fenetre soleil_sxc hu

Enfant, je voulais être très vite grand. À vingt ans j’avais toute la vie devant. À quarante ans, j’espérais faire carrière. À soixante j’ai commencé à faire le bilan de ma vie.

 

Aujourd’hui, j’ai vraiment très envie de viser l’essentiel. Je mets toute mon énergie pour aller au cœur des choses et des personnes. J’ai un désir profond de partager ce qui me fait vivre et qui donne vie, pour que dans ma parole et dans mes actes, puisse apparaître la Vie. C’est ce qui a fondé d’ailleurs, ma vocation d’animateur en Eglise.

Mais est-ce que le désir et l’envie suffisent pour que je puisse atteindre ces objectifs ?

 

Les problèmes et les défis qui m’apparaissent de plus en plus évidents, c’est qu’en même temps que moi sur la terre, environ huit milliards de personnes vivent, grandissent, espèrent. Des idées se partagent, des trajectoires se côtoient, des hommes et des femmes se rencontrent, se parlent, s’affrontent, se tuent, s’aiment, s’unissent, se séparent, se fuient, se contaminent, se guérissent…

Des projets fleurissent de toute part. Chacun, à sa manière, cherche des chemins qui peuvent parfois être semblables mais aussi parfois opposés, pour atteindre des objectifs qui ne sont pas forcément les miens.

Le cœur de la planète bat toujours plus vite. Il s’emballe au rythme de la mondialisation, des échanges culturels, politiques, commerciaux et sociaux. L’Homme produit de nouvelles habitudes, de nouvelles morales, de nouveaux modes de vie. Tout semble changer à l’aune des recherches et des découvertes, au tempo et au gré des événements qui font et défont l’actualité, qui bouleversent la vie.

 

Serions-nous à la veille de la fin d’un monde et à l’aube d’une nouvelle ère ?

 

Que penser et que faire ? D’où et de qui nous viendra le salut ?

Des paroles de chansons me viennent à l’esprit :

 

Les événements de ma vie de ces dernières années m’enseignent que je peux donner le meilleur de moi-même, mais que cela ne suffit parfois, ni à changer le monde, ni à me rendre totalement heureux. Y aurait-il donc une recette miracle que je n’ai pas encore découvert ? Une manière de faire ou une formule magique pour atteindre le bonheur et « faire le bonheur des autres » ?

 

Sur mon chemin, j’essaie de m’entourer de compagnons qui m’aident à avancer. Je m’appuie sur eux et sur ma foi au Christ, que je ressens comme un frère. Il y a aussi, cette parole de sainte Thérèse d’Avila qui tempère mon impatience :

« Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. Tout passe, Dieu ne change pas. La patience obtient tout ; Celui qui a Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ».

 

Mais le chemin de la vie est parfois si long et tortueux. Il y a des moments où mes pieds me font mal et la fatigue se fait sentir. Je doute un peu sur la direction que j’ai prise. Les choix assumés au début, me conduisent à un sous-bois qui paraît infranchissable car des ronces déchirent mes habits et blessent ma chair.

 

Alors, il m’arrive de me demander : combien de chemins faudra-t-il prendre, avant de trouver le bon ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour voir enfin la Vie être plus forte que la mort ?

Ce Vendredi Saint où Jésus-Christ vit sa passion et sa mort me paraît interminable…

 

Puis, tout au fond de mon cœur, sous le bois fendu de l’écorce, entre les blessures du vieux tronc ébranché par les intempéries, mes yeux entrevoient les lueurs du matin de Pâques. Un murmure comme un souffle de vent semble me dire : « Malgré les doutes et la souffrance, essaye de participer de ton mieux, à la réalisation du Royaume ici et maintenant. C’est important, car là, juste là, le Christ t’attend et il t’aime tel que tu es. »

 

À sa suite, je peux ainsi faire le chemin avec ceux que je rencontre. Les écouter, entendre ce qui les empêche parfois eux aussi de reconnaître le Ressuscité. L’Esprit de Dieu me donne de comprendre ce qui est dit. Il me permet d’annoncer cette Bonne Nouvelle : « Le partage de ce que nous vivons avec les frères que nous rejoignons sur les chemins de la vie, sont déjà aujourd’hui et maintenant des signes du Royaume ! »

 

« Ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître… »

Luc, 24, 18

 

 

Claudio

 

 

Logo : FreeImages