Cet appel strident qui retentit pour tout laisser et suivre Jésus, Dieu sait si cette invitation est d’actualité dans cet occident en train de redevenir païenne, quelquefois sans que les responsables benoîts s’en soient aperçus.
La scène se passe en Galilée, le pays perdu, un pays méprisé. Les Galiléens, disaient les Juifs avec délicatesse, appartiennent à une race… mélangée. C’est un pays rempli de païens, disaient-ils, la Galilée des Nations. Et c’est là pourtant, parmi ces gens peu instruits, pêcheurs et paysans, que l’aventure prodigieuse a commencé : Sur les bords du lac au nom chantant, Génézareth, parmi les pêcheurs, des petits artisans qui gagnaient honorablement leur vie ; c’est là que les paroles inouïes ont été entendues : « Convertissez-vous, le Royaume de Dieu est proche, c’est imminent ». Et aussi : « je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Jésus survient ! Pour travailler avec lui à remettre d’aplomb le cœur de l’homme, Jésus n’a pas fait appel aux intellos du coin. Il a interpellé des hommes simples et directs, des manuels : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes ».
L’inouï, c’est que ces hommes sont partis immédiatement, ils ont tout laissé en plan pour suivre Jésus. Pas « le suivre des yeux » comme les vaches fribourgeoises regardent passer le train, ni « le suivre de loin » à l’aide de son GPS, mais réellement lui emboîter le pas. Pas des apôtres virtuels, mais des apôtres réels.
Les apôtres n’ont pas demandé si, dans l’aventure, leur pouvoir d’achat serait garanti, leur niveau de vie respecté et les acquis préservés, non : ils sont partis sur un coup de tête. Mais là c’était un bon coup de tête, un coup de cœur. Ce qui prouve par ailleurs qu’ils en avaient un, et non pas une brique à la place, cela arrive. Ou bien une machine à calculer. Ils n’ont pas exigé une assurance tous risques, ni le rapatriement sanitaire en cas de trouble politique au Kenya. L’évangile nous dit : « aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent ». Cela pour Pierre et André. Quant à Jean et Jacques, le texte réitère : « Aussitôt laissant leur barque et leur père, ils le suivirent ».
Nous admirons le oui, "franc et massif" des premiers disciples mais pourquoi y a-t-il si peu de jeunes actuellement qui entendent l’appel du Christ, et surtout qui y répondent ? Je veux dire : qui y répondent durablement, sans se laisser influencer par la première créature croisée en chemin.
En effet la vocation est un appel, mais c’est aussi et surtout une réponse. Du côté de Dieu, on ne peut pas dire qu’il soit devenu aphone. Je me demande plutôt si certains jeunes, assaillis par le flot des décibels dans les « MAD » et les « AMNESIA », ne seraient pas devenus malentendants ?
Il y a aussi des jeunes, quand on leur parle, ils répondent : « cause toujours, tu m’intéresse »… Ou bien « cause toujours mon lapin »…Certains font la sourde oreille. « Hein ! qu’est-ce que tu dis, Seigneur ; tu ne pourrais pas parler plus fort ? »… D’autres encore répondent « P’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non ». D’autres encore, les petits intello, ne disent pas franchement « non ». Ils « contestent », ce qui est une façon un peu tordue de répondre. L’évangile au contraire nous demande de « dire oui quand c’est oui et non quand c’est non »… Il ajoute : « tout le reste vient du Malin ». Le Malin avec un M majuscule, c’est-à-dire le Diable.
En faite, Dieu nous appelle toujours. Il ne nous envoie pas forcément un ange pour faire la commission, ou bien un facteur, ni même un mail ou un SMS. Alors, quand Dieu nous parle, ne faisons pas la sourde oreille. Répondons-lui : bon d’accord. OK. Volontiers. Au début, ça dérange et ça bouscule un peu d’écouter Dieu et de lui obéir. Mais après on se trouve bien. C’est comme à la piscine. Quand on arrive, on a peur que l’eau soit froide, on tâte du bout du pied. Mais après, quand on s’est jeté à l’eau, on se trouve bien, l’eau sur la peau, comme une caresse.
JJA
Version imprimable