Frère Alois :
Nous voici réunis à Genève pour la trentième rencontre européenne de jeunes.
Avec joie nous avons répondu à l’invitation pressante des Eglises d’ici et nous disons notre reconnaissance pour l’accueil généreux de tant de paroisses et de familles à Genève, dans le canton de Vaud et jusqu’en France.
Quelle diversité parmi nous ! Vous êtes venus de tous les pays d’Europe, et même certains des autres continents. Cette grande diversité, nous voudrions l’accueillir comme un don. Nous tous, nous appartenons à la même communion de l’Église.
C’est de Genève que frère Roger est parti pour chercher un lieu où fonder notre communauté. Et pour nous, les frères, venir ici signifie vivifier ce qui est au cœur de notre vocation : nous réconcilier entre chrétiens pour être ferment de paix dans la famille humaine.
Récemment, nous avons eu une rencontre latinoaméricaine de jeunes à Cochabamba en Bolivie. Dans ce pays les tensions sociales et économiques sont énormes. Mais j’y ai rencontré des jeunes très conscients des problèmes, qui sont prêts à s’engager pour une réconciliation, disposés à lutter avec un cœur réconcilié. Dans l’histoire des peuples il a suffi parfois de quelques personnes pour faire pencher la balance vers la paix.
A coté de moi il y a Cesar de Cochabamba. Je lui ai demandé de nous dire un mot. Cesar en espagnol : Je suis heureux d’être ici avec vous tous. Et je voudrais surtout vous demander de prier pour la Bolivie et pour toute l’Amérique latine. Mon pays traverse un moment difficile, mais c’est aussi un moment d’espoir. Quelque chose de nouveau peut naître. Priez avec nous !
En Bolivie comme ailleurs il y a une urgence de réconciliation. Mais qu’est-ce que la réconciliation ? Frère Roger n’avait pas une stratégie de la réconciliation mais il allait vers l’autre, quel qu’il soit.
Se réconcilier c’est aller vers l’autre, et cela commence au plan des relations personnelles : persévérer pour chercher une communion humaine avec ceux qui sont tout proches de nous. Est-ce que nous ne nous décourageons pas trop vite quand il y a des tensions, des incompréhensions ? Le bonheur se construit avec du temps.
Cela est vrai aussi dans la société. Les communications deviennent de plus en plus faciles mais en même temps nos sociétés humaines sont trop compartimentées. Des parallélismes peuvent entretenir une indifférence les uns à l’égard des autres. Et avec le temps se créent préjugés et malentendus. Pensons par exemple aux immigrés si proches et pourtant souvent si loin.
L’Europe non plus ne se construira pas sans aller les uns vers les autres. Si, face aux institutions, pourtant indispensables, il y a aujourd’hui une certaine fatigue, nous voyons aussi qu’il y a chez beaucoup d’entre vous une volonté de dépasser des régionalismes. Cela ne signifie pas d’abandonner les spécificités de chaque peuple ou de chaque région mais de réaliser un partage des dons. Pour cela les relations personnelles sont irremplaçables.
Notre engagement pour la réconciliation prend sa source dans la réconciliation que Dieu nous offre. Le pardon de Dieu peut toucher le fond de notre être, il nous fait naître à une vie nouvelle. A travers la vie du Christ, nous voyons que Dieu ne se fatigue jamais de recommencer toujours à cheminer avec nous. Oui, Jésus a pris le risque de croire en l’homme, il place toute sa confiance en nous.
Là il y a une source de joie qui nous permet de vivre cette même réconciliation à notre tour avec les autres. Nous pouvons croire qu’elle est possible et ne jamais nous fatiguer, nous non plus, de toujours recommencer.
Cela ne va pas sans un combat intérieur mais rappelons-nous que c’est aussi un chemin de bonheur.
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