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Votation du 25 septembre

samedi 3 septembre 2005

Un regard différent au sujet de la votation du 25 septembre 2005 sur l’extension de la libre circulation des personnes aux dix nouveaux pays membres de l’Union Européenne. Eclairage…

Le sujet de la votation

Ce jour-là, le peuple suisse devra se prononcer sur l’extension de la libre circulation aux ressortissants des dix nouveaux pays qui ont rejoint dernièrement l’Union Européenne (UE).

Cet objet est un des sujets des accords bilatéraux entre la Suisse et l’UE. D’ailleurs, la libre circulation est déjà en vigueur avec les 15 premiers Etats membres depuis le 1er juin 2002 avec quelques obstacles, qui ont été levés à partir du 1er juin 2004.

Suite à l’intervention des partenaires sociaux, les chambres fédérales ont décidé, à chaque fois, différentes mesures d’accompagnements, pour éviter une pression sur les salaires : commission tripartite de surveillance, possibilité d’étendre des conventions collectives et d’introduire des contrats types de travail, engagement d’inspecteurs du travail, durcissement des sanctions, loi sur les travailleurs détachés.

Il est également prévu un régime transitoire (système de quotas) jusqu’en 2011, voire 2014, pour éviter l’arrivée d’un trop grand nombre de personnes d’un coup.

Une campagne révélatrice d’enjeux importants

Actuellement, la campagne en vue de la votation s’intensifie. Il est très intéressant d’observer quelques points forts qui nous révèlent l’état de notre économie, de l’organisation du monde du travail et des sentiments des travailleurs et travailleuses, en particulier dans notre pays.

La peur

Notons tout d’abord, l’expression régulière de la peur. Manifestement, ce sentiment est largement partagé dans divers secteurs de la population. Cette peur peut avoir pour source différents facteurs : arrivée d’étrangers, baisse des salaires, disparition de places de travail, pression sur les conditions de travail entre autres. Ces divers facteurs existent déjà malheureusement et ils ont tendance à prendre de plus en plus d’importance dans la vie des gens.

Aussi, d’une part, il serait judicieux de se demander ce qui est à l’origine de cette évolution et d’autre part de voir si ce n’est pas une invitation à développer une autre manière de vivre.

De la désorganisation du monde du travail et de la paix du travail

D’une certaine manière cette peur a été entendue par les partenaires sociaux et les autorités politiques, puisqu’ils ont voulu des mesures d’accompagnement. Toutefois, de l’avis de certains, ces mesures sont bien insuffisantes. D’où une motivation importante pour s’opposer à cette extension.

En tout cas, cette situation nous révèle d’une part que le monde du travail en Suisse est relativement peu structuré (un faible nombre de travailleurs en proportion sont aux bénéfices de conventions collectives de travail par exemple) et que d’autre part il est nécessaire d’assurer un meilleur contrôle pour éviter des pratiques injustes et déshumanisantes. Cela nous montre aussi que la fameuse "paix du travail" est fragile et qu’elle demande à être construite et reconstruite sans cesse en tenant compte des changements en cours. Il ne peut pas y avoir de vraie paix sans justice sociale et prise en considération des plus petits. Et ce ne sont pas le marché, la main invisible ou un libéralisme à tout va qui peuvent assurer cette paix !

Les sources de nos richesses

Enfin, il ressort de la campagne assez clairement qu’un des enjeux principaux est économique. On estime qu’en Suisse, un franc sur trois est gagné dans les échanges avec l’Union Européenne. D’ailleurs, c’est bien connu, une part importante de notre niveau de vie provient du commerce que nous établissons avec les autres pays (exportations, tourisme, argent et fonds placés dans notre pays). Si nous vivions entre nous, coupés du monde, il nous manquerait bien des produits, des contacts, des travailleurs et travailleuses et notre niveau de vie, en tout cas matériel, serait tout autre !

Comment voyons-nous notre rapport à la terre et au monde ?

Ainsi, l’objet de cette votation pose la question du partage, des échanges et de la réciprocité. N’oublions pas que la libre circulation peut aller dans les deux sens !

Par ailleurs, jusque vers 1890, de nombreux concitoyens se rendaient dans d’autres pays pour trouver du travail et pour nourrir leur famille. Actuellement, les Suisses à l’étranger sont aussi très nombreux. Est-ce que chacun et chacune n’aspire pas à pouvoir se déplacer librement et à s’installer là où il le souhaite sans trop de contrainte ?

En faisant un pas de plus, nous devrions certainement nous interroger sur notre rapport à la terre. En sommes-nous propriétaire ou simplement locataire avec d’autres ? N’aurions-nous pas pu naître au fin fond du désert, dans un bidonville ou encore dans un pays en guerre plutôt que sur nos vertes prairies ?

Cet accord n’est certainement pas parfait. Il est le fruit de nombreux compromis tant entre la Suisse et l’UE qu’ à l’intérieur de notre pays comme dans les autres. L’accepter ou le refuser impliquent des avantages et des inconvénients et ce n’est pas sans risque. D’ailleurs, dans un monde en constants changements, il est bien difficile de savoir ce qui va arriver dans cinq, dix, quinze ou vingt ans !

Aussi, j’invite chacun et chacune à réfléchir aux enjeux de cette votation, en prenant du recul par rapport aux messages et aux prévisions simplistes. De plus, cette réflexion peut être utile pour l’avenir et nourrir d’autres débats et engagements.

Michel Racloz
animateur, Pastorale Monde du Travail
PMT
Bd de Grançy 29
1006 Lausanne
Tél. 021 634 01 44 ou 021 612 61 33

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