empêchait les fidèles de penser à Dieu, alors que l’arrêt du travail (le chômage) pouvait profiter à la prière. Rappelons que l’on chômait aussi lors de la fête d’un saint, d’où l’usage de l’expression « chômer la fête d’un saint » et, par ellipse, « chômer un saint ». Cette transition entre prier un saint et le fêter fit que l’on associa le chômage à l’idée de fête (pas sûr que nos chômeurs actuels apprécient…). Un jour chômé était donc une fête. De là à supposer que lorsque Dieu « chôma » au septième jour, s’il ne fit pas la fête (quoique, connaissant l’humour de Dieu… :-), ce jour en fut cependant une !
Notons que dans Exode (31,17), qui parle du même épisode, il est dit non pas que Dieu chôma, mais qu’Il a « repris haleine » le septième jour. Le mot hébreu pour « haleine » c’est « nèfèsh », qui désigne à l’origine le « souffle vital ». Une haleine, donc, à vous couper le souffle !

Finalement, je reviens, comme promis, à notre adjectif latin « vacuus » ou « vide » en français, qui me fait penser, par analogie, à la vision de la mystique juive, ou kabbale, de la création du monde. Vous avez peut-être entendu parler du « Tsimtsoum » qui veut dire « contraction » en hébreu ?… Non ?

Pour faire court, Dieu, plutôt que de créer le monde à partir de rien (pas bête Dieu, Il savait bien comme le philosophe Parménide que « de rien, rien ne vient »), il le créa à partir du Tout, c.-à-d. à partir de Lui-même. Le problème, c’est que pour les mystiques juifs, Dieu étant Tout, rien ne peut exister en dehors de Lui. Logique, non ? Mais Dieu il est pire fort ! Comme l’explique le philosophe André Comte-Sponville : « par amour, Dieu s’est « vidé » de sa divinité (« vacuus », vous vous souvenez ? »), il s’est retiré, contracté, afin que dans ce retrait, cette contraction (la création), dans cette distance (l’espace), dans cette attente (le temps), dans ce « vide » de Dieu (l’univers), autre chose que Lui puisse exister. Créer, pour Dieu, ce n’est pas ajouter du bien à celui, infini, qu’Il est (comment Dieu pourrait-il faire mieux que Dieu, puisqu’il est tout le Bien possible ?) ; c’est consentir à n’être pas tout. La création du monde n’est donc pas une augmentation ou un progrès, comme le croient naïvement les humains, mais une soustraction, une diminution, comme une amputation, par Dieu, de soi ». Trop fort Dieu !

Hou là là ! Après ce petit retour aux sources, besoin de vacances les p’tits Jules ? (euh… loups :-)

Ce temps estival, ce temps de vacances, je vous le souhaite donc sous de bonnes augures… à des kilomètres ou simplement « farniente »… un temps pour vous « décontracter », vous ressourcer en faisant, au choix, le plein d’énergie vitale ou le vide créatif… un temps, surtout, pour faire de chaque jour un jour sacré… un sacré jour… un jour de fête !

Christian Rossier

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